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  • : Gérard Delacour
  • : Oeuvres, articles, récits et photos de Gérard Delacour© et Romans, nouvelles, poésies, photos de Gérard Hofmann (nom d'auteur)
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Oeuvres de Gérard Delacour

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Ces œuvres de Gerard DELACOUR sont mises à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues en écrivant à mail@gerarddelacour.com
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"Les 8 portées de l'information"

Sur le repérage et l'extraction de l'information, du Savoir à la Connaissance
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"APPRENDRE COMME INVENTER, pour introduire le concept didactique d'insension"

Thèse de doctorat Sc. de l'Education - 2010
Résumé et téléchargement sur: 

INRP - Institut National de Recherche Pédagogique
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Savoir rédiger un mémoire (M1, M2)

Méthodologie pas à pas pour démarrer et rédiger un mémoire

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10 nouvelles: "1,2,3,4,5,6,7,8,9,...0"

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"SYZYGY, aphorismes de 1950 à l'an 2000"

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 10:05


Au fur et à mesure de la Dissolution du Désir,
La Porno a besoin aussi d'un surcroît d'Attraction.
Offrons-nous notre comptant de Mort.
Continuons le petit tour de nos évolutions, contents.
Le Jeu aussi apporte ses joies attirantes.
Combien pour cette magnifique jouissance?
Juste le prix du Désir. Qui disparaît.
Si le Maire de Paris ne parvient pas à interdire cette superbe Attraction...
...nous pourrons nous en tartiner plein le masque de joie, à la fête à Neu-Neu!





Extrait de l'article paru ce jour :
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20080823.OBS8457/lattraction_la_chaise_electrique_nest_pas_souhaitee_a_p.html?idfx=RSS_notr

"La mairie de Paris y est défavorable", indique un communiqué de la municipalité. "Aussi Bertrand Delanoë, maire de Paris, demandera au préfet de police de Paris de ne pas accorder l'autorisation de cette attraction".
La direction du parc Luna Park de Fréjus avait décidé jeudi de fermer l'attraction, à la demande du maire UMP de Fréjus, Elie Brun.
La fausse "chaise électrique" présente un mannequin en latex dans un grand parallélépipède de verre illuminé de néons bleuâtres. Lors de "l'exécution", le mannequin, actionné par un vérin hydraulique synchronisé, pousse des cris, se contorsionne, de la fumée sort de ses chaussures puis sa tête retombe
."
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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 23:26

Baudrillard est peut-être déjà un arbre.
Nous qui sommes ici encore rassemblés,
Silencieux,
A l'écoute impossible de tant de bruits divers,
A la renverse du courant, que nous appelons.
Nature débilisée, tes mouvements mêmes
Sont les mains des machinistes,
Payés pour leur nième film porno.





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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 21:17
"La rue était accueillante, la société s'acceptait enfin dans son délire et ses jaillissements spontanés de désir d’être chacun soi-même.
C’était donc impossible."

extrait de SYZYGY (1960-1969) :
SYZYGY - 50 aphorismes (1960-1969)


 
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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 15:05


Enfin la Vérité sur la création :
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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 17:37

Pour éclairer les différentes interprétations entendues de droite et de gauche, voici les propos exacts du Ministre de l'Education Nationale, Xavier DARCOS (Conférence de presse, jeudi 14 février) : 

"La Shoah est au programme de l'école primaire de même que les questions de racisme et de xénophobie". Evoquant une "idée qu'on peut trouver bonne ou mauvaise", il a expliqué qu'il s'agissait de "créer une relation identitaire entre un enfant d'aujourd'hui et un enfant du même âge, qui, lui, a été enlevé puis gazé".
Les élèves de CM2 feront "une petite enquête sur la famille, le milieu, les circonstances dans lesquelles l'enfant a disparu". "Cette relation personnelle, affective pourra ensuite permettre de construire un travail pédagogique".

 Mon opinion :

1) La question de la "relation identitaire" est complexe et fait l'objet de travaux savants qui ont sans doute à voir avec le politique, mais qui n'appartiennent pas au champ de la politique. Il faut beaucoup travailler pour se permettre d'utiliser -avec modestie- les concepts pour théoriser l'identité intersubjective.

 2) De quoi est composé un programme d'Histoire qui comportera "une petite enquête" (??) sur... "les circonstances dans lesquelles l'enfant a disparu" (?!). Avec quels moyens? quels documents? quelles méthodes? jusqu'où?

Je porte, depuis ma naissance, la mémoire de la déportation et de l'assassinat en quelques heures de mes grands-parents. Puis-je enquêter sur les deux gendarmes français (lesquels?) qui sont venus les chercher dans leur maison de l'Yonne, après qu'ils aient été dénoncés par quelqu'un (qui?!) du village? Allons-nous "enquêter" pour retrouver les coupables? Pardon!... pour retrouver les descendants des coupables qui devraient aussi "porter" cette mémoire?! Car l'enquête, alors, n'a pas de limites assignables, puisqu'il s'agit d'une mémoire affective. La notion de vengeance apparaît directement au bout de la proposition qui est faite. J'y suis, bien entendu, absolument opposé, après des années de réflexion. Mais à 10 ans?!

 3) Dans l'édition de Mein Kampf de 1934, Hitler ne parle pas seulement de la solution finale pour "les juifs et les marxistes", mais pour tout un ensemble d'êtres humains accusés de faire le malheur de l'humanité supérieure. La solution finale, c'est pour obtenir le "dé-métissage". C'est pourquoi Himmler, craignant que le génocide soit trop clair puisque tout était écrit, a imposé une version expurgée de Mein Kampf jusqu'en 1939 -ce dont parle dans ses mémoires Sir Horace Rumbold, ambassadeur britannique à Berlin en 1928, qui assistait à des dîners et a consigné les conversations avec Hitler-.

Mais ce qui est fondamental, c'est de comprendre que l'hostilité d'Hitler aux Juifs était raciale et non religieuse. Les Juifs sont pour les nazis "des parasites d'une race étrangère" et il faut purifier le sang allemand de cette "contamination".

Et aujourd'hui, s'il s'agit de Shoah, c'est comme archétype du crime contre l'Humanité.

En oubliant aujourd'hui de le rappeler, et en intervenant publiquement au CRIF, juste après ses prises de position sur la participation de la religion à l'équilibre social, le Président de la République et ses conseillers commettent un amalgame terrible entre racisme et combat des religions. Beaucoup de commentaires tombent dans le piège (par exemple Simone Veil) et parlent de "juifs" par rapport à "catholiques", "musulmans" etc.

Enfin, il faut se demander à quoi peut servir cette erreur cynique, dans le contexte géopolitique actuel de la Méditerranée.

 4) Que peut-il se passer dans la tête d'un enfant vivant aujourd'hui, qui est comparé avec un autre "du MEME âge" "QUI, LUI, a été..." etc.?! Et là, tout est possible sur le curseur de la folie, depuis la plus terrible culpabilité de vivre alors que l'autre est mort assassiné, en passant par l'indifférence, jusqu'à la reproduction de la haine et l'incitation à continuer à haïr.

Je m'explique : lorsque j'avais quatorze ans, j'ai entendu ceci de la part d'un autre enfant de ma classe : "Mais ce nom là (nom juif), c'est un nom à finir dans les fours crématoires!" suivi d'un grand rire. Il y a des parents qui sont d'accord, encore aujourd'hui, avec cela.

 5) Le passage de l'identification affective, en l'occurrence très "chargée", à un travail pédagogique est indiquée dans le mauvais sens. En effet, la recherche pédagogique, que le Ministre confond apparemment avec le travail didactique, se fait AVANT d'analyser ses résultats avec les élèves. On ne construit pas une pédagogie avec ni en fonction des réactions d'enfants de 10 ans!

La construction didactique est la dévolution, par l'enseignant à l'élève, d'une situation programmée -et non à construire à partir de son Moi souffrant- où cet élève va découvrir les connaissances à acquérir. L'enseignant vient en appui, en fonction des circonstances, en ajustant ses interventions (aides, exercices, conseils, questions, savoirs...) à ce dont a besoin l'élève. Il s'agit d'un travail raisonné où le sentiment ne sert jamais de théorème! Et où la construction du Moi se fait sur des fondations référentielles et non pas à partir du ressenti intime de l'enfant, bien difficile, voire impossible, à connaître!

Il y a certes du sentiment dans la relation pédagogique, c'est entre l'enseignant et l'élève, dans l'estime et la reconnaissance réciproque qui soutiennent l'acquisition des savoirs.

Et si les connaissances acquises provoquent bien naturellement des réactions affectives, on ne peut pas les déclarer comme fondatrices des savoirs à acquérir dans l'apprentissage. Ce qui est fondateur (les fondations), c'est le travail spirituel (l'élévation de l'esprit et du développement de la raison) dans la laïcité (la connaissance et le respect de toutes les opinions tolérantes), travail qui se fait à l'école de la République (régime politique qui est la garantie de cette démocratie).

 

Quelques références complémentaires : 

J'ai choisi parmi des dizaines, le site de LCI.FR, pour ses relations directes avec TF1.

Intervention de Xavier Darcos sur LCI:

"Religion : Darcos : "Un travail d'Histoire, pas seulement de mémoire"

http://tf1.lci.fr/infos/france/societe/0,,3712024,00-darcos-.html

 Article site LCI

"L'intuition" de Sarkozy mise en place dès septembre.

http://tf1.lci.fr/infos/france/societe/0,,3716270,00-shoah-intuition-sarkozy-mise-place-septembre-.html

"Nous allons proposer une démarche pédagogique pour répondre à l'intuition du président de la République", a précisé le ministre de l'Education. "L'objectif de la démarche semble devoir primer sur les modalités de la mise en oeuvre"

 

Article site LCI

Le réquisitoire de Simone Veil

http://tf1.lci.fr/infos/france/societe/0,,3715434,00-requisitoire-simone-veil-.html

 

Lire en bibliothèque Mein Kampf en français, édition complète, Nouvelles Editions Latines (1934), avec cet envoi du Maréchal Lyautey: "Tout français doit lire ce livre" (p.7)

 

Et pour finir cette lettre en bon français (chrétien?), je plains davantage les cyniques au pouvoir que je ne les combats. Cela me donne envie de citer Emil Michel Cioran:

"Le cynisme de l'extrême solitude est un calvaire qu'atténue l'insolence."

 

Gérard Delacour

 

Navire Saint Nicolas, 19 février 2008.

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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 12:48
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1990
 
Que reste-t-il? L’impossibilité d’agir.
La rage vient au cœur, qui peuple les couloirs de la prison, pauvre désolation d'un gâchis, d'une spoliation, d'un enfermement criminel, presque au bord du silence total, de la paralysie, presque totalement détruit de l'intérieur, enveloppes vidées, petites consolations sentimentales, remplissage du temps par l'inutile, ce trop-plein d'occupations, résistance passive du mur invisible, défaut de violence qui, de toutes manières qu'elle soit employée, casserait tout sans rien convaincre.
 
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1991
 
Elle disait les détails de sa noyade, comment elle était passée le long de la péniche, dans l’eau noire de la nuit, jusqu’au barrage.
Nous décidâmes de l’écouter. Elle sortit de l’HP[1] avec nous. Nous l’avons revue toutes les semaines pendant des mois. A chaque fois, l’histoire reprenait, à partir de l’eau noire de la péniche, longue coulée du jour du suicide dans la Marne… et puis la suite, une vie de subsides, avec des enfants, pas d’homme, la banlieue des assistées.
Lorsque je demandai au médecin-chef ce qu’il pensait de notre travail: (Avec un ton vague et sans trop me regarder) :
« C’est bien, c’est bien… ».
(Un temps, puis avec des mimiques d’impuissance) :
« C’est de la poésie, tout ça… ».
 
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1992
 
Un diner de cadres employés par une grande entreprise de l’Etat. Ils jouent à se chamailler et à se faire peur. Mais ils sont comme les prêtres romains: ils savent que rien ne les menace, et que rien ne vaut la peine véritablement d’être défendu.
“Lorsque des enveloppes passent, tu sais… même le plus honnête… même le plus honnête!…”
 
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1993
 
Jeune entrant. Tiré aux cartes, sodomisé à la prochaine récréation.
Un ministre dit qu'avec le sida dans les prisons, il n'est pas utile de rétablir la peine de mort en France.
 
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1994
 
L’étrange étrangeté, celle qui mène de Belt Parkway à La Guardia, de nuit sous le Mid Tunnel. Vous allez ensuite uptown dans la 3éme bien encombrée, à la rencontre de ces petits endroits qui vous appartiennent, où vous vivez plus doucement ailleurs que n’importe où, où vous êtes étranger chez vous, où les chants lointains du monde d’à côté vous parviennent comme une nuit de Noël à l’extérieur, derrière une vitre embuée.
L’étrangeté, qui sont ces gens jetés hors d’eux-mêmes pour n’avoir pas su enfiler une peau sociale correcte? L’étrangeté, pour n’être pas né là où l’information était la meilleure, pour être né à côté, mais pas au milieu de la chorale, pour être davantage en dehors que dans le courant, pour avoir voulu comprendre ce qui ne nécessite aucun commentaire, pour être toujours - perversité, hystérie - ailleurs que là où ce serait bon.
La petite montée achromatique nous acrobate la pensée asymptotique. Parallèles, tables de restaurant ou wagons du métro: la distance pour rencontrer l’autre est infinie (les carambolages ne donnent souvent rien de bon). ce n’est pas la voiture de police ni les pompiers qui font du bruit, mais la résonnance de l’air entre les tours, où les vibrations assourdissantes rebondissent sur les vitres plaquées de lumière solaire.
Que faire dans Central Park la nuit? Avoir loué malgrè soi un tux[2] et traîner au bout d’une ficelle des billets de 100 dollars jusqu’à ce qu’on vous assomme. Tout cela parce que vous avez appris le “british english” et qu’aux USA, on ne dit pas “smoking”.
L’Océan Atlantique joue le rôle d’un miroir qui renvoie, suivant l’éclairage, l’image de la vieille Europe ou celle du Nouveau Monde. Il est la limite franchissable entre l’histoire des renoncements et le renoncement au passé.
 
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1995
 
Il n’y avait de visible que sa surface. Cette limite lisse vous donnait l’apaisement, car son être vivait par temps calme.
Lorsque vous partiez, une toute petite faille ouvrait la porte à l’intérieur. Juste un baiser pour vous signifier le désarroi.
Lorsque vous étiez ailleurs, sa voix vous disait son amour.
Il n’y avait de visible que sa surface dont tous pensaient qu’elle était fondée sur les plus belles fondations. Son être vivait sur terrain solide.
Lorsque vous questionniez, aucune réponse ne venait car inutile.
A la limite de chaque vie se maintient la limite, la peau des rencontres.
 
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1996
 
« Intolérance, manichéisme, manque de modestie, manque de souplesse et manque de diplomatie sont les marques d’un défaut de charité élémentaire” murmurent les suppôts institutionnels.
 « Tiédeur, demi-teintes, centrisme, tolérance, nouvelle laïcité et respect de la forme sont les supports de l’hypocrisie » crient les ennemis du brouillard tiéde.
 
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1997
 
S’acharner à détruire, cette sorte de jouissance perverse que l’Occident partage à grande échelle.
On verra un jour que les religions y ont toutes joué le rôle de la cause, du moins les monothéistes. Ce désir morbide de l’Unique, Fiancé des bonnes sœurs comme Père des enfants de cette sinistre analysette transactionnelle, Fils des mères éplorées, Amant des putes agenouillées, Dieu des taureaux devenus bœufs de la crêche, ce désir de Mort, armoiries ensanglantées d’un arbre élu, tirade treblinkienne du sacrifice à la “race des vrais dieux”, ce désir de ne plus jouir que contre la vie, veut tuer le multiple foisonnement de nos êtres.
Mais regardez bien comme les prêtres politiques de cette jouissance s’expriment à mots feutrés et ronds.
Nous aurions tant aimé qu’on nous laissât tranquilles, nous qui jouissons de la vie, foisonnante et incompréhensible, apparemment absurde.
Nous qui tolérons, qui supportons de n’y rien comprendre et qui pensons que l’ignorance de notre destin est à lire comme un des moteurs de ce désir de vivre. Et certainement pas de tuer ce désir par des réponses totalitaires.
Ainsi l’acharnement à détruire qui planque sous le voile de l’Amour d’un Dieu unique et qui, de temps en temps, sort avec ses couteaux et ses chambres à gaz, ou plus simplement avec ses tortures propres de tous les jours, cet acharnement n’est que le signe funeste de sa propre ignorance du désarroi et de la peur.
La barbarie est de croire qu’en tuant, on tue la mort puisqu’on en est scéniquement l’acteur. Pauvre hère de la méconnaissance de soi, c’est cette peur de l’inconnu alliée à la certitude que cet inconnu est indépassable qui est la mère de Dieu.
 
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1998
 
Les prolongements informatisés de l’esprit préfigurent une dématérialisation des déplacements physiques.
Cette technique générale qui passe actuellement par la numérisation binaire évoluera vers des systèmes d’engrangement des savoirs et surtout des méthodes de reproduction qui les accompagnent. Ils seront distingués de leurs supports cellulaires, c’est-à-dire de ce qui est visible comme corps humain.
L’expansion de l’Homme dans l’univers se fera par génèration de ces engrangements dans un autre espace-temps que son origine.
La transmission se fera par la dématérialisation numérique, elle-même imputrescible. Le programme fera naître automatiquement des êtres lorsque le support d’expédition (station spatiale) aura atteint l’éloignement temporel choisi. Ce laboratoire automatique de vie créera des corps neufs et réincarnera les pensées.
Nous ne savons pas aujourd’hui comment cela se pourra, mais plusieurs idées sont inadéquates et dérangeantes: l’idée de ne pas peupler l’univers, l’idée de ne pas aller ailleurs qu’ici et maintenant, l’idée d’être ce prisonnier “cellulaire” d’un corps terrestre.
Rêvons encore un peu: peut-être même que cette dématérialisation ne nécessitera pas une rematérialisation sous forme de corps vivant comme celui que j’ai aujourd’hui. La machine et le vivant ne pourraient faire qu’un, ce serait une matière enfin informée, vraiment mise en forme par la pensée, vieux rêve philosophique… La disparition de la génération naturelle au profit de la génération manipulée est aussi une tendance bien amorcée.
Il ne vient à l’idée de personne qu’un tracteur est méchant ou qu’un avion est une créature du diable. Pourquoi n’en serait-il pas de même d’un nouveau support corporel pour la pensée ?
 
_____
1999
 
 « Le seul problème… » dit-il, « c’est la population éduquée. Lorsque les gens ne sont pas éduqués, ils ne savent pas ce dont ils peuvent avoir besoin, ils se contentent de ce qu’ils ont, ils ne posent pas de questions, ils n’ont pas besoin de changer leur condition. C’est vraiment le seul problème, les gens éduqués, c’est un énorme problème, d’avoir formé des gens ».
Il est presque sept heures du matin et j’écoute de toutes mes oreilles, au seuil du siècle, ce chauffeur de taxi, cet homme venu de là où religion et pouvoir politique sont uns.
 
_____
an 2000
 
“Oui, sur tous les sujets, Madame, je peux vous séduire sur tous les sujets. Je n’ai pas appris. Simplement, je réfléchis, moi et je collectionne les opinions. Il faut en avoir une sur le maximum de choses. Et accumuler ce savoir.
Bientôt je serai en mesure de mettre toutes les fiches que mes ancêtres ont écrites ainsi que tous mes fichiers dans le microscoprocesseur[3] que je viens de me faire implanter. Je suis déjà un peu vieux pour ça, mais je ne crains rien; mon indice de jeunesse d’esprit est limite mais je suis en dessous de la barre, je suis passé.
Quand on pense que le record a été battu par cette fille qui a réussi à se faire implanter plus de trente-six microscopros! Elle bat les bases de données les plus étendues puisqu’elle possède tous les protocoles de branchement aux réseaux téléports les plus récents.
Même pas mal à la tête! Et son dernier bébé a reçu des cultures de neurones fécondés par les microscopros. Cet enfant sera sans doute affecté à la surveillance pédagogique d’au moins soixante millions d’apprenants! Son clône devra être affecté à sa sécurité, ce qui est dommage car autrement cela ferait soixante millions autres formés.
La sécurité publique est finallement le seul problème que nous n’ayons pas pu résoudre par la technologie. L’être humain n’est pas encore assez éduqué.
Nothing to fear !”
 
 
 
 
New-York, Merry-la-Vallée, 1996.
Table des matières en forme d’extraits.
de 1950 à 1964
Ce poids qu’un jour vous jetez par dessus bord est celui du désir fou de cet être par qui vous devriez apprendre l’amour et qui ne cherche qu’à vous apprendre qu’il vous faudrait mieux n’être plus.
 
de 1965 à 1977
Elles étaient de ces femmes esclaves qui n’avaient pas encore compris qu’en trompant leur mari, elles touchaient à la seule liberté qui leur était accordée: être maîtresse du temps si long qu’il faut pour approcher un seul homme.
 
de 1978 à 1996
Les ruines des édifices passés attirent ceux qui le plus souvent n’ont pas achevé de construire, comme pour se masquer à eux-mêmes qu’ils n’ont pas réussi, comme si la réalité démolie pouvait prendre la place de ce qui n’a jamais existé.
 
de 1997 à l’an 2000 et plus…
Ainsi l’acharnement à détruire qui planque sous le voile de l’Amour d’un Dieu unique et qui, de temps en temps, sort avec ses couteaux et ses chambres à gaz, ou plus simplement avec ses tortures propres de tous les jours, cet acharnement n’est que le signe funeste de sa propre ignorance du désarroi et de la peur.
La barbarie est de croire qu’en tuant, on tue la mort puisqu’on en est scéniquement l’acteur. Pauvre hère de la méconnaissance de soi, c’est cette peur de l’inconnu alliée à la certitude que cet inconnu est indépassable qui est la mère de Dieu.
 


[1] Hôpital Psychiatrique.
[2] Smoking
[3] Ordinateur inventé l’année prochaine. Appelé aussi microscopro.
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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 12:47
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1980
 
Un autre jour, plus ancien… Agé, sage? Souvent saccagé? Je veux dire éperdu de voir le temps filer sans qu'il ne se passe rien de plus que la veille.
Alors il parle, parle trop, il peut parler puisqu'il est le plus âgé. Il ralentit le flux de sa parole comme pour donner plus de poids à ce qui sort de sa bouche. Parfois même, et il le sait trop bien, il répète, comme s’il n’avait encore rien dit, et il est prêt à subir l’affront d’entendre “qu’il l’a déjà dit”, mais il prolonge un tout petit peu encore, il retarde le moment où il sera de nouveau seul, sans personne à qui parler.
Que cela demande aux hommes tant de temps d’échanger, au lieu de communiquer dans l’instant comme ces deux fourmis qui se croisent sur le chemin de la subsistance, doit être au fondement de notre structure, vital, définitivement constitutif. Il est donc simple de comprendre ce qui est bon ou non dans les nouvelles technologies de la communication.
 
 
_____
1981
 
Avoir la force c’est aussi garder le désir de parler au futur.
Il était une fois cette femme qui avait tout bâti sur son mari, rien que de bien ordinaire et plutôt banal. La voici privée de son appartement, de ses commerçants, de son argent quotidien.
Elle vit à la campagne, trop loin de la ville, en dehors de toute communauté. Elle ne peut jamais rester seule. Il l’emmène avec lui partout, elle attend sur les parkings des entreprises de ses clients, elle dort dans les hôtels de ses déplacements.
Comme elle n’a plus de forces, elle passe le peu d’énergie qui lui reste à se plaindre de tout, de tout ce qu’elle n’a plus.
 
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1982
 
Le jeu pervers se voudrait plus fort que la vie, comme le diable.
- “Tu ne sais plus compter jusqu’à neuf?”
- “?…”
- “Pas un pas de plus sur le bord!”
 
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1983
 
Irréconciliables. Ainsi ils avancent dans la vie. Peu à peu se resserre la certitude de ne pas aller ensemble puisque rien ne se fait ensemble. C’est tout au début qu’ils se connaissaient le mieux, maintenant ils ne savent plus qui est l’autre. Trop brouillé, trop brouillés.
 
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1984
 
Histoire de l'infirmière qui assiste au suicide de son mari, au pistolet. Chômeur de 43 ans, vendeur de voitures qui a perdu sa place. Il ne supportait pas qu'elle soit seule à rapporter des sous à la maison. Cinq ans après, son fils de 20 ans se tue dans un accident d'auto. Il reste la mère, elle, et la fille de 24 ans, éperdue.
Elle a un ami et cherche à vendre sa maison, celle que son mari a pratiquement construite de ses mains et où il s'est donné la mort. Dans le mur et le plafond de la cuisine: encore quelques impacts du drame. Elle les voit tous les jours.
Elle veut une maison au bord de la mer, pour respirer l'air du large. Les bateaux aussi ont parfois leur voile au grand largue, quand le vent vient par l’arrière.
 
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1985
 
Ce sublime moment où toutes les possibilités, celles que vous attendez depuis si longtemps, semblent s'ouvrir à vous… Vous êtes dans le bonheur, ce mot idiot qui vous replace souvent tant d'années en arrière, que ces années aient réellement existées ou qu'elles aient été en permanence quelque part dans votre petite tête, comme un espoir qui ne vient pas, comme un nuage blanc qui flotte quelque part et que vous savez ne pouvoir saisir.
Jusque là, si peu nombreux étaient ceux qui pouvaient comprendre que vous répétiez: “Je ne souhaite que d’être heureuse un jour”. Votre médecin avait conclu que vous étiez dépressive.
Ainsi commence ce temps où les choix sont à vous, où vous savez que ce que vous faites est à vous, est de vous, est pour vous; c'est seulement alors que vous pouvez vous tourner vers les autres, l'humanité vous est vraiment accessible.
Tant que ce temps n'est pas arrivé, votre amour des autres n'est qu'un simulacre.
 
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1986
 
Les enfants. Etre au désespoir de n’en point avoir.
Ou être heureux de n’être pas parent.
Ou être désespéré de son indisponibilité à les connaître.
Et mettre au monde la petite tête qui fraye son chemin hors du corps de la femme aîmée. Adopter ce bébé inconnu puis le mettre patiemment, de loin en loin, au monde.
 
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1987
 
Il rentre du yoga.
De l’assouplissement… Posture sur la tête…
Soixante douze mille points de prâna… L’énergie vitale.
Tout ce qu’il ne fait pas! Et le moyen d’être quand même en paix. Il est vrai que pour supporter tout cela, y compris le club, il y a les petites fumettes.
 
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1988
 
Le monde est trop plein d'histoires, toutes plus vaillantes les unes que les autres, non ? !
Histoire de ces gens qui campent sur l'esplanade du Château de Vincennes.
Ne vaut-il pas mieux, abbé, partir en retraite dans le désert accompagné de quarante photographes?
Histoire de quelques jours des africains sans papiers, couchés dans l’église.
Quelle intégration? Quels étrangers? Quelle immigration? Trop d’histoires ! Et ces medias, ces journalistes, qui exagèrent toujours tout !
Ah ! Je me sens bien.
 
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1989
 
Désespoir, quelqu'un qui s'effondre, qui pleure, pas français.
Interpellé, sa femme à prévenir, son métier perdu, agir vite, incarcéré “pour la première fois”.
Mutisme complet, entretien d'entrant[1], rien à en tirer, état-civil déroulé, démence sénile? Né en 1914! Cà me gonflait qu'il soit là, en prison, pas normal qu'il soit incarcéré, demande de transfert…
Ca va prendre trois ou quatre mois, ça sera trop tard!
 


[1] Nouvellement entré à la prison
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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 12:46
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1970
 
Les chambres d’hôtel inspirent toujours les voyageurs seuls.
Le vide de ces lieux inconnus, où vous êtes inconnu, où personne ne sait que vous êtes ni où vous êtes. Vous avez disparu, juste une petite case vous contient. Il ne serait pas question que la porte s’ouvrît.
 
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1971
 
Délirer.
Qui ne s’est essayé à démontrer qu’il s’agissait soit d’une anomalie de la raison, soit d’une méchante substance chimique qui passait par là?
Le début de l’ére du binaire a institué l’interdiction de délirer, comme de se tromper, de se contredire, de changer d’avis. 0 ou 1, voilà le credo de la fin du siècle, dans trente ans.
Les machines à déduire tenteront, elles aussi, de prouver qu’on peut créer sans délirer, et que raison et raisonnement sont les effets de vastes combinaisons. Il se peut même que notre civilisation se replie sur des dogmes numérisés, ce serait un accident majeur pour la pensée humaine.
 
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1972
 
Comme une tempête de sable. Explosion, terre soufflée dans la courte-paille. Ils sont bien nombreux, depuis Arthur KOESTLER et sa femme, à être partis au moment décidé.
Mais MONTAIGNE: “La mort n’est rien. Le mourir est tout”.
 
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1973
 
11 Septembre, Salvador ALLENDE est assassiné.
Ivrogne franc-maçon démocrate donc mou? C’est justice, non?… Au moins, avec les militaires, pas de démocratie, s’exerce la fasci-nation, sorte de lifting politique, obsession du nettoyé.
C’est dans le cul de GARCIA-LORCA qu’ils ont tiré en hurlant: “A bas l’intelligence, vive la mort!”
Jusqu’à quand au Troisième Millénaire?
 
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1974
 
Suivi socio-éducatif d'un paranoïaque, déjà psychiatrisé, un cas lourd, entretien prostré, croit qu'il y a des caméras et des écoutes, donc silence. J'ai FAIT: j'ai regardé derrière la porte, tatonné les murs, les affiches, je suis rentré dans son jeu, détendu, riant!
Nécessité d'une permission de sortie, refusée vu son comportement car agressif, "imprévisible avec la surveillance", violences physiques avec des extincteurs sur les gardiens.
Comme je ne le savais pas avant, on a pu parler toute l’heure.
 
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1975
 
"Vous a-t-on jamais dit que vous étiez stérile ?" dit ce gynécologue.
Retrouvé assassiné sauvagement par une éprouvette.
Les suivants furent un peu plus prudents dans leurs affirmations.
 
 
 
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1976
 
Combien de fois peut-on se tromper au cours de sa vie?
“Autant de fois qu’on répète cette jouissance” répond le psychanalyste, “cela s’appelle névrose”.
“Le moins possible” répond le rationaliste, “cela s’appelle connaître”.
“Aussi longtemps qu’on ne prend pas force dans la foi” dit le religieux, “cela s’appelle solitude de l’incroyant”.
“Autant qu’on en a envie” répond le pervers”, “cela s’appelle jouer au bord du précipice”.
“Tant qu’on n’a pas d’expérience” répond la notoriété publique, “cela s’appelle jeunesse”.
“Le moins possible” répond le diplômé, “cela s’appelle mal gèrer sa carrière”.
Se tromper, se contredire… Et nous qui pensions que c’était si enrichissant de l’accepter…, de le partager…
 
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1977
 
Je pensais déjà depuis quelque temps: “N’est-ce point dans son propre parti qu'on trouve ses pires ennemis?” Et c'est cette époque précise que je me remémorais pour y trouver quelque explication à mes difficultés d'être. Cela faisait des années que je laissais transparaître mon aversion pour l'Institution.
Rien n'aurait pu parvenir à me convaincre de pactiser avec Elle, du moins pas davantage que je n’avais déjà l'impression de le faire. Je n'aurais d'ailleurs pas su comment.
Les autres, eux, s'en tiraient plutôt bien. Ils étaient le plus souvent au chaud, dans des jobs un peu poussiéreux mais confortables, voire gratifiants. Ils ne semblaient pas avoir de problèmes de fin de mois ni de problèmes d'impôts. Alors pourquoi "l'insersion sociale" et ses bienfaits m'étaient-t-ils refusés? Le destin m'avait déjà fait le coup des poètes maudits, mais je ne croyais plus non plus jamais pouvoir un jour appartenir nommément à telle caste télévisable.
La réalité est probablement ce que Proust en écrit, à propos de sa relation à la question d'être adulte ou pas. Chaque jour, il se disait que "c'est demain matin que la vie va commencer". Son père lui fit remarquer brusquement qu’elle était déjà commencée.
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1978
 
La route à prendre porte un panneau “étroite et dangereuse”, ce 28 Janvier d’hiver, vers le village de l’Escarène, et le silence du passé emplit les Alpes du Sud que je traverse seul, tandis que la radio de ma voiture rocaille tant bien que mal un Bach venu du fond de sa retraite ptoléméenne et protestante.
Lorsqu’on est tout seul dans un petit restaurant de village, le maternage curieux est de mise, accompagné de la demie de rouge local et de la tarte aux pommes maison.
Et… cette sorte de lèvres à la fois fines et pulpeuses du patron de restaurant qui aime ses vins et qui sait les goûter, mais suffisamment petites pour indiquer qu’il n’est généreux qu’avec la bouteille, car pour le reste, c’est la sécheresse.
Les ruines des édifices passés attirent ceux qui le plus souvent n’ont pas achevé de construire, comme pour se masquer à eux-mêmes qu’ils n’ont pas réussi, comme si la réalité démolie pouvait prendre la place de ce qui n’a jamais existé.
 
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1979
 
1979, Cuba est capitale du Tiers-Monde.
Fidel CASTRO donne des heures de discours.
On parle souvent des Droits de l’Homme, on devrait parler plutôt des Droits de l’Humanité… Pourquoi certains vivent-ils 35 ans pour que d’autres puissent vivre 70?… Pourquoi des enfants meurent de faim pendant que d’autres vivent dans l’excès des richesses?”.
Dix ans plus tard, les médias ont décidé que les discours de CASTRO sont devenus trop longs.
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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 12:45
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1960
 
Au collège, il y avait les prêtres, ceux qui voulaient nous voir entrer au petit séminaire, ceux qui nous détestaient, nous attachaient et nous battaient, ceux qui, pédérastes, cherchèrent à attenter à nos pudeurs de jeunes adolescents. Aucune de nos familles n’y avait cru, c’était sans doute trop impossiblement banal.
J'avais des amis. Entre nous, nous nous appelions « les fêlés ». On s'assemblait bien, contre la réalité; nous fusionnions dans des regards et des silences.
Plus tard, je vivais au Quartier Latin dans des chambres de bonne, où nous ne savions pas faire l'amour, mais où nous nous cachions de tout, pour vivre intensément. Nous en sortions pour aller voir Godard.
Nous voulions tous faire du cinéma, du théâtre. L’un partait seul sur les routes d’Europe, l’autre au Mexique avec Michaud dans son sac, celui-là enterrait sa grand-mère, celui-ci appelait son père d’une prison au Maroc, et nous étions tous à l’enterrement d’André BRETON au Père Lachaise.
Les autres nous répétaient qu’il ne nous restait plus qu’à entrer dans la vie.
 
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1961
 
Je rencontrai un jour une femme si âgée qu'elle était pour moi la mère de mes ancêtres les plus lointains. Elle faisait des livres à la main, en gravant des plaques de bois à l’envers, comme Albert Dürer.
Elle me donna ses livres. Sa maison était une sculpture dans la forêt de sa vie. Sa tombe n'a ni nom ni date, mais seulement son portrait dressé dans le bronze.
Où es-tu, mère des mères qui me berçait de tes conseils un peu secs? Y passaient des journées entières, puis je rentrais tard, sur mon vélo Solex.
 
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1962
 
Ce soir-là, l’église Saint-Séverin se taisait dans la pénombre et la senteur d’encens. Quelques lampes éclairaient le derrière des colonnes et le dessous des chapîtaux.
Il est arrivé, furtif, entouré de deux gaillards, c’est du moins leur taille qui m’a impressionné. Lui, petit, presque comme moi, était au milieu. Il s’assit devant moi.
Puis vint Christian Ferras avec son violon, debout sur les dalles de marbre, à quelques pas de nous qui étions au deuxième rang.
Pendant tout le concert, je pensais sur le fond musical que j’entendais à peine; je me décidai à demander au petit homme dont je touchais presque la nuque, de signer mon programme. Moi qui lisait ses poésies, moi qui avait tant aimé Orphée. Je savais déjà le souffre dont il était entouré, ce fut une des rares violences que je me fis en présence de mes parents, car l’amour du Verlaine de mon adolescence fut, ce jour-là, le plus fort.
En échappant aux autres, je lui tendis mon programme. Jean Cocteau le signa sans rien dire. Petites choses qui aident à apprendre qu’il ne faut pas être tenté de confronter imaginaire et réalité.
 
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1963
 
Lieux chargés des tonnes du souvenir et de la poussière des cadavres et des fantômes en-allés. Les étages de l’Histoire.
Vous ne voyez aucun changement pendant des années. Et un beau jour, une plaque, un roc, une allée, une forme, disparaissent.
C’est bien ainsi; le souvenir enseveli est intact, protégé, immuable, indestructible comme les cendres au fond de la mer.
 
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1964
 
Si longtemps le désespoir avait, peu à peu, invariablement, envahi ma vie.
Je me levai une nuit pour voir ma mère, la tête penchée, du monde autour d'elle, près du lit dont une forte odeur se dégageait. Des médecins, ma soeur, mon père, un râle.
J'ai compris que j'étais né de quelqu'un de mort et que cela pèserait sur toute ma vie.
Ce poids qu’un jour vous jetez par dessus bord est celui du désir fou de cet être par qui vous devriez apprendre l’amour et qui ne cherche qu’à vous apprendre qu’il vous faudrait mieux n’être plus.
 
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1965
 
L’une se prenait pour une petite midinette de 70 ans, l’autre divorçait à 75, la troisième vivait en sinistre banlieue après avoir cru devenir une grande bourgeoise.
Une autre encore transportait partout son île.
Elles étaient de ces femmes esclaves qui n’avaient pas encore compris qu’en trompant leur mari, elles touchaient à la seule liberté qui leur était accordée: être maîtresse du temps si long qu’il faut pour approcher un seul homme.
 
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1966
 
Je n’ai jamais cessé d’écrire, j’étais simplement, comme tout le monde, un peu trop occupé pour le faire sur du papier, sans doute par modestie. Mais attendre toujours “d’être meilleur” est sans aucun doute une manifestation de l’orgueil.
Réveillé par le choc de la traversée, me voici contraint de faire marcher cette main à stylo, l’ordinateur est décidément trop plat, son écran n’a aucune profondeur, il cache le sens; le papier le réveille comme une photographie qui vient, dans la lumière rouge du laboratoire.
Or pour écrire, c’est bien simple, il faut arrêter d’agir.
 
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1967
 
Ce ne sont qu’histoires d’hommes abandonnés par des femmes, de femmes délaissées par des hommes. Le cinéma ne peut se voir qu’au passé, comme le roman d’un écrivain défunt, sinon il est aussi mort que les disques des musiciens vivants, aussi insupportable que lorqu’on écoute plusieurs fois la même version enregistrée d’un concerto qui craque au même endroit.
Le cinéma se raconte comme une histoire mille fois répétée le soir avant de s’endormir. Il est en cela si différent du théâtre qui recrée l’auteur à chaque fois. Et c’est sans doute pour cela que j’ai fui la pellicule. “J’ai toujours redouté ce qui arrivait: le tournage du film arrêté par la mort d’un acteur[1]”. Film mille fois mort avant l’actrice.
“Les films avancent comme des trains dans la nuit”. Oui, ils emprisonnent comme un train de nuit. Leur mode d’administration sophistiqué, avec des machines à projeter, les rend lointains. La vidéo les tue davantage en les incluant de force dans un environnement coloré et parasité qui ne leur convient jamais. La télé est interrompue visuellement par le décor alentour et par les coupures provoquées par la vie, que la vidéo ne sait pas suspendre comme une salle de spectacle.
Le théâtre, l’opéra requièrent la vie. On y vient voir Monsieur ou Mademoiselle tout au long de leur vie et de la sienne.
 
 
 
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1968
 
La rue était accueillante, la société s'acceptait enfin dans son délire et ses jaillissements spontanés de désir d’être chacun soi-même.
C’était donc impossible.
 
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1969
 
Je vivais alors dans la chaleur familiale d'une amie qui avait accepté de partager sa mère avec moi. Aristocrate juive grecque, grande dame, elle me bichonnait.
J'avais une chambre sous les toits de cette maison du vingtième arrondissement, où elle faisait semblant de ne pas savoir que sa fille me rejoignait certains soirs jusque aux combles.
Le père et le frère ne m'aimaient pas. J’usais de leurs femmes.
C'était chaud et accueillant. Je ne sais plus pourquoi j'ai fui.
 


[1] François TRUFFAUT.
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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 12:40
SYZYGY

Aphorismes de 1950 à 2000
 
 
 
à Gilles GARY,
à tous les orphelins.
 
 
 
 
 
 
 
 
Les cinquante dernières années du XXéme siècle sont les cailloux posés furtivement pour servir au récit syncopé de cinquante années de vie de l’auteur.
 
 
SYZYGY : Position d’une planète (la Lune par exemple) en conjonction ou en opposition avec le Soleil, de “syzygia, assemblage, réunion” (Petit Robert).
 
 
 
1950
L’Histoire vous vient de votre mère qui est attachée à vous, comme un boulet au fond de la naissance.
Certains êtres ont été noyés à l'intérieur de leur mère avant d’avoir pu en sortir.
 
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1951
 
La question n’est sans doute plus: “Dieu existe-t-il?”.
La question est: “Pourquoi ne savons-nous pas?”
 
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1952
 
Une toute petite fille gît au fond de vous, ou un tout petit garçon, semblable aux statuettes qui représentaient au Moyen Age ce petit être que le masculin-action venait mettre dans le féminin-réceptacle. Ainsi l’un, fécond, aurait tout donné, l’autre, passif, ne ferait que recevoir.
Et hop! Voilà toute une civilisation montée en neige sur cette croyance assassine. Fallait-il sauver l’idée que Dieu existe? Masculin et féminin y servaient.
Les saints eux-mêmes ne reculent devant rien: Thomas d’Aquin nous propose de ne faire acte de chair qu’à condition de ne jamais oublier, masculin, que le fantasme que tu as sous toi, féminin, ne sera un jour “que sanie” -purrulence-.
Là-dessus vint, beaucoup plus tard, le temps du citoyen et de la citoyenne. Il ne s’agissait que de reconnaître l’existant : construire ensemble.
Puis la fin du deuxième millénaire l’oublia.
Pourquoi ? Lorsque le pouvoir devient unique substitut de toute jouissance, lorsque toute énergie et tout désir se réduisent et s’expriment seulement en dominance, celui (masculin) qui a (toujours eu), n’est en mesure ni de partager, ni d’en abandonner une quelconque partie puisque l’intelligence renvoie ici à ce qui est annoncé comme négation de soi.
Ainsi les femmes ne doivent-elles pas se battre “contre” (les hommes). Elles sont lorsqu’elles transmettent (à leurs enfants) cette intelligence du non-déplacement du désir.
 
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1953
 
Le noir de bouchon de liège permet de se dessiner des moustaches. C’est souvent vers trois ans que l’on fait l’expérience du noir de bouchon. Tout alors est encore permis aux filles comme aux garçons.
 
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1954
 
En rentrant de l’école, je passais devant le marchand de jouets dont la vitrine était toujours bien achalandée: grosses automobiles à clé, Dinky Toys, jeux de construction en bois, Meccano, trains électriques de métal peint…
Ce jour-là, une lumière d’atelier d’artiste tombait calmement sur la baie vitrée légèrement rosie par le soleil qui déclinait. Je vis le tout nouveau plastique bleu layette d’une sorte de véhicule bizarre, avec des phares et des roues en caoutchouc blanc.
Sur le dessus, une plaque rectangulaire brillante, bleue presque noire. Posée à côté, une lampe torche en caoutchouc et cet écriteau: « Le rayon me dirige! ». Tout devrait sans doute être ainsi, me dis-je.
 
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1955
 
Le bureau de mon père, le soir, sentait le parfum de ses patientes.
J'allais y écouter des disques microsillons 33 tours “La Voix de Son Maître” dès qu’il avait fini. Il sortait de la grande pièce en laissant toutes les lampes allumées derrière lui, et derrière lui la senteur était mélangée de pharmacie.
Curieusement, cela me lavait. J’étais relié à toutes ces présences qui flottaient dans la fin d’après-midi; cela m’était bénéfique, elles me protégeaient; cela me déculpabilisait de n'avoir pas bien fait mon travail de classe, ce dont personne ne se souciait, du moins pas avant que tombent les résultats.
J'écoutais la sonate à Kreutzer, le chien de l’image me regardait en tournant , et le pick-up avait une petite lumière bleu-vert qui scintillait sur le devant, sous le haut-parleur caché par le grand rectangle de tissus beige.
J'étais assis par terre, adossé au lit de ma grand-mère qui servait de divan d'examen, un lit de velours rose où je l'avais vue mourir. Elle était trés grosse. J'avais six ans et j'étais seul ce matin-là avec elle. Elle me demanda de sortir de sa chambre et d'aller chercher la bonne car elle ne se sentait pas bien, mais je restai. Elle mourut à côté de moi, sur ce lit dans lequel ensuite, comme mon père avait choisi un autre divan d'examen, j'ai dormi de nombreuses années.
La cérémonie de la musique, ces odeurs des gens, les lumières d’une heure très privilégiée de la journée, les souvenirs en filigrane dans les tissus et les objets, cet apprentissage invisible de la solitude soutenaient encore la jeune tulipe de ma vie.
 
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1956
 
Dimanche, le cimetière de la Madeleine à Amiens.
Soudain, il m’apparut à la croisée des deux allées convergentes: il levait la pierre géante d’une main, le bras tendu pour mieux sortir son poitrail hors de sa tombe. Torse puissant sortant bruyamment de terre, Jules Verne se hissait vers le ciel qui le tirait de son enfermement.
 
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1957
 
Enfant, je me levais la nuit, souvent, pour boire de l'eau fraiche, et je passais sur la moquette de laine grise, sur les tapis persans, sur le carrelage frais de l'office et de la cuisine, puis j’allais vers le placard où se cachaient toujours les verres que des présences féminines remettaient en place après les avoir lavés.
Je buvais un ou deux grands verres d'eau, dans le noir, avec juste la pénombre de la cour de la cuisine ou la lumière blafarde qui venait des étages supérieurs, du sixième où habitaient les domestiques et les étudiants. Puis je repassais dans un couloir étroit où se succèdaient deux miroirs : dans le deuxième, j'arrivais à me voir, en pied, et le plus souvent, je ne pouvais que me mettre à pleurer.
Je me regardais longtemps pleurer devant ce miroir jusqu'à ce que, épuisé, je retourne me coucher. Chacun se revoit ainsi dans les miroirs de la vie, un peu partout, et y revoit cette image du “labyrinthe de la solitude”[1].
 
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1958
 
J'ai eu, comme beaucoup d'enfants, les oreillons, et ma maîtresse -j'étais en 8éme à l'Ecole Communale- , était si belle!… Je ne comprenais rien ni ne savais rien, je sentais que c’était une fée.
J'attendis des jours et des jours, et enfin, elle vint me voir.
Le jour ne me faisait plus autant de mal qu’au début, et elle ne sembla pas comprendre que c'était ma vie même qui revenait avec elle. Elle parlait avec quelqu’un, je crois, mais je ne voyais qu'elle. Je crois aussi qu'elle avait apporté des fleurs, était-ce seulement pour ma mère? Plus rien ne valait que le retour de Clochette, pour moi, Peter Pan.
 
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1959
 
Les sœurs de cette confrérie étaient comme les chevaux: empêchées par leur œillères de regarder sur le côté, de peur d’un écart?
Leur croupe était si ronde sous le drap lourd de leur costume!
 


[1] Octavio PAZ.
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