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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 16:41

A METZ ou à NANCY, Carlos Wagner fait parler de lui : l'imagination sage ET tout à la fois débridée anime ce metteur en scène, avec une équipe -décors, lumières, costumes- fort inspirée, choisie par Valérie Chevalier.

 

Quelques extraits visibles actuellement sur le net (Attention! Chant d'opéra non compatible comme toujours avec le petit écran!) :

 

Carmen, une coproduction des Opéras de Metz et Nancy

 

 

Un article de Christian Merlin : "Une CARMEN exemplaire"

Article du FIGARO

 

 

Vidéo détaillée (14 mn) et article d'Alexandre Pham

Vidéo de Classique.news (mettre le son en cliquant au centre de l'image)

 

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 12:58

Opéra de Georges BIZET, mis en scène par Carlos Wagner, Première à l'Opéra National de Lorraine.

 

Tout le monde a vu, a déjà vu, CARMEN.

Chacun aura eu et aura subi mille commentaires sur cette espagnole cigarière, boucles d'oreilles antillaises, rouge robe à volants et frou-frou, qui ne sort pas sans ses castagnettes. Un petit coup de flamenco, l'oeil charbonneux, le menton agressif, une ravageuse je vous dis! Pour CARMEN, c'est connu, tout le monde a son opinion.

Et pauvre José, pauvre homme sincère, victime de son amour passionné, pauvre garçon naïf qui ne peut être aimé que par une naïve. Qui est contraint de trahir son devoir de citoyen et de militaire pour une... traînée! Il saura, fort heureusement, venger l'honneur et les bonnes moeurs, celles de Michaéla, dans le sang de l'infâme femme. Le dénouement, bien conforme aux Bouvard et Pécuchet espagnols, est à la hauteur des péchés d'une fille du peuple qui se croit tout permis parce qu'elle s'asseoit en écartant les cuisses et en fumant le symbole cigarier!

Liberte-DelacroixAvec cette nouvelle production, Carlos Wagner vient nous montrer -enfin- l'oeuvre de Georges Bizet, Henri Meilhac et Ludovic Halévy. L'opéra CARMEN "tient encore de Mérimée la logique dans la passion, la ligne droite de la dure nécessité" (Nietzche). Passion active pour la Liberté telle que brandie sur la toile de Delacroix, dans la nudité en mouvement, à l'assaut de tout obstacle, ni morale ni licence sexuelle, cette histoire n'est pas péripathétique...

CARMEN est donnée par Carlos Wagner dans sa logique d'une passion qui ne porte pas son nom, qui ne subit pas, qui lui permet d'agir comme égérie symbolique incarnée : tout simplement -et classiquement- la libre disposition de soi-même. On n'y oppose pas liberté sexuelle et couple bourgeois fidèle comme le fait l'hypocrisie ordinaire si souvent mise au théâtre du XIXe. Le bourgeois est précisément celui qui couche avec la boniche et surtout celui qui "ne râte jamais une occasion"!

CARMEN n'est pas une aristocrate du sentiment, comme je l'ai entendu de la part d'éminents savants critiques, ce qui ne veut pas dire grand chose. Elle est tout au long des quatre actes, une engagée politique. Si en 2011, le mot "politique" porte les relents des partis scélérats qui ont volé la démocratie, CARMEN a pour idées agissantes ce que pourrait être une Humanité libre et de bonnes moeurs, au sens où le Pasteur Anderson (1723) employait cette expression. C'est pourquoi, après une pathétique et larmoyante déclaration de Don José, et après le silence d'une partition musicale qui sait s'arrêter juste l'instant qu'il faut, CARMEN lui répond : "Non, tu ne m'aimes pas!"

Tu n'aimes pas ta Liberté. Tu es ton propre prisonnier et tu veux maîtriser, emprisonner et par conséquent posséder. Carlos Wagner rend CARMEN silencieuse, à l'écoute de sa force intérieure. Elle est entrée sur scène, au premier acte, sans furie. Calme, elle est simple, affirmée, avec la tenue de soi-même de qui a vécu.

Elle se heurte encore et encore aux murs et grilles de la soumission, c'est-à-dire aux conventions de l'obéissance et du commandement, elle qui ne veut ni commander ni obéir, ces fléaux sociaux. Elle apparaît juste après la scène introductive au sujet philosophique de l'oeuvre par Michaela et les soldats de la garde. Michalela est soumise au devoir de séduire pour avoir sa place de femme en société avec une seule destinée, être l'honnête femme de son mari. Bizet dénonce l'hypocrisie par le quasi viol de la jeune fille par des hommes en troupe qui symbolisent l'ordre établi et officiel. Viol de la personne, de la liberté d'être soi-même, toutes choses oubliées par tous dans un monde conforme à la fondamentale dépendance de chacun par chacun.

Les ultras qui exécutèrent Garcia-Lorca en août 1936, l'achevant d'un tir dans l'anus, criaient "A bas l'intelligence! Vive la mort!". C'est ce que Carlos Wagner a compris dans cette CARMEN, brisant une bonne fois pour toutes son image de putain dont on a plus qu'assez. Il n'y a plus moyen pour le spectateur qui a déjà "si souvent vu CARMEN" (à l'entr'acte!) -et sa femme- de commenter si l'actrice choisie est "une bonne Carmen", "bien dans le rôle" ou pas!

Et ici, même pas de flamenco, ni de castagnettes! Pas de petite bonne pelotée dans un coin du couloir pendant que Madame fait entrer les invités au salon. Pas non plus de salope au wonderbra qui suce en scène un Havana énorme, et qui laisse flotter l'ambiguité éberluée d'une semaine de vacances sexuelles dans les iles, avant le tremblement de terre, s'entend!

Ses pas enjambent les débris de barricades, CARMEN ne s'y arrête pas. Au pied léger comme Achille, elle offre la réalité d'une vie de contre-bande. La bande, ce sont les soldats et les bourgeois. L'antibande, des hungaras dans la montagne et la dure nécessité de survivre en dehors du système, sur le système. Comme personne ne peut y échapper, CARMEN doit-elle être vue comme chef de bande? Sans doute pas.

Elle est singulièrement humaine en ne tentant qu'une seule chose : ne plus être seule. C'est un emblème.

Chacun vient, chacun va, la garde regarde... Mais ne vit pas, comme Nietzsche l'a découvert chez Bizet en correspondance musicale avec sa philosophie.

Carlos Wagner met en scène tous les personnages du conte philosophique. Soldats de la contrainte, enfants reproducteurs du même ordre, anonymes chantants et suiveurs qui se tiennent à distance de CARMEN. Lumières, chorégraphie et costumes tiennent le fil au dessus de l'eau tumultueuse, afin de représenter le concept. Savoir lire et savoir écouter, c'est le talent de toute l'équipe, Rifail Ajdarpasic (décors), Fabrice Kebour (Lumières), Ana Garcia (Chorégraphie) et Patrick Dutertre (Costumes) rassemblée à l'ONL à Nancy ce 18 février pour leur création de CARMEN.

 

pantin.jpg

Le pantin, Goya (1792)

Comme l'explique Carlos Wagner (voir ci-dessous), le monde de Goya
lui sert de référence pour une mise en scène classique du thème de la Liberté

 

Opéra  comique en quatre actes
Livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, d’après la nouvelle "Carmen" de Prosper Mérimée
Créé le 10 mars 1893 à l’Opéra Comique de Paris (salle Favart)

Direction musicale : Claude Schnitzler

Mise en scène : Carlos Wagner
Décors : Rifail Ajdarpasic
Costumes : Patrick Dutertre
Chorégraphie : Ana Garcia
Lumières : Fabrice Kebour

Choeur de l'Opéra national de Lorraine
Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole
Orchestre symphonique et lyrique de Nancy


18 février 2011 à 20h
20, 27 février 2011 à 15h
22, 24 février et 1er mars 2011 à 20h

 

Carmen - Le mot du metteur en scène Carlos Wagner

 

CarlosWagner.jpg« Ombres et lumière »

Le fait que « Carmen » soit l’opéra le plus joué dans le monde signifie qu’il a été déjà l’objet de toutes les interprétations possibles et imaginables, et qu’il est difficile d’en proposer un éclairage fondamentalement nouveau.
C’est pourquoi j’ai décidé que cette situation ne devait pas devenir pour moi un objet de contrainte ou d’inquiétude. Le désir d’originalité conduit souvent à des interprétations forcées, incongrues qui brouillent le sens de l’œuvre et éloignent d’elle le spectateur.
J’ai donc voulu rester très près de ce que l’œuvre contient de plus évident. Elle se situe en Espagne. Elle traite des aspects les plus sombres de la psyché humaine. Elle se  déroule en temps de guerre.
C’est ainsi que Goya m’est venu le plus immédiatement à l’esprit avec sa vision du monde cauchemardesque qui va nous guider tout au long de l’opéra. Il s’agit d’une vision profondément espagnole qui ne doit évidemment pas tomber dans le cliché ou l’anecdote folklorique. Goya est sombre, dérangeant et grotesque. Je veux conserver et faire ressortir ces caractéristiques dans l’opéra. Etre inspiré par Goya ne signifie aucunement que l’on va retomber de nouveau dans une interprétation historique de Carmen.
Carmen fait naître des couleurs, des sentiments, des images qui lui sont propres. Nous proposons par ailleurs une lecture qui se veut intemporelle, mettant en avant des archétypes capables de parler davantage au subconscient qu’à la raison.
Une lumière acérée qui enflamme et déchire l’espace d’une pièce plongée dans l’obscurité, a autant à voir avec l’esthétique de Goya qu’avec le sentiment qu’évoque en moi le personnage de Carmen. Carmen est cette lumière qui transperce, aveugle et finalement frappe Don José à l’endroit le plus sombre, le plus inconscient de sa personnalité.
Mais cette lumière la consume elle aussi. Tout comme le soleil aveuglant de l’Andalousie consume celui qui l’affronte.
Carmen est l’archétype de l’héroïne qui aspire à la liberté absolue, même si elle doit y laisser la vie. Don José, lui, est l’archétype de l’antihéros rongé par le doute, l’indécision et qui sombre dans l’obscurité totale, l’anéantissement. La rencontre tragique des deux fait penser à celle du chasseur avec sa proie.
Mon intention n’est pas non plus de restituer l’époque de l’œuvre, ou de l’actualiser, mais de la situer dans un contexte qui aurait l’intemporalité de la tragédie grecque tout en convoquant une série d’images surréalistes. Ainsi, à la fin de l’opéra, les éléments classiques pris dans l’iconographie espagnole rejoignent ceux de la tragédie grecque. Le torero rencontre le Minotaure. Si le caractère sombre et inquiétant du cauchemar sert de fil rouge, alors les scènes comiques acquièrent soudain elles aussi un caractère grotesque et inquiétant.
Goya ne manque pas d’humour, seulement c’est un humour des plus noirs et des plus fatalistes. Si les contrebandiers sont ici à prendre au sérieux, à considérer comme de vrais criminels, je pense que le seul traitement possible est celui qui passe par l’humour noir, ce qui en soi est typiquement espagnol.

 (Propos de Carlos Wagner, recueillis et traduits de l’anglais par Carmelo Agnello

 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 10:48

 

Victor Schoelcher est de la partie.

Pas seulement comme nom de lycée à Fort-de-France.

Avec Edouard GLISSANT il est question de vitalité culturelle et d'identité au sens de partage.

 

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Combat intellectuel et sanglant entre origine, identité, singularité, métissage.

MASPERO avait édité et distribué la revue ACOMA (4 numéros) de GLISSANT, où l'on pouvait lire dans l'ouverture du numéro 1 (Texte non signé, p.3 et 4):

"La volonté d'approfondissement ici manifestée n'est fructueuse que quand elle se garde en lucidité de se donner pour totalité suffisante, d'ériger par conséquent en idéologie a priori ce qu'on pourrait appeler « l'attentisme culturel ».

Pourtant cet approfondissement est irremplaçable. Un grand nombre de convergences historiques, dont nous tâcherons de débrouiller le nœud, d'abord pour nous-mêmes (pour ne pas continuer de grossir à la manière traditionnelle des intellectuels d'ici les rangs de « l'élite » antillaise), ensuite afin d'essayer de les proposer à la critique de tous, expliquent — par le déracinement initial, l'absence de références collectives claires, l'ignorance fondamentale de notre passé subi, la perpétuelle mise entre parenthèses de la seule classe martiniquaise dont dépende en dernière instance notre avenir : celle des ouvriers agricoles, l'isolement paralysant par rapport à notre entour géographique et historique, le manque de confiance en nous-mêmes et le déséquilibre qui en résulte — que notre situation dans le monde en tant que collectivité soit abâtardie de nos irrésolutions, de nos dissenssions, de notre errance. Mais que l'abâtardissement résulte de ces convergences historiques négatives, et non pas d'une nature « composite », diminuée par osmose, c'est ce que nous tâcherons aussi de montrer en nous faisant les défenseurs, et peut-être les « illustrateurs » d'une conception précisément « métissée » des cultures et de leur mutuel enrichissement. Il faut alors souligner avec force que le champ de ce métissage ne recouvre pas un vague humanisme, mais le défrichage ardu des peuples qui solidairement naissent à leur liberté. Il nous semble que les Antilles peuvent incarner un tel mouvement."

Réédition par PRESSES UNIVERSITAIRES DE PERPIGNAN, 52 Avenue Paul Alduy, F - 66860 Perpignan Cédex, Tel. 04 68 66 22 96 Fax/Tel. 04 68 66 17 05, Courriel: pup@univ-perp.fr.

 

On trouve, dans la déclaration préliminaire à la décernation par les membres du jury du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde, la phrase :

  • Pour : l’originalité avec laquelle sont convoqués les tremblements de l’Histoire et des histoires dont les soubresauts n’ont pas fini se secouer nos imaginaires caribéens,
  • Pour : la Retenue, la Tendresse, les Silences , les souffles, qui sont dévoilés tout en Intérieur et qui révèlent les énigmes des destins,
  • Pour : ces voix qui assiègent, qui résonnent et qui ne proposent pas de solutions établies, et qui simplement invitent le lecteur à vivre avec les malédictions de nos passés,
  • Pour : une littérature dans laquelle les écrivaines se distinguent de plus en plus et qui offrent des perspectives inattendues, imprévisibles,
  • Pour : un roman vivant qui libère une esthétique fragmentée et indirecte, à la limite de l’Inextricable, etc.

 

L'identité en soi s'efface devant l'identité pour soi : ne sommes-nous pas l'assemblage fécond d'une multiplicité au moins physique et mentale? Mon identité c'est accèder à la reconnaissance sociale de mon "unicité singulière multiple", repérages pour soi qui existent sans aucun besoin de rattachement communautaire et exclusif.

L'institut "TOUT-MONDE" m'apparaît créé par Edouard GLISSANT afin de résister à la dévastatrice Limite, cette coupure fratricide de l'Humanité, quelles qu'en soient ses formes.

Eduquer à la complexité et à la multiplicité, Humanité métissée et convergente vers son humanité.

 

Lectures :

"Quand les murs tombent. L'identité nationale hors-la-loi ?" (avec Patrick Chamoiseau). Paris: Galaade, 2007

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"Traité du Tout-Monde" Paris:Gallimard, 1993

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 03:26

 

"Partout où les Hommes avaient placé un mot, ils croyaient avoir fait une découverte."

Fr. Nietzsche, Aurore, paragraphe 47.

 

 

Vallée


Vallée
Photographie Gérard Delacour(c)

 


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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 02:32

 

La limite de mon vaste voyage, Europe d'activité, de fort des Halles, de solitude peuplée

J'ai mis trois heures à te parcourir, te traverser, pour revenir encore plus lentement

Vers le pont jeté si haut entre les rives des continents qui ne se séparent plus

Lumières bleuies des quais, des rives et des mosquées, tapis, trottoirs et chiens endormis

Limite infranchie d'une amitié d'enfance qui demeure, Istambul, constance qui passe comme marée va-et-vient

 

Album ISTAMBUL 1 (ouvrir le diaporama dans la colonne de gauche)

6307 Limite

Photographies Gérard Delacour (c)

 

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 18:29

Nouvelle.

 

 

« Le savon dans le cou, c’est un fichu truc. Ça laisse une impression dégoûtante, et la chose bizarre, c’est qu’on a beau s’éponger, on se sent poisseux tout le reste de la journée. Je descendis de mauvaise humeur, résolu à me montrer désagréable. » 

George ORWELL (1939) Un peu d’air frais. Paris : éd. Ivréa 10/18 n°3148 (1983), 13. 

 

 

Impossible de le dire et pourtant, en entrant dans ce restaurant, quelque chose de diffus, d’un peu sale, d’un peu vieilli, avec des tentures qui sentent la cuisine mais pas trop, une moquette bourrée de motifs en forme de tâches –elle avait été achetée pour cela -, des voilages aux fenêtres sur la rue, bref quelque chose d’assez ténu mais qui occupait tout l’espace, me saisit.

Je ne me sentis pas bien, d’emblée. Je n’ai jamais su dire quelle est la réalité de ces impressions dont la limite est indiscernable : était-ce effectivement dans l’air ou bien en moi-même seulement ?

Nous allâmes nous asseoir, lui sur la banquette, moi sur la chaise en vis à vis car j’ai toujours préféré l’assise sûre à l’enfoncement d’un tissu qui a cédé sous les postérieurs majoritairement féminins qui l’ont fatigué. Derrière mon hôte, au dessus d’un rebord garni de velours sans doute nauséabond, s’élevait un immense miroir sans bords, si grand que toute la salle s’y reflétait. Ce qui me permit de me rassurer de n’être pas coincé face à un mur trop proche, comme c’est souvent le sort de celui qui dîne en face de la banquette.

Il prit ses aises, ne confiant pas son manteau à la serveuse, pour étaler celui-là à côté de lui, sans même penser que des odeurs suspectes pourraient peut-être s’y imprégner par ce contact, au long du repas. Il prit une carte, sans se demander si j’avais vu la seconde, posée non loin, et commença sa lecture à voix haute : « Je te conseille, si tu aimes ça… Mais moi j’adore…, alors… » et je n’écoutais pas vraiment son baragouin car je savais qu’il commanderait si vite, le garçon une fois arrivé à notre table, que j’avais intérêt à me plonger dans ces listes trop fournies, dont vous savez d’avance qu’il est impossible qu’une cuisine puisse réussir autant de plats tous les jours sans avoir ses petites combines. Cela ne ratât pas : « Aujourd’hui, j’ai du turbot délicieux, cuisiné avec une petite… », nous lança le maître d’hôtel, ce qui signifiait simplement que le chef voulait en vitesse écouler le poisson en limite d’âge, avant de devoir le jeter. C’est toujours ainsi qu’il ne faut jamais prendre ce qu’on vous conseille, surtout du poisson avec des « petites sauces ».

Lui était toujours plongé dans sa lecture et je m’étais donc trompé en pensant qu’il me laisserait à peine le temps de faire mon choix. « Et bien…, aujourd’hui…, je vais prendre…, oui…, non…, non, comme d’habitude…, la bavette avec ses délicieuses frites…, double portion, bien cuites, euh…, croustillantes quoi ! Hein ! S’il vous plait ! » Mal élevé il était, très mal élevé, mais que signifie bonne éducation pour un franco-américain dont personne ne sait plus quand il se sent français et quand il n’est qu’américain contre tout ? Ah ! Si ! Il est français à chaque fois que, passant l’immigration à Roissy avec son passeport de citoyen des Etats-Unis d’Amérique, il sort de l’aéroport en vérifiant qu’il a bien sa carte de Sécurité Sociale de la République française. Ce qui ne l’empêchait nullement de me dire, trop souvent, qu’il était honteux que les français ne comprennent toujours pas qu’ils ne peuvent pas « accueillir tout le monde et soigner des maladies qui coûtent très cher, surtout des malades pas du tout français, hein !... Qui viennent du monde entier en France ! » Décidément, pour un authentique citoyen de l’Ouest, les français étaient « ingouvernables !... »

Je pensais à cela en le regardant terminer de lire la carte, les yeux déjà pointés en bas à droite dans la colonne des desserts, alors que nous n’avions encore rien devant nous.

Quand soudain, tout s’accéléra : la serveuse arriva avec deux verres de Kir et une assiette de saucisson coupé et sans doute pelé, ce dont je ne puis malheureusement pas m’assurer, comme on va le voir. Je vis deux corps, un de face, l’autre dans le miroir, se lever ensemble massivement, deux bras à l’horizontale pointer en direction opposée mais curieusement, de mon côté vers la serveuse, et en face, vers la même serveuse dont je vis la peau rougir cramoisie. Un flot d’injures s’abattit sur la pauvrette : « Non mais quoi ?! Qu’est-ce que c’est que ça ? Qui vous a demandé ça ?! Qu’est-ce que vous m’avez apporté là ? Remportez-moi ça tout de suite ! On ne vous a rien demandé, à vous, ni à personne ici ! Allez, ouste, dépêchez-vous, reprenez-moi cette cochonnerie ! », et ça, c’était un superbe jeu de mots.

« Non mais quand même ! Quel culot ! Me servir du saucisson, du…, je n’ai rien demandé, quoi !... La France, la France, ah ! C’est ça ! Aucune considération pour vous ! Aucun respect ! Aucun respect ! 

- Que t’arrive-t-il ? » lui dis-je en me glissant entre deux de ses éructations, sans rien ajouter, car l’idée que j’aurais pu vouloir du saucisson n’existait pas pour lui.

«  Il m’arrive qu’on ne me respecte pas. Voilà. C’est énorme, et c’est insupportable, ce pays ! On ne vous respecte pas.»

Je ne comprenais rien, absolument rien, de sa subite attitude, et de quoi il parlait. Des hypothèses couraient dans ma tête, mais rien qui se fixait. Et comme l’assiette était repartie très vite avec la serveuse, je ne pouvais pas même vérifier si son contenu permettait de comprendre un traitre mot de sa colère démesurée. Du saucisson, bien coupé et bien présenté, de toutes façons cela ne m’enchantait pas, car je pensais un tel apéritif bien inutile avant de manger le repas commandé, et si néfaste pour moi en tant qu’incontestable surplus de calories.

Il faisait la gueule, et cela s’était installé sans transition avec ma première impression à l’entrée de la salle. Il ne me parlait plus, il regardait tantôt au loin derrière moi, comme pour surveiller si l’assiette ne revenait pas, tantôt il visait sa serviette qu’il n’avait pas dépliée, comme pour dire je reste ou je pars ? Je n’existais plus. Je n’avais pas beaucoup existé depuis l’heure de notre rendez-vous dans son appartement parisien, tout proche de ce restaurant de quartier. Immeuble sans âge ni époque, sans couleurs, sans habitants, sans histoire, sans rien, moche aussi, gris, verdâtre, beige et sale. Un mauvais ascenseur marron, un globe blanchâtre pour éclairer le palier du 5e, je crois, une méchante moquette sans doute grise, et odorante – il avait dû avoir un chien, ou non, plutôt un ou plusieurs chats, à l’époque où il était un peu moins égoïste. J’avais pensé qu’il souhaitait m’y offrir un apéritif, mais rien. Avant de redescendre, lui par l’ascenseur, moi volontairement par l’escalier, il me dit que sa fille ne venait plus à Paris, qu’elle était sans doute définitivement en Suède avec son mari, que cela lui était égal car elle était devenue très méchante, qu’elle l’avait rendu responsable de la mort de sa mère, que cela n’avait plus d’importance pour lui, qu’il supportait maintenant très bien tout cela, mais que ça avait été très dur ; il me débitait le tout d’un trait, comme si je le savais déjà, comme si ce n’était rien, alors que c’était si fort, alors que c’était tout. Alors que c’était bien toute sa solitude qu’il me criait sans bruit, seulement distillée au long des phrases tranquillement enchaînées les unes aux autres, comme une fatalité insurmontable.

Je revins à moi en me voyant dans le miroir, derrière lui. Ça bougeait du côté de la cuisine. C’était sa bavette, aux échalotes bien sûr, tout ce que je déteste, ces sauces achetées chez Metro. Et les frites, à part dans une sorte de grand bol.

« Tu comprends, c’est pour ça que je ne viens plus très souvent… C’est pour ça que je finirai par ne plus venir, maintenant que je n’ai plus vraiment besoin de passer par la France pour mes affaires en Afrique… Ce pays est impossible. Jamais à New York on n’osera me proposer quelque chose que je ne peux pas manger, que je n’ai pas le droit de manger, on respectera mes…, on me respectera toujours, sans problème. Ici, ce n’est pas possible, ils ne pensent à rien, ils n’ont aucun respect pour rien !...

- Mais tu oublies que la République française est laïque » me permettais-je de lui dire en ayant soudain pris conscience dans un éclair de ce qu’il avait en tête.

« Alors, permets-moi de te dire que ça, ça ne vaut rien, hein ! Ca ne vaut plus rien, vos idées révolutionnaires qui n’en sont pas, hein ! Le respect de chacun, voilà ce qu’il faut respecter, voilà la morale, voilà la vie en société. Et pas cette imposition à tout le monde de n’importe quoi, hein ! »

Je ne répondais rien.

« Oui, je sais que tu n’es pas d’accord. D’ailleurs tu n’as jamais été d’accord. Tu n’aurais jamais pu rester vivre aux Etats-Unis. Vous les français…, vous êtes tous…, vous êtes tous communistes en fait, et c’est terrible !... Enfin…, cette fille exagère non ? Tu ne trouves pas qu’elle exagère beaucoup ?!...

 

CaricatGidi.png

Photo G.Delacour, retouchée par Ph.Bougouin

 

- Je ne peux te dire qu’une chose, » lui disais-je pour lui signifier que tout cela commençait à me peser vraiment trop, « c’est que je ne comprends pas un mot de ce que tu penses. »

Alors, lentement, et dans un mouvement superbe, sans doute le dernier d’une ancienne amitié qui, en réalité, était déjà morte depuis un certain temps, ce dont je venais de prendre pleinement connaissance avec cet épisode ultime, il me déclara :

« Voilà. Je dois te dire que toutes ces idées grandioses de…, laïcité…, de respect de…, de liberté, égalité et tout ça, je te parle pas de la fraternité, alors ça !... C’est n’importe quoi, vraiment, encore plus ! Tout ça, je me suis rendu compte que ça ne tient pas. La démocratie, c’est laisser chacun vivre selon ses idées, dans sa communauté d’appartenance. Et moi, avec tous les événements, la mort de ma femme, la haine de ma fille, la fin de mon travail chez les noirots, le départ de mon amie pour le Canada, j’ai compris, je sais, j’en suis certain, je te le dis, surtout…, réfléchis bien à ça aussi pour toi…, avec tout ça, j’ai décidé de vivre complètement selon mes principes, mon appartenance…, selon ma loi…

- De quelle loi parles-tu ?

- Désormais j’intègre…, toutes les minutes de ma vie…, je vis chaque instant en respectant ma religion…, c’est ça mon guide unique, c’est mon bonheur. »

Je savais que nous ne nous reverrions plus puisqu’il avait tout dit, il avait bien marqué chaque mot, bien détaché chaque syllabe, comme un discours au bord du trou.

Je terminai mon repas, sans goût. Je ne l’ai jamais revu depuis des années, mais je pense à lui si souvent, souvent. En présence de tous les saucissons.

 

G. Delacour© parc Guerrier de Dumast, 27 octobre 2010
Pour Philippe Bougouin

 

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 16:12

En juillet, j'ai publié des interventions de Sam PITRODA, Ministre chargé de l'innovation en Inde : Innovation pour 2020 (1)

Voici une conversation apparemment décontractée, sur une plage de Bretagne, entre trois enseignants.

Comme il est indiqué, il s'agit d'une "Causerie avec Marcel Lebrun Université Louvain le Neuve et Olivier Lerouge de l'école Nationale de Voile sur les débuts d'Olivier en Elearning"

Learning? Apprendre, mais dans quel sens? Marcel Lebrun dit qu'il est évident qu'il s'agit de recevoir (learning). Mais pour cela, il faut du "teaching", et ce n'est pas simple.

Enfin, si vous avez 15 minutes, voici un échange filmé, où il est question (tout à la fois) de temps présentiel, de documents, de connaissances, de compétence, de savoir-faire contextualisés, d'erreurs, de se filmer en train de faire, et surtout de "technologies pour rendre l'enseignement plus compatible avec la société d'aujourd'hui" (sic), le tout très décontracté au bord de l'eau et du vent dans le micro.

Ce qui est bien - pour moi - c'est que cela me fait écrire - de quoi publier, et j'annoncerai lorsque ce sera édité -.

 

 

"Causerie avec Marcel Lebrun Université Louvain le Neuve et Olivier Lerouge de l'école Nationale de Voile sur les débuts d'Olivier en Elearnin", voir la plateforme de l'Uinversité de Lyon 1 :  SpiMotion

 

 

 

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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 10:08

 

Je souhaite ouvrir ici une suite de réflexions sur l'innovation en éducation.

 

Sam PITRODA, Ministre chargé de l'innovation en Inde, nous aide à poser certaines questions.

Pour lui, l'innovation doit s'appuyer sur la capacité de chacun à travailler en équipe (large teams), et à échanger au rythme nécessaire pour penser les innovations qui doivent s'intéresser "à la base de la pyramide" et non au sommet.

Cela a des conséquences d'envergure. Pour être capable de travailler en équipe avec la réactivité nécessaire, il faut apprendre cet échange, reconnaître cette nécessité, accepter de partager, s'interdire de garder pour soi ses petites trouvailles et ses grandes idées... individuelles. Tout le contraire de ce à quoi nous sommes habitués et plus ou moins contraints par le système d'enseignement et d'éducation du modèle occidental.

 

Voici quelques extraits d'intervention et interviews de Sam PITRODA.

Nous y trouvons les expressions et slogans suivants :

- "web has changed learning" : le web a transformé l'apprendre

- "traditional learning outmoded" : l'apprendre traditionnel est démodé

- "education needs rethinking" : l'éducation nécessite d'être repensée

- "flexible education needed" : l'éducation nécessite d'être flexible (?)

- "need for ethical education" : le besoin d'une éducation éthique

- "emphasis on knowledge" : insister sur le savoir

- "virtual classrooms needed" : le besoin de classes virtuelles

etc.

L'Inde, par la voix de Sam PITRODA, récemment présent à la conférence LIFTFRANCE à Marseille, pose ainsi la question de son action, dans le domaine de l'éducation, en direction des "pays pauvres", c'est-à-dire à dominante numérique d'une population très pauvre, ainsi que ce pays l'est lui-même.

Les conséquences en sont directes sur l'évolution du modèle économique du Monde dans les dix prochaines années, et c'est pourquoi cet engagement nous intéresse, nous qui vivons à l'Ouest du grand continent eurasiatique.

 

 

Cet article pose les prémisses d'une première réflexion. Puis-je espèrer que le lecteur de ces lignes réagisse en utilisant la case en bas à droite de cette fenêtre (Ecrire un commentaire) ?

 

 

Réforme de l'Education en Inde

 

Les bases historico-symboliques de Sam PITRODA

 

 

Quel point d'application pour l'innovation? Les "slums" (taudis, bidonvilles) et pas les riches qui achètent iPad.

 

 

 

La question reste entière quant au problème que j'étudie depuis 1982 : comment un système à base binaire (informatique) peut-il faciliter ce que l'enseignement classique a déjà tendance à oublier, c'est-à-dire la médiation indispensable (l'interaction subjective) entre enseignant et apprenant.

 

- à suivre -

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 16:52

 

J'ai trouvé ce "joke" plutôt méchant mais symptomatique de l'aventure du livre,

ou comment transformer une superbe initiative (Onfray à Caen) en fiasco.

 

Gérard Delacour – Lecture de :

Michel ONFRAY (2010) Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne. Paris : Grasset, ISBN 978-2-246-76931-6, 613 pages.

--> sous l'article, 2 interviews de Michel ONFRAY 


INTRODUCTION

Après avoir lu intégralement, bibliographie comprise, le livre de Michel ONFRAY, soit 613 pages, j'ai la désagréable impression de pouvoir résumer l'ensemble en quelques lignes. En effet, le contenu est mince, ce qui pourrait ne pas être une critique en soi, mais comme ce contenu est très répétitif, comme je le montrerai ci-dessous, reprenant très souvent les mêmes mots dans une rhétorique semblable, il laisse l’impression que de nombreuses pages sont inutiles, car le lecteur relit la même chose plusieurs fois, et a compris depuis longtemps la pensée de l’auteur qui ne semble jamais vouloir l’admettre.

« J’ai donc lu ce qu’il fallait lire » dit ONFRAY (p.23) et nous, nous avons lu ce dont nous nous serions finalement volontiers abstenu. On aurait surtout aimé, tant qu’à lire un livre aussi gros, que les 600 pages servent à fournir des références et des démonstrations robustes. Ce n’est pas le cas.

Je m’en tiendrai pour le détail de mon témoignage aux premières 100 pages, car ce que j’en utilise ci-dessous s’enfle et se reproduit de façon répétitive et à l’identique dans les 500 suivantes ! Pour vous en assurer, prenez au hasard une de ces pages et comparez. Une version informatique du texte, permettrait de collationner ces répétitions à l’identique, de chapitre en chapitre, ce qui serait très éclairant sur la technique littéraire de ONFRAY.

Mon propos tient en trois constats. Premièrement, ce texte n'est pas un livre, c'est une hargne écrite à la hâte. Deuxièmement, ce texte n'est pas ou mal documenté, il ne démontre rien. Il affirme en détournant des bribes de documents de leurs contextes. Troisièmement, conséquence des deux précédentes parties, ce texte n'est pas un travail de chercheur, non seulement parce qu'il ne pose aucune hypothèse ni aucune question, mais parce qu'il contient tout simplement des erreurs de l’auteur issues principalement d’un défaut de connaissances mais aussi d’un défaut de méthode de travail de recherche.

 

1. Une grande hargne

C’est une grosse colère qui va être étayée et circonstanciée, pense-t-on au début, mais elle ne s’arrêtera pas et elle se poursuit par un gigantesque énervement enflammé, permanent, fatigant pour le lecteur. Une rage contre Freud et sa secte. Qui ne cesse pas, de la première à la dernière page de cet ouvrage inutile. Pourquoi inutile ? Parce qu’il est vide.

Sigmund Freud serait un faussaire, à tous les niveaux de sa vie et de son œuvre. Pourquoi pas, en effet ?! On peut avoir du mépris pour ce Freud « révélé », on peut vouloir apporter des preuves d’agissements coupables, moralement, civilement et même pénalement. Mais alors il faut aller jusqu’au bout de la démonstration. Cela eut été très intéressant que les propos rapportés par ONFRAY soient bien documentés, que des événements ne se transforment pas en calomnie sans qu’aucune preuve ne soit fournie par l’auteur, et qu’il aille sur un autre terrain que celui des injures récurrentes. Lorsque c’est de la médisance, Michel ONFRAY reproche à Freud ce qu’il révèle lui-même de ses interrogations et de ses problèmes intimes.

Le lecteur se dit qu’il doit bien y avoir quelque raison à cette haine, mais comme il n’a rien lu de fondé, en arrivant à la dernière page, l’ouvrage apparaît fétide et nauséabond. Achever la lecture m’a demandé un vrai effort, notamment à cause de la énième répétition de la même énumération gratuite de critiques et d’injures sans aucune source ni référence circonstanciée, sans jamais aucune explication véritable, sans aucun travail d’historien.

Pour ce qui concerne ma lecture du texte de ONFRAY ci-dessous, les chiffres entre parenthèses indiquent la page dans l’édition de référence. Les points de suspension sont aussi des citations, ils ne sont pas ajoutés par nous. Les points de suspension sont utilisés généralement pour indiquer ce qui n’est pas dit mais suggéré, ou ce qui est inachevé. Ce mode d’écriture n’est pas acceptable dans un texte d’analyse et de recherche. De même, les mots mis en italique le sont par l’auteur, et représentent des éléments sur lesquels il veut insister, qui représentent des conclusions et/ou des vérités, selon lui. Ainsi nous sommes le plus souvent en présence de procédés formels contestables car sans fondements, à défaut d’analyses circonstanciées.

Nous avons relevé, parmi beaucoup d’autres, les invectives suivantes :

« J’ai un peu touché du doigt, là, le pouvoir dangereux des psychanalystes. J’ai alors développé une méfiance instinctive et viscérale à l’endroit de leur caste sacerdotale et de leur pouvoir de prêtres… » (27)

« fainéantise intellectuelle » (31)

« La thérapie analytique illustre une branche de la pensée magique : elle soigne dans la stricte limite de l’effet placebo. » (38)

« la psychanalyse a déplacé les interdits constitutifs du psychologisme, cette religion séculaire d’après la religion. » (39)

« La psychanalyse constitue l’autobiographie d’un homme qui s’invente un monde pour vivre avec ses fantasmes – comme n’importe quel philosophe… » (40)

« On y constate enfin l’obsession de réussir, de gagner de l’argent, de devenir célèbre qui lui mange l’âme au quotidien : que faire pour être un scientifique réputé ? » (47)

« le fantasme de célébrité qui le tenaille» (47)

« ses théories procéderaient d’une révélation et de non de lectures, de travaux, de réflexions, » (47)

« Je souhaite montrer, par delà les cartes postales, que la psychanalyse est le rêve le plus élaboré de Freud – un rêve donc, une affabulation, un fantasme, une construction littéraire, un produit artistique, une construction poétique au sens étymologique. » (50)

« toute philosophie est la confession autobiographique de son auteur » (51)

« Comment Freud aurait-il échappé à cette hystérie à prétexte philosophique ? » (56)

« un épouvantable conformisme bourgeois » (58)

« Freud, pour sa part, trouvait la surreprésentation juive problématique dans la psychanalyse et souhaitait, avec Jung, trouver des cautions « aryennes » (le mot est de lui) à cette discipline nouvelle destinée à se répandre sur la terre entière. » (64)

« Pour Freud, être fils de, devoir quelque chose à un père, le mettait dans des états psychiques où il montrait un réel talent de meurtrier. » (67)

« Freud veut ignorer ce qu’il sait déjà : le fait qu’en tant que philosophe, ce qu’il est et ne cessera d’être, il crée à partir de lui-même une vision du monde pour sauver sa propre peau. » (69)

« le plus souvent, c’est une affirmation arbitraire, une lubie, une « intuition, » (70)

(Le philosophe) « il fonctionne à l’intuition, comme les mystiques ; il pose ses thèses en vertu de caprices ; » (70)

« il se dit maître de lui, or il erre en esclave et en domestique de ses instincts, de ses vœux secrets, de ses aspirations intimes. Ce qu’il nomme ses vérités ? Des préjugés… » (71)

« Freud n’aime pas qu’on lui résiste. » (74)

(Napoléon) « se couronne lui-même empereur car il n’estime personne assez digne de lui pour poser le bijou sur son crâne. Freud effectue le même genre de geste dans un court texte de 1917 » (79)

« Freud ne recule pas devant la mégalomanie. Mais plus encore, il ajoute la vanité à son orgueil » (81)

« Freud a eu de méchants souhaits » (82)

« Freud veut de l’argent et de la célébrité, il lui faut tailler la forêt en direction de cet eldorado. » (85)

En ce qui concerne son ami Fliess : « il parle à son ami, lui confie tout, ses maladies, ses pannes sexuelles, ses doutes, sa dépression récurrente, sa fatigue de n’avoir personne en consultation, le manque d’argent, l’impossibilité de faire bouillir la marmite familiale, l’absence de célébrité – il avance sans masque et confesse alors sa véritable nature, il est un aventurier. Lorsqu’il se trouve sous les feux de la rampe, Freud tient un autre discours. Pas question de livrer son jeu. Sur scène, il n’est pas un aventurier ou conquistador mais homme de science. » (85)

« une vision du monde extrêmement totalisante » (90)

« des vérités scientifiques obtenues après observation clinique – comme chacun l’aura constaté pour l’urine de l’arroseur ontologique ou le pet du concertiste… » (91)

« Les qualificatifs pleuvent dès qu’il s’agit de cette introspection ordinaire à laquelle invitent tous les philosophes stoïciens de l’antiquité » et « Selbstdarstellung signifie tout simplement : présentation, description, analyse de soi. Pas de quoi parler comme Jones du caractère unique de cet exploit » (101)

« sans désir sincère d’en découvrir le contenu véritable » (103)

« le carnet de bord d’une âme en peine » (104)

« Sans s’en apercevoir, Freud donne toujours les clés de ses serrures les mieux verrouillées. » (107)

Etc.

 

Dans les 500 pages qui suivent sur le même ton, l’énumération des noms d’oiseaux et de l’affirmation de tout et de son contraire serait très longue, en voici tout de même quelques exemples, au fil de la lecture :

« détail effroyable de cette névrose freudienne » (111), « auto-analyse égotiste » (113), « source noire de cette psychonévrose de Freud » (114), « troubles identitaires » (120), « lien incestueux » (127), « relations psychopathologiques » (127), « ce problème, donc, c’est celui d’un homme, d’un seul, qui parvient à névroser l’humanité tout entière dans le fol espoir que sa névrose lui paraîtra plus facile à supporter » (137), « vivant d’argent emprunté, de prêts qu’il ne rembourse pas » (138), « il ne fait pas face » (138), « totalitarisme idéologique » (139), « caviardage des correspondances par les gardiens du temple » (139), « nombreux tenants de la secte » (139), « constituer une légende » (140), « solitude désargentée du cabinet » (140), « création de l’embryon d’Église dévouée à la cause » (140), « le moment jubilatoire de la possibilité, enfin, de fixer le prix de ses consultations » (140), « les lettres de Fliess - trop compromettantes » (140), « correspondance hémiplégique » (141), « Freud prend ses désirs pour la réalité » (144), « ce conte riche en développements et en rebondissements » (147), « lumière noire de l’inceste » (149), « une incroyable ardeur du juif Freud à tuer Moïse, le père des juifs selon la tradition » (150), « pathologie incestueuse qui ne cesse de travailler Freud » (151), « cathédrale psychopathologique » (151), « prétendue découverte scientifique qui se réduit finalement à un banal souhait d’enfant, au désir d’un petit garçon pour sa mère… » (151), « l’adolescent boit de l’alcool ; Freud n’a pas encore lu Freud, et pour cause, ignore encore qu’un banal onanisme en bonne et due forme aurait probablement selon sa doctrine eu raison de sa douleur dentaire… » (153), « une fiancée transformée en vierge avec l’encre de ses lettres pour unique substance séminale ; Freud aime la sexualité, mais sans le corps… » (156), « Freud a vingt-six ans, il vit de prêts, d’emprunts, n’a pas de travail et vient de terminer péniblement ses études de médecine » (156), « très jaloux, extrêmement possessif, et justifie son affectivité tyrannique » (156), « un engorgement des pulsions libidinales » (157), « Lisons donc avec un œil amusé » (157), « Freud n’aime ni le coït interrompu, ni le préservatif qui entrave sa (petite) performance sexuelle » (157), « L’onanisme pourrait bien avoir joué un grand rôle dans le vie de Freud – une pratique dont il faisait aussi découler les névroses… » (158), « une sexualité adultère avec sa belle-sœur : voilà de quoi permettre au fantasme incestueux une longue et douce existence à l’abri du réel… » (158), « le conquistador a écrit qu’il avait renoncé à sa sexualité pour diriger sa libido vers la sublimation géniale qui a nom psychanalyse, mettre en doute cette parole constitue un blasphème… » (162), « l’inceste continue à dicter sa loi dans la vie sexuelle de Freud… » (163), « Lorsque devenu riche, l’ancien disciple voulut rembourser le maître, Breuer refusa, ce qui humilia Freud qui se fâcha violemment… » (172), « le geste de Freud qui proposait de l’argent valait déclaration de guerre à l’endroit de Breuer : accepter l’aurait humilié, refuser l’a humilié. En tout état de cause, en faisant entrer l’argent qu’il prenait théoriquement pour de la merde selon son propre mot, le psychanalyste gagnait à tous les coups.» (172), « L’audace paie » (173), « on s’est bourré de cocaïne pour ne pas y faire mauvaise figure » (173), « Freud, si prompt à voir du sexe partout, n’en voit pas là où il s’en trouve » (177), « une dédicace en hébreu qu’il n’a pas su déchiffrer. » (179), « Pour répondre au désir du père de lignage juif, ce dont témoigne le cadeau de la Bible paraphée, Freud interdit la circoncision de ses fils » (179), « Freud fait preuve d’ambivalence » (179), « il manifeste un antisionisme » (179), « Freud se trouve à Rome avec l’inévitable tante Minna » (180), « Où a-t-il vu qu’un père possède dans sa fille ce à quoi son époux accède par le mariage ? » (180), Freud et Fliess « les deux compères » (182), « Anna, l’accident sexuel » (183), « Comprenons ce souhait de mort, car il arrangerait bien plus les affaires du tandem Breuer et Freud » (186) 

Continuez vous-même, si vous le voulez. Jusqu’à la fin, c’est la même chose.

Quand on vous dit que c’est un tissus d’interprétations ineptes et d’injures médisantes ou calomnieuses !

 

2. Ce texte met en œuvre une pensée perverse

Pour fustiger Freud et son œuvre, Michel ONFRAY utilise des procédés que l’on peut qualifier de malhonnêtes car l’auteur utilise l’amalgame et l’inversion, dont on ne peut que constater la perversité. Voyons ce qu’il en est, à l’aide de quelques exemples :

Premièrement, l’utilisation de la correspondance intime de Freud avec Fliess par ONFRAY est malhonnête et indigne d’un chercheur. En voici un exemple parmi les dizaines qui nous sont assenés tout au long du texte. Freud écrit à Fliess (1er février 1900) : « Je ne suis absolument pas un homme de science, un observateur, un expérimentateur, un penseur. Je ne suis rien d’autre qu’un conquistador par tempérament, un aventurier si tu veux bien le traduire ainsi, avec la curiosité, l’audace et la témérité de cette sorte d’homme. » (84), extrait qui génère ce commentaire incroyable mais vrai de Michel ONFRAY : « pour tout un chacun, même moyennement cultivé, un conquistador définit un mercenaire sans foi ni loi, conduit par l’appât du gain, un homme de sac et de corde, souvent hors la loi dans son pays, qui ne recule devant aucune immoralité pour parvenir à ses fins. On doit aux conquistadors des génocides, des massacres, des épidémies et des pandémies, des propagations de typhus, variole et syphilis, des destructions de civilisation, des massacres en masse des populations autochtones, le tout pour remplir leurs caisses d’un or qu’ils imaginent abondant dans les contrées découvertes par leur soin dans ce seul but… » (84)

Comment adhérer à une telle diatribe, outrée, enflée et démesurée, décalée du propos réel, hargneuse et haineuse, à partir de quelques mots de Freud et d’un seul vocable « conquistador », assorti de « curiosité, audace et témérité » placés là par Freud dans le cours d’une simple lettre personnelle. Bien loin de génocides, non ?! Michel ONFRAY irait-il parfois jusqu’à délirer ?

Deuxièmement, ONFRAY interprète des citations de Freud au contraire de ce qu’elles disent, et un lecteur attentif n’a aucune difficulté pour corriger ces inversions de sens. Mais on connaît les ravages que peut occasionner ce procédé pervers consistant à affirmer l’inverse de ce qui est explicite dans le texte cité. En effet, n’importe qui peut se prévaloir de cette soi-disant « référence » : « ONFRAY l’a démontré » à tel endroit dans son analyse !

Ce procédé est appliqué sans retenue par ONFRAY à de très nombreuses reprises. Et suivi de l’emploi répété de la conjonction « DONC » qui en devient emblématique. N’ayant pas de version électronique des 613 pages, je n’ai pas pu compter les « donc », mais la vérification sera facile à faire ! Après une envolée interprétative du genre de celle que nous venons de voir, va suivre la conjonction « donc » et la réaffirmation du contenu déjà énoncé sans preuves ni références. « Donc » c’est évident, « donc », c’est bien ainsi, « donc » j’ai raison, moi ONFRAY, de l’avoir révélé pour la première fois dans l’histoire centenaire de la psychanalyse qui a été jusque là occultée et défendue par les membres de la secte, « donc » il faut le dénoncer, etc.

« Psychanalyste, donc, à défaut d’avoir pu être philosophe… » (97) ONFRAY n’a pas cessé de dire dans les cinquante pages précédentes que Freud est un philosophe. Et il le répétera, dès la page suivante, en y ajoutant son mépris : « Grimé sous l’apparence du scientifique, Freud mène son activité de philosophe dans le registre de l’autobiographie existentielle. » (98)

« Comme tout un chacun se sachant chez soi, il se lâche, se soulage, se libère. Dès lors, on découvre la nudité d’un être avec ses zones d’ombre, ses faiblesses, ses errances, ses doutes, son caractère, son tempérament sans travestissement : on y voit l’homme de mauvaise foi (…), l’ambitieux obsédé par les moyens de laisser rapidement une trace dans l’histoire ; le cupide cherchant la trouvaille à même de lui assurer la fortune dans les meilleurs délais (…), le psychorigide qui renonce sans renoncer face aux preuves de son fourvoiement (…) ; le superstitieux qui recourt à des signes de conjuration du mauvais sort dans ses lettres (…) ; l’ingénu adhérant aux thèses fantasques de son ami sur les cycles, les périodes, et la superstition numérologique associée ; le cyclothymique qui détaille la moindre somatisation (…) ; le dépressif qui confesse des troubles endurés depuis des années (…) ; l’angoissé et le phobique ; le cocaïnomane qu’il sera une dizaine d’années durant (…) ; Freud mis à nu, sans masque ; Freud humain, très humain, trop humain ; Freud avant le maquillage, les projecteurs et la pose pour l’éternité ; Freud en chair et en os, une dure réalité pour lui qui s’est rêvé, pensé, voulu en marbre et en or… » (102-103).

Que faut-il ajouter à cette énumération ? Juste un vrai procès en correctionnelle pour juger un petit médecin violeur et incestueux.

Et le délire continue : « Certes, les lettres à Fliess témoignent de cette étrange relation à Rome » et « Freud obéissait à une voix intérieure » puis « Or Hannibal, deux mille ans plus tôt, avait entendu la même voix et s’était arrêté au même endroit… » (106). C’est après avoir lu cela que vous avez envie soit de refermer le (trop) gros bouquin, soit d’éclater de rire.

 

Nous pensons que cela suffit. Aucun travail sérieux d’investigation et d’analyse de données, pas même le simple respect du lecteur qui aimerait apprendre quelque chose mais qui n’obtiendra rien.

La tentation est forte de retourner contre l’auteur ses propos sur Freud lorsqu’il dit que l’odyssée freudienne est en fait une egodicée, « en empruntant ce beau concept à Derrida » (103), qui est ici une construction de langage fort artificielle et gratuite. Trop, c’est trop. Chaque propos d’ONFRAY contre Freud finit par illustrer ce qui est la clé de toute pensée perverse et paranoïde : attribuer à « l’ennemi » ce qui ne parle que de soi.

 

3. Ce texte n’est pas un travail de recherche d’historien de la philosophie

La médisance assortie de propos injurieux occupe le terrain d’un texte sans révélations, sans analyses, sans références sérieuses.

Citons encore quelques extraits du texte de ONFRAY :

« Chez lui, la dissimulation et le travestissement de ces évidences prennent un tour extraordinaire. La psychanalyse constitue l’exégèse du corps de Freud – et rien d’autre. » (69) Aucune autre analyse ne nous sera fournie.

(La psychanalyse) « N’est-elle pas la plus récente vision du monde, la plus fermée, la plus verrouillée, la plus totalisante, la plus unitaire, la plus globale ? N’a-t-elle pas abordé tous les sujets en prétendant, avec l’hypothèse subsumante de l’inconscient, résoudre toutes les énigmes » (89) Aucune référence n’est indiquée.

« Freud oppose deux façons d’appréhender le monde : d’un côté, celle de l’art, de la religion et de la philosophie, perfidement associés sous sa plume – chacun sait en effet en quelle estime il tient la religion… De l’autre, celle de la psychanalyse, autrement dit, la sienne… » (91) Aucune référence.

« Dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926) Freud se déchaîne une nouvelle fois et grossit le dossier instruit contre la philosophie : « Je ne suis absolument pas pour la fabrication des visions du monde. Qu’on les laisse aux philosophes qui, de leur propre aveu, trouvent que le voyage de la vie ne peut s’effectuer sans un tel Baedecker qui donne des renseignements sur tout. Acceptons avec humilité le mépris avec lequel les philosophes nous toisent du haut de leur sublime indigence » (214) et « Passons rapidement sur la revendication d’humilité faite par un homme ignorant de cette vertu ! Arrêtons-nous au prétendu mépris dont auraient fait preuve les philosophes devant les inventions de leur collègue : qui ? Quand ? Où ? Dans quelles revues ou publications ? Combien de livres écrits contre Freud à cette époque de son existence ? Cette allégation relève de la paranoïa » (92) Ici, le procédé, toujours le même, consiste à enfermer Freud dans un procédé pervers : ayant affirmé que Freud revendiquait la paternité centrale d’une vision du monde, ce passage l’infirme. ONFRAY n’en est pas gêné : Freud ne le dit que pour mieux mentir ! Notons qu’aucune référence précise et donc vérifiable, une fois encore, ne nous est donnée, les seuls titre et date d’un ouvrage ne pouvant en aucun cas être la marque d’un travail sérieux.

« Laissons les revendications tonitruantes de Copernic et de Darwin à la légende, au clinquant des mythes rédigés par ses soins et gardons présente à l’esprit cette idée de l’aventure audacieuse du conquistador. Reste à savoir ce que ce nouveau Christophe Colomb a véritablement découvert : un immense continent et des contrées étendues à l’infini ou le petit pré carré d’une vérité existentielle subjective ? » (98) On s’attend ici à une analyse détaillée qui permettrait de comprendre les analogies métaphoriques proposées. Mais ONFRAY utilise toujours le même procédé rhétorique (médiatique-spectaculaire), il poursuit son flot méprisant et injurieux, comme à chaque page : « Une Amérique lointaine ou une principauté au pied de chez lui ? Sinon rien du tout : une illusion, une apparition, un mirage dans le désert de la pensée ? » (98)

De même, en évoquant la correspondance avec Fliess, dont on sait le caractère intime, et sans commune mesure avec un écrit publiable, ONFRAY reproche à Freud que cette correspondance ne soit pas autre qu’elle est. On retrouve toujours la même perversité de destruction systématique et sans références sérieusement analysées : « De fait, cette correspondance très intime qui n’évite rien et suppose la mise à nu des protagonistes, pourrait servir à Freud pour s’essayer à lui-même avec un tiers comme témoin, sinon en miroir. » (101) Méconnaissance avouée d’ONFRAY, car cette correspondance est précisément ce qu’il dit qu’elle devrait être. Notons que ONFRAY écrit que cette correspondance « n’évite rien », alors qu’il reproche à de nombreuses reprises à Freud son manque de sincérité, sa rouerie, ses mensonges, etc. Procédé récurrent qui est de contester quelques paragraphes après un texte clair de Freud, comme c’est le cas ici, par exemple page suivante (102) : « on y voit l’homme de mauvaise foi ». Alors Freud n’évite rien? Ou bien il est de mauvaise foi? Il n’évite rien parce qu’il est de mauvaise foi, de toutes façons. Voilà comment un auteur qui se présente comme historien de la philosophie, maltraite son lecteur.

Et aussi : « Freud propose moins une psychanalyse scientifique issue d’une méthode expérimentale avec des concepts universellement valables qu’une psychologie littéraire issue d’une autobiographie avec des notions créées sur mesure pour lui-même, extrapolées ensuite à la totalité de l’humanité. » (104) Cela devrait être présenté comme une hypothèse à démontrer. Or, à part les expressions en italique, comme pour affirmer une vérité qui serait déjà reconnue ou déjà démontrée, ONFRAY ne nous donne aucun développement, aucune référence, aucune analyse ! ONFRAY pratique ici aussi très précisément ce qu’il reproche à Freud : l’affirmation et l’invention de formules rhétoriques sans preuves ni étude robuste.

Le meilleur travail de recherche et d’analyse effectué par ONFRAY obéit à des règles qui sont celles de la perversité. Par exemple :

« Le rapport que Freud entretient avec l’Italie en général et Rome en particulier participe de la névrose freudienne. Freud confirme lui-même la chose dans une lettre à Fliess : « Ma désirance pour Rome est d’ailleurs profondément névrotique » (3 décembre 1897), écrit-il en rappelant son enthousiasme de lycéen. » (107)

On voit ainsi résumé le procédé utilisé tout au long du livre de 613 pages : user de jugements approximatifs qui se font passer pour des analyses, à partir de bribes de textes, en majorité la correspondance intime de Freud avec Fliess, dans lesquelles Freud utilise bien les mots et expressions tirées de leur contexte et de leur signification savante par ONFRAY. A la démarche perverse s’ajoute la méconnaissance de l’œuvre et du travail itinérant de Freud sur ses propres découvertes. Ce travail est celui de tout chercheur, de tout savant, de tout découvreur.

Pour finir et ne pas trop alourdir notre propos, terminons en faisant mention du très intéressant travail effectué par Douglas Hofstadter. Cet universitaire de l’Indiana University (Center for Research on Concepts and Cognition), est venu le 6 mai 2010 à l’Université de Paris 8 (Saint-Denis) donner une conférence au sein du laboratoire Paragraphe : « Les analogies extraordinaires d’Albert Einstein ». Pour ONFRAY, Einstein serait un affabulateur et un pilleur d’idées, car Hofstadter démontre très pertinemment que la source des révélations et inventions les plus fondamentales en Physique ont pour origine « non pas le raisonnement déductif mais l’audace inventive personnelle du chercheur », hypothèse qui se trouve aussi à la base de mon récent travail en Sciences de l’éducation. Voici comment était annoncée cette conférence, que j’ai pu enregistrer : « Nous décrirons le rôle central, tout au long de la vie fabuleusement créative d'Einstein, qu'ont joué les conjectures les plus improbables, toutes conçues purement sur la base d'analogies, ne reposant sur aucun pilier de raisonnement logique. En particulier, nous examinerons les analogies géniales qui ont donné lieu à l'hypothèse que la lumière est composée de particules (1905), à l'hypothèse que toute masse possède une énergie faramineuse mais profondément cachée (1905-1907), et enfin à l'hypothèse que la gravitation (une force qui tire) et l'accélération (la variation de la vitesse d'un objet) ne sont que deux faces d'une même pièce (1907). »

Ce qui est reconnu, par de vrais chercheurs, aux chercheurs les plus créatifs est refusé à Freud par Michel ONFRAY.

 

CONCLUSION

ONFRAY m’avait jusqu’à ce jour intéressé par sa sagacité : il renouvelait l’utilisation des savoirs référencés pour les exposer et les commenter.

A l’été 2009 cependant, j’avais écouté ses conférences sur Nietzsche données dans l’année à l’Université populaire de Caen et diffusées par France Culture. J’avais été surpris par sa difficulté à exposer la pensée du philosophe. Mais j’avais pensé que cela n’était effectivement pas simple de présenter un tel monument. Par ailleurs, Michel ONFRAY excellait –du moins c’est l’impression qu’il me donnait– dans la présentation et l’analyse des œuvres de tous ces auteurs antiques inconnus de beaucoup d’entre nous qu’il a toujours affectionnés.

Aujourd’hui, j’en viens à douter de l’ensemble de ses travaux. Il est vrai qu’en ce qui me concerne, je n’ai que peu de repères en histoire de la philosophie antique, mais pour Nietzsche, j’en ai, pour Freud aussi. Et tout s’effondre. Alors, pour le reste ?

Je veux être très clair : ce que j’ai voulu dire ici de ma lecture de ONFRAY porte sur le mauvais travail fourni, rien d’autre. Non que je ne veuille pas prendre position sur l’œuvre de Freud et l’homme Freud, mais d’autres, beaucoup plus compétents que moi, l’ont déjà fait. ONFRAY n’apporte malheureusement rien.

En revanche, que Michel ONFRAY ne soit ni un chercheur robuste, ni un enseignant passeur, qu’il ne fasse aucun cas de son lecteur auprès duquel il se contente de se positionner par des procédés rhétoriques inadmissibles pour tout épistémologue, cela nous semble salement connoté idéologiquement, et outrepasse notre tolérance.

Car quand il parle de ce qu’il a écrit, il dévoile son positionnement idéologique, par exemple lorsqu’il dit que le travail du philosophe est de simplifier (interview ci-dessous) et non de parler de la complexité. Intervention télévisée populiste qui met en avant la simplicité comme argument d’une soi-disant proximité populaire ! Nous, nous pensons que le respect et l’apprentissage par les êtres humains de la complexité sous toutes ses formes sont une des exigences civiques les plus importantes de l’instruction publique.

Monsieur ONFRAY, bon vent, prenez le large, nous ne voulons plus vous entendre s’il faut nous contraindre à lire 613 pages pour rien ! Nous avions espéré votre voix intelligible pour rendre l’instruction publique de nouveau populaire, nous sommes floués. Décidément, c’est bien à chacun d’entre nous d’agir, sans écouter des inter-médiatiques comme vous qui, s’appuyant sur des éditeurs populistes qui aiment les euros et pas la culture, sont pathétiquement assoiffés de reconnaissance et de jouissance perverse.

 

Gérard Delacour© navire Saint-Nicolas, 24 mai 2010.

 


Michel ONFRAY - Jacques Alain MILLER

Sur l'attention flottante et ONFRAY historien.


Dialogue : Michel Onfray et Jacques Alain Miller

 

Michel ONFRAY - Le travail du philosophe et la politique


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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 11:20

Le dernier...? L'ultime... ? La fin de... ?
Oui, oeuvre magistrale, publiée intégralement de son vivant dans la Pléiade.
TRISTES TROPIQUES, LE CRU ET LE CUIT, LA POTIERE JALOUSE... Pavés somptueux et lourds de richesses.
Mais...
Le devoir de celle ou de celui qui fait oeuvre de penser et de chercher n'est-il pas d'être optimiste, avant tout?
Le culte du passé et le regret d'un présent régressif dénotent une soif pathologique (et pathogène) qui plonge ses racines dans l'incapacité de penser ce que j'appelle le "concept de QSR", la Question Sans Réponse.
L'Humanité doit travailler à vivre avec cette non-réponse, puisqu'aucune "vérité" ni aucune "révélation" ne permet de penser la non-réponse à propos de l'Etre (mon Etre, ton Etre).
L'optimisme n'est pas de l'ordre de la béatitude stupide ou aveugle. C'est l'outil central de tout penseur conscient de la puissance de l'être humain sur lui-même et sur le Monde.

Voici un des derniers entretiens acceptés par Claude Lévi-Strauss (2004).
Dommage! Quel message misérablement pessimiste!
Comme quoi être "un grand penseur", reconnu comme tel, n'affranchit pas des peurs élémentaires et profondes qui nous habitent et sur lesquelles il faut aussi travailler.
Afin que le Monde extérieur soit à l'image de notre monde intérieur. 

 




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