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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 23:30

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Quelques photos - Août 2011

 

<----  Nouvel album "AOUT 2011" (colonne de gauche)

 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 20:48

Sol

 

On ne meurt pas du mensonge.

 

On meurt du silence, parce qu'on ne peut s'accrocher à rien.

 

Et je glisse du silence, paroi lisse.

 

Je serai mort, tombé du silence de l'Autre.

 

Quand l'Autre est déjà mort de son silence propre.

 

 

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Photo G.Delacour © - 18 août 2011 

 

 

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 12:04

 

En fait, ce que je tente de comprendre, c'est cette curieuse distance entre ce qui intéresse "les autres" et ce qui m'intéresse.

Car tout m'est étranger et tout m'ennuie.

Fondamentalement. Non, pas dépressivement.

Mais structurellement.

Ancré dans le sol de mes sensations et de mes convictions.

Je m'ennuie parce que je ne comprends pas comment cela pourrait ne pas être ennuyeux.

Que regardent-ils?

Qu'écoutent-ils?

Que pensent-ils? A quoi s'intéressent-ils?

Pourquoi ais-je cette bizarre impression, proche de "l'ambiance accident"?

À la fois je me sens si terriblement coupé du passé proche, "l'avant", et si totalement contenu dans un présent indépassable, visqueux.

C'est alors que le présent peut être cet acte unique de passage qui valide la durée de l'attente.

Ou bien cette présence bien réelle d'un accident -"c'est trop tard"- qui découpe le temps en "avant" et "maintenant", nous coupant ainsi du futur car le temps est arrêté.

Ainsi en va-t-il de la réussite ou de l'échec.

Échouer, c'est accéder au rivage asséché d'une chute sur soi-même au présent.

Réussir, c'est valider toute la dure durée de vie qui a permis de le construire.

 

Pays-Bas, ce 7 juillet 2011.

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 23:47

 

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Blog de Sam Braun

Sam Braun sur RCJ "Mémoires Vives"

 

De Pascal Szulc :

images4"A l'image, le sens est entier. Le regard est une vision du futur. Le front est à lui seul la pensée humaine; les quelques rides ont la joie du souci des enfants, et d'être l'amour éternel de la femme aimée. L'oeil est enfant, un enfant marqué d'un triste Non. Et pourtant il porte jusque dans les ridelles les plus profondes les souvenirs de tous les sourires, de tous les tournants de vie, de toute les fratries, du goût du sel de l'île de Ré, de cet arbre blanchit par la vie, dont les bourgeons seront à jamais fleuris d'une humanité meilleure, éclairée. Il y a une part de sourcils noirs. Nommons les "lucidité", brûlure, soleil absent dans un fourgon indécent, sous le sceau du nazisme. Vision de numéros. Le visage est large et le bonheur le porte, proche, proche de ses petites filles, comme de son "monde", loin d'être petit, qu'il nommait de cette voix aussi grave qu'adolescente, "mes enfants". Je suis sorti de l'enceinte du Père Lachaise comme on sort de la guerre ou d'une tranchée, j'imagine, et la ville me semblait vide, dépeuplée. Un message sur mon répondeur de la femme que j'aime; je pensais alors à sa Béatrice, sa volonté, visible dans la mémoire argentée de ses cheveux aux boucles enfantines, elle le parfait guide de tout amour allégeant le poids du devoir pour s'appuyer de plaisirs radieux. Je pleure toujours, sans ce "indignez-vous" à la con et à la mode. Papa toi tu aurais dit cet aphorisme "Dignez-vous". Et tu aurais ri. Et, la ville me semble vide. Alors, je me nourris de ton espérance, meilleur, éclairé."

 

A qui je réponds ceci :

images-copie-3J'ai traîné ma bedaine sur les marches du crematorium. Puis je m'en suis allé sur les pavés du Père Sanschaise (à porteur). J'avais envie de rire à cause de mes nerfs : cette vision effrayante et définitive du gouffre qui s'ouvre, en haut de la coupole, déjà sans flamme c'est inexpiable... alors!

Puis je re ntre et je vois cette photo, et la présence sans mots de mes amis. C'est bien.

Sam et l'Amour, l'amour comme certitude. Sam, c'est vraiment bien de nous avoir montré cela!

 

 

Ce mardi 5 juillet 2011, au Père Lachaise.

 

 

Il y a soixante cinq ans se sont ouvertes, enfin, les portes d’un enfer où tant de compagnons sont morts après d’atroces souffrances, morts sans sépulture, morts que personne ne pleure car personne ne leur a survécu.

Soixante cinq ans ! C’est long soixante cinq ans, tu sais, mais à la fois c’est si court puisque le souvenir de tout ce que nous avons vécu là-bas, à Auschwitz, ne nous quitte jamais ! Tout ce qui maintenant est décrit dans les livres et appartient au passé, est notre présent quotidien. Si apparemment nous sommes tous redevenus des êtres normaux, nous ne le sommes que pour les autres car notre cœur ne cesse de saigner. Nos souffrances se sont un peu cicatrisées, mais la cicatrice qu’elles ont laissée reste pour nous si visible qu’elle nous fait encore bien mal, saigne souvent et même parfois pleure de grosses larmes de sang

C’est long, tu sais, soixante cinq ans, mais c’est si court quand on les vit toujours là-bas, en Haute Silésie où il faisait si froid.

Tu fus peut-être, toi qui m’entends, parmi ceux qui, à notre retour nous regardaient sans nous voir, nous entendaient sans nous écouter, n’avaient d’attention que pour les anciens résistants puisque pour toi nous n’étions que des « victimes civiles ». Certes nous n’avions pas, comme eux, combattu le nazisme, mais comme eux nous avions souffert mille morts et nos familles, tous ceux que nous adorions, nous ont été arrachés pour être assassinés par le gaz, comme on n’oserait même pas le faire pour des animaux nuisibles.

Là-bas, tu sais, nous étions tous les mêmes ! Nous avions tous tellement faim que nous marchions courbés comme des vieillards pour comprimer nos corps qui nous faisaient souffrir ; nous avions tous tellement froid avec nos vêtements légers de bagnard, que le vent qui soufflait tout le temps, nous glaçait jusqu’aux os ; nous avions tous tellement peur de la bestialité des SS et des kapos pour qui nous n’étions que des « stucks », des morceaux, que des sous-hommes, des « untermunshen », avec comme destin commun, celui de mourir après deux mois de ce régime innommable, ou de périr asphyxiés par le Zyclon B, dans une de leurs chambres à gaz.

Là-bas, tu sais, nous étions tous les mêmes ! Nous avons tous vu des corps souffrir, nous avons vu des corps mourir. Nous avons vu des kapos et des SS tuer pour le seul plaisir de donner la mort ou tuer, comme cela, pour s’occuper. Nous avons vu la bête, que certains hommes portent en eux, se déchaîner contre les autres, uniquement parce qu’ils pouvaient le faire, en toute impunité. Nous avons vu l’insoutenable. Nous avons vu l’incommunicable. Nous avons vu l’horreur. Nous avons vu l’épouvante. Nous avons même vu les yeux de la mort.

Là-bas nous étions tous les mêmes, tu sais et si certains d’entre nous ont été dès le retour, quelque peu oubliés, tout cela, maintenant, appartient au passé et nous pouvons enfin, d’une même voix, transmettre au monde notre message :

- Nous, anciens déportés des camps de concentration et d’extermination nazis, nous que l’organisation fasciste a piétinés, bafoués, humiliés, torturés, par l’espérance qui nous habitait - nous avons appris la valeur de la vie.

- Nous, que cette force aveugle, implacable, a voulu détruire en nous atteignant dans notre dignité, en souffrant mille morts - nous avons appris que l’intolérance animée par la haine poussée jusqu’à son paroxysme, pouvait ne connaître aucune limite.

- Nous qui avons été battus par la lâcheté de certains hommes rivalisant de violence devant les SS qui regardaient le spectacle avec indifférence ou perversité - nous avons appris la valeur de l’honneur.

- Nous qui étions entourés de pauvres malheureux, qui comme nous étaient faméliques à force d’avoir faim, morts-vivants que nous croisions dans les allées du camp, êtres aux mêmes visages, aux mêmes regards, aux yeux sans expression enfoncés bien loin dans leurs orbites, qui rêvaient de mondes lointains, de pays aux rivages impossibles - nous avons appris la valeur de l’amour.

- Nous qui avons assisté à la sinistre pendaison de nombreux compagnons - nous avons appris à vivre dans la douleur, leur détresse comme si elle était nôtre.

- Nous qui fumes témoins de la mort injuste de ceux qui étaient martyrisés non pour ce qu’ils avaient fait, mais pour ce qu’ils étaient, - nous avons appris à combattre le racisme et l’antisémitisme partout où il se terre, partout où il se cache.

- Nous qui partagions le martyr de tous ces résistants glorieux et souvent anonymes, de ceux qui avaient choisi de combattre l’arbitraire en sacrifiant leur vie pour le bonheur des autres - nous avons appris à lutter contre tous les totalitarismes.

- Nous pour qui chaque minute gagnée était une victoire pour la vie - nous avons appris le sens du combat et de la lutte pour la liberté.

- Nous qui ne parvenons pas à chasser définitivement de notre mémoire, malgré tous nos efforts, les images de l’enfer concentrationnaire - nous connaissons la force et les ravages de l’innommable barbarie.

- Nous qui supportions plus facilement notre propre souffrance que la souffrance des autres - nous avons appris la valeur de la fraternité.

- Nous, que l’idéologie nazie voulait déshumaniser en nous interdisant le simple droit de vivre, le simple droit d’exister, nous avons vaincu les bourreaux en glorifiant la vie.

- Nous tous, anciens déportés, qui en 1945, lors du retour des camps de la mort espérions pour nos enfants une vie exempte de barbelés, nous tremblons pour l’avenir de l’humanité devant le nombre sans cesse grandissant de miradors qui, comme des champignons vénéneux, poussent partout dans le monde.

Ayant appris la valeur de la vie qui doit être toujours plus forte que la mort, le danger des certitudes générant tous les fanatismes, le sens de la liberté et de la compassion pour tous ceux qui souffrent, le respect de la dignité que chacun doit à tous, seraient-ils nos plus grands ennemis, ayant appris la vertu de l’espérance, l’importance enfin de tous les êtres humains quels que soient leur culture, leur croyance et leur lieu d’origine, les anciens déportés des bagnes nazis, forts de leur expérience de vie, implorent tous les êtres de bonne volonté de se lever pour que tous ensemble, avec notre bâton de pèlerin comme seule arme et comme viatique, l’Amour de l’humanité, nous menions une chasse sans faiblesse à l’intolérance, au rejet de l’Autre du seul fait de sa croyance religieuse ou du lieu de son origine, pour venir un jour à bout de l’obscurantisme, du dogmatisme, de la violence et de la haine.

Bien que souvent tu hésites devant le chemin à prendre, bien que parfois tu t’aventures sur des routes dont la dangerosité nous inquiète, bien qu’il t’arrive de prêter une oreille complaisante au chant des sirènes de la violence et de la haine, ce message est pour toi, jeunesse sacrée, porteuse d’espérance, créatrice de la réalité de demain. Nos espoirs et nos rêves, maintenant t’appartiennent.

Dans peu d’années, nous tous, nous ne survivrons plus que dans le souvenir de ceux qui nous auront aimés et nous ne pourrons plus te prendre par la main pour t’aider à marcher en guidant tes pas hésitants. Tu seras seul, mon jeune ami, pour découvrir ta voie. Puisse faire ton destin qu’elle soit dans l’éthique de tout ce que nous aurions aimé avoir encore le temps de t’expliquer

Que tu deviennes ouvrier, ingénieur, membre d’une profession libérale ou éducateur de jeunes enfants, ta vie se construira sur le passé des hommes, sur celui des morts sous la mitraille ou dans les chambres à gaz, sur celui de ceux qui ont sacrifié leur futur pour le bénéfice de ton présent, pour que tu aies le bonheur de vivre dans un monde de tolérance et de liberté. Héritière de ce passé tu devras le restituer à ceux qui te succéderont afin que notre petite planète sur laquelle il pourrait faire si bon vivre, puisse un jour devenir la Terre des Hommes

Sam Braun

Pour l’Union des Déportes d’Auschwitz et des camps de Haute Silésie

Hôtel de Ville de Paris - 24 janvier 2010

 

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 11:28

Voici deux petits récits de vie, de l'époque où j'habitais à New York.

 

 

 

Le vestiaire des hommes

 

Nous nous trouvions en famille un dimanche, invités dans la propriété d'un ami franco-américain, en Pennsylvanie à une heure et demi de Manhattan. Un "resort" à l'américaine, vaste domaine dans une grande forêt avec des ratons laveurs et des ours en parfaite liberté... domaine qui, comme tous ces ensembles immobiliers, possède au moins une piscine privée comme celle dans laquelle nous allions nous baigner, ma fille benjamine et moi, ce dimanche matin.

Je précise, en forme de témoignage circonstancié,  qu'avant de quitter la maison nous avions revêtu comme sous-vêtements nos maillots , moi, un grand short (puisque les slips sont interdits) et elle un maillot deux pièces pour une enfant de huit ans.

Nous entrons dans le bâtiment de la piscine. Vide de nageurs. Sans aucune surveillance non plus. Nous entrons vers le vestiaire des hommes, vide. Vestiaire des femmes, vide. Pas question que la petite aille seule dans le vestiaire des femmes et ma fille vient avec moi chez les hommes. Nous enlevons nos vêtements pour nous retrouver directement en costume de bain. Au moment où je termine de me déshabiller, un homme d'un certain âge entre dans le vestiaire commun des hommes où, je le rappelle, nous nous trouvons.

Il s'arrête, comme frappé par la foudre et se met à hurler: "A woman!... a woman!... HERE!..." puis se dirige vers la sortie: "Police, police!..."

Je réfléchis très vite: la police va venir rapidement, comme toujours aux USA. Comment expliquer ce qui s'est passé? Une autre histoire que j'ai appelée "Toilettes des femmes" (ci-dessous) et que je venais de vivre à New York, ne m'engageait pas à croire que je réussirai à faire accepter mes explications. Je cours alors après lui, suivi par ma fille et, dans l'entrée de la piscine, je l'attrape et le retiens: "She is NOT a WOMAN, she is my daughter!"

Et j'enchaîne en lui criant: "You, stupid bastard! Vicious man! Yes! Call the police, I will explain how YOU look on my daughter! OK call the police! I am french and my english is not good, but anyway, I will explain to the judge who YOU are, vicious man!"

Il se dégage. Je le laisse.

Sur le pas de la porte, il se retourne vers nous deux et me crie, le doigt tendu: "Anyway! You have to LEARN AMERICA!" Oui, je venais d'apprendre un belle partie de l'Amérique, pas la plus reluisante.

Pourquoi ais-je réagi ainsi? En retournant sa paranoia contre lui? Jamais je n'avais eu à me confronter à une quelconque violence, depuis des années, sur ce nouveau territoire de notre vie. Certes, j'avais été volé par les agents immobiliers, j'avais été arrêté de nuit par des policiers planqués sur une route de campagne déserte, pour un demi-tour, ce qui est interdit, nous avions du montrer patte blanche et comptes en banque au board de notre immeuble pour être acceptés comme locataires..., mais pas de violence de ce type particulier, cette violence civile extrême dans les relations.

En y réfléchissant, je me souvins des images qui passèrent dans ma tête: celles de mon père face à la Gestapo, qui était monté sur la table de l'infirmerie du camp de prisonniers où il était médecin, en les défiant, en les "engueulant", et "surtout en criant plus fort qu'eux", sinon "j'aurais été emmené par eux, c'est certain. J'ai joué ma vie ce jour-là" m'expliquait-il. C'était ce témoignage, que j'ai pu enregistrer à l'époque, qui jaillit curieusement dans ma tête au moment où le vieil homme s'éloignait en criant "A woman here! Police! Police!" dans la piscine déserte de ce dimanche paisible à la campagne. Oui, il me fallait très vite le rattraper et lui crier ses vérités, lui crier ce qu'il avait en tête en nous voyant, ma petite fille et moi, lui jeter à la gueule son esprit vicieux, puritain, stupide, dégradant. Lui faire peur, terroriser le terroriste.

J'avoue que la violence de cette situation m'a marqué durablement et a penché fort dans ma décision, quelque temps plus tard, de ne pas poursuivre ma vie aux USA, car quoique très anecdotique, elle me semble emblèmatique d'une culture qui n'est pas la nôtre, et que je combats depuis longtemps. Je ne parle pas de l'Amérique en général, mais de la propagande fanatique pour un monde simpliste à Dieu unique qui se dresse contre la complexité, la multiplicité humaine, et la tolérance mutuelle. Qui veut éradiquer tout ce qui tente de construire l'Humanité commune.

 

 

 

Toilettes des femmes

 

Mardi soir "busy", avec beaucoup de voitures, de taxis jaunes, énormément de monde dans ces rues de New York de début d'hiver. Il fait déjà nuit. Nous marchons sur le trottoir, non loin de la Grande Bibliothèque, la New York Library, mon ami et moi. Il est septuagénaire et comme il dit en souriant, il doit, de loin en loin "faire des escales techniques" car sa prostate se rappelle souvent à lui.

Il me dit: "Je dois faire une escale technique, je rentre dans la Bibliothèque", car à New York, ce n'est pas si simple de trouver un bistrot comme en Europe. Je le suis dans le grand bâtiment, nous descendons aux toilettes. Et là, catastrophe: les toilettes des hommes sont fermées pour entretien. Cela est provisoire, il faut attendre un peu que l'employée sorte avec ses sauts et ses lavettes, mais l'ami Jacques ne peut attendre. Il me dit: "C'est atroce, que vais-je faire? Je peux à peine marcher, je t'avoue..."

J'ouvre doucement la porte des toilettes des femmes. "Que fais-tu?" me dit-il en me retenant par le bras, "que fais-tu? Tu ne peux pas faire ça!"

- Mais il n'y a personne, regarde, je n'entends rien et il n'y a personne...

- Non, non, tant pis, viens! Tu ne peux pas...

- Mais Jacques, c'est idiot! Tu vas y aller, je reste devant la porte pour avertir si l'on vient.

- Non!

- Si!" Etc.

Finallement, il se décide rapidement, vu son état, et s'engouffre dans les toilettes des femmes. Rien ne bouge du côté de celles des hommes. On ne nous a ni vu ni entendu. Du moins, je le croyais.

Jacques ressort et à ce moment précis, deux policiers en uniforme comme dans les films viennent à nous par l'escalier: "Que faites-vous?" Et ils nous somment de nous expliquer. Jacques tente de m'arrêter: "C'est inutile, tu perds ton temps, suivons-les..." car les policiers viennent de nous dire d'aller au commissariat.

"Messieurs les policiers... -j'ai dit quelque chose d'horrible comme misters policemen...- je veux me plaindre contre cet établissement. Car mon ami, qui est âgé, devait aller d'urgence aux toilettes, et il ne pouvait pas car les toilettes des hommes sont fermées, ce qui est un scandale! Nous avons vu les autres toilettes vides et je me suis proposé pour garder la porte afin que personne n'entre pendant qu'il s'y trouvait..." Je savais déjà en effet que cela est totalement impossible aux USA de partager des toilettes et autres lieux sexuellement séparés à tous les âges et dans tous les lieux.

Je crois avoir un peu élevé la voix, je les regardai fixement et martelai mon baragouin. Jacques se taisait, les policiers se retrouvaient devant un cas qu'il ne connaissait pas: le retournement de la situation.

"Voulez-vous porter plainte?

- Oui, absolument, et même plus, dis-je, emporté par mon élan faussement coléreux.

- Mais vous étiez DANS les toilettes des femmes, ce qui est interdit!

- Mais cette bibliothèque est coupable de non assistance à un vieil homme, et je suis témoin. Je porte plainte, et je refuse vos accusations," et j'ajoute: "à tous les deux!"

Ils ont visiblement été totalement déstabilisés, ce que m'a confirmé ensuite mon ami Jacques car cette situation était sans mode d'emploi pour eux, car inconnue dans leur système de pensée et de consignes.

Ils nous ont laissé partir, sans autre forme de discussion. Et il n'y a eu aucune autre suite. Mais Jacques m'expliqua que je jouais avec le feu aux USA avec ce genre de comportement et qu'un jour je me retrouverai en prison pour moins que ça.

Déjà, les policiers sur la route de campagne où j'avais fait un "U-turn" en voiture, m'avaient menacé, devant ma femme et mes enfants: "Do you want to go to jail?..." J'avais expliqué qu'en France, cela était autorisé et que je les priais de m'excuser. Ce qui est toujours apprécié dans ce pays où l'on aime les excuses publiques, qu'elles soient sincères ou pas.

Mais cette histoire de toilettes, j'y pense à chaque fois que je vois des toilettes en nettoyage momentané dans une station-service en France! L'autre jour, ce sont toutes les femmes qui sont allées dans celles des hommes, et je riais en moi-même du scandale insensé que cela provoquerait aux USA. Que dis-je? Que cela est tout simplement impossible. A la NY Library, nous avions été vus dès l'entrée dans les toilettes par les caméras de surveillance, et la police était arrivée dans les trois minutes.

 

 

ÉPILOGUE

 

Je me dis qu'au fond, si j'étais quelqu'un d'autre, de plus publiquement intéressant, ces deux histoires pourraient donner ceci:

- GD est surpris dans le vestiaire des hommes avec sa fille de huit ans, dans une piscine du domaine des P..., Pennsylvanie. La police l'a arrêté et possède le témoignage de Mr. X, citoyen d'honneur de la ville de Y., médaillé de la Ville de Z. pour services rendus à la police. Notre journal a recueilli le témoignage d'une de ses camarades de l'Université où il étudiait il y a quarante ans, à propos de son intérêt et de sa "gentillesse" envers les enfants, etc.

- Deux français sont surpris dans les toilettes pour femmes de la Grande Bibliothèque de Big Apple. Ils en sortaient ensemble tous les deux, et le témoignage des policiers contredit leurs explications non convaincantes. En effet, le plus jeune des deux "faisait le gué devant la porte pour l'autre"... La stupeur dans cette affaire, est qu'il s'agit de GD..., ce qui nous a été confirmé par le conseiller franco-américain de la police de NYC, etc. Déjà cité dans des affaires concernant des enfants, GD est ici concerné par une affaire qui pourrait être en liaison avec une série de voies de fait sur des femmes dans des toilettes de la ville... Le juge etc.

 

Et si l'on cherchait d'autres témoignages?... Voilà une bien saine occupation.

Car si ça se trouve, c'est peut-être vrai.

 

 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 12:04

 

Voici le détail de la dernière partie du vol American Airlines AAL0045 du 8 mai, de Paris à New York.

On lit sur le tableau qui se remplit en temps réel, de gauche à droite:

- l'heure en Europe Ouest (pm = soirée), pour suivre l'avion toutes les minutes entre 18h35 et 19h00.
- puis les 2 colonnes des coordonnées géographiques de l'appareil (un Boeing 767 = bi-moteur transcontinental), latitude et longitude (le "-" devant la longitude signifie qu'on est à l'Ouest par rapport à l'origine Greenwich)
- le cap de l'avion (en haut du tableau: 221° = vers le sud-ouest, car il descend du nord-est; en bas du tableau: 311° = virage vers le nord ouest, il remonte vers la piste de JFK-Kennedy Airport)
- 461 et 855 sont la vitesse en noeuds et kmh. La vitesse va diminuer jusqu'à 185-343 en approche de New York (rapport noeud/km = 1,852)
- 38000 = altitude en pieds. La mise en descente va être TRÈS rapide, jusqu'à plus de 3000 pieds/minute! Le taux "normal" est entre 500 et 1500 pieds minute. La flèche orange est variométrique.
A 19h, l'appareil était encore à 4000 pieds, en descente à 540 pieds minute, et au cap 311°, ce qui est l'axe de la piste 31 de JFK vers le nord-ouest (voir carte ci-dessous): puis l'appareil a fait une "directe" vers la 31 R ou L (droite ou gauche) pour se poser rapidement, sans doute à cause du trafic.
- Boston Center et New York TRACON = centres radar qui transmettent ces infos

Intéressant, non?!

 

AA45-19h06.png

 

Voici les pistes de l'aéroport de JFK -John Fitzgerald Kennedy- à New York:
Les pistes sont repérées par un nombre de 2 chiffres qui est leur direction magnétique en degrés divisé par 10. Donc 310° = piste 31.
L et R veulent dire Left et Right. Lorsque 2 pistes sont parallèles, il faut savoir laquelle le pilote doit prendre! Donc 31R veut dire celle qui est à droite quand on est aligné vers le 310° = ici à JFK c'est la piste la plus au nord, moins longue que celle du sud. Il y a 4 Pistes avec 2 Orientations à 180° l'une de l'autre, les longueurs en pieds (ft) et m (rapport ft/m = 0,33), les matériaux des pistes:

1) La piste "4L/22R 11,351 3,460 Asphalt"

2) La piste "4R/22L 8,400 2,560 Asphalt"

3) Le B767 s'est posé sur une des deux pistes 31:
La piste "13L/31R 10,000 3,048 Asphalt" = vers le 310° (la piste de gauche vers le 130°, c'est la même dans l'autre sens), d'une longueur utile de 10.000 pieds soit 3048m (plus de 3kms) en asphalte.

4) La piste "13R/31L 14,572 4,423 Concrete" = ... 310° gauche (au sud) longue de 14572 pieds soit 4kms 423m ! donc presque 4kms et demi pour les plus gros avions, avec un revêtement en béton.

Comment est choisie l'orientation de l'atterrissage? En fonction de la direction d'où VIENT le vent dominant, les aéroports étant construits en fonction de ces vents.
A New York il y a donc 4 directions possibles du vent: soit le vent venant du sud-est (130° = piste 13), du nord-est (40° = piste 4), du nord-ouest (310° = piste 31), et du sud-ouest (220° = piste 22).
On les voit bien sur la carte ci-dessous, avec les taxiways pour entrer et sortir de ces pistes. Le plus souvent, avec 2 pistes parallèles, l'une est réservée au décollage, l'autre à l'atterrissage, ce qui permet de fluidifier le trafic. Car par exemple, ce sont environ 1500 mouvements (décollages + atterrissages) qui ont lieu par jour, en moyenne, à JFK!

 

pistesJFK.png

 

On comprend mieux les pistes sur la carte aviation ci-dessous qui comporte beaucoup de renseignements utiles aux pilotes, et notamment la largeur des pistes:
13R/31L = 150 ft (pieds) de large
13L/31R = 130 ft
4L/22R = 150 ft
4R/22L = 200 ft
ainsi que l'altitude du terrain:
Par exemple, la piste 13R/31L est à 12 pieds (ELEV 12) au dessus du niveau moyen des mers au sud, et à 11 pieds au nord! Elle descend donc d'1 pied sur sa longueur. Ici ce n'est pas significatif, mais sur certains terrains, la pente n'est pas négligeable.

 

JFK_airport_diagram.png

 

Voici un exemple de trafic réel sur JFK ce matin lundi 9 mai 2011, vers les pistes 31.
J'y ai isolé (en blanc) le vol JBU820 (compagnie JetBlue Airways, vol 820) et comme on le voit sur l'écran radar, nous savons beaucoup de choses passionnantes, notées en code: c'est un Airbus A320 qui a décollé de MDSD = Santo Domingo de las Americas sur l'île de la République Dominicaine pour atterrir à KJFK = New York Kennedy, et qui vole à ce moment-là, à la hauteur de 3100 pieds (on fait la différence entre hauteur et altitude, nous en parlerons une autre fois) et la vitesse de 210 noeuds. L'appareil va venir s'aligner sur la piste 31R ou 31L de JFK en virant à gauche lorsqu'il le faudra (alignement ILS confirmé au/par contrôleur).

Trois appareils sont avant lui, deux autres se dirigent vers ce circuit en venant du nord-ouest, deux du sud-ouest derrière lui. Un avion est en simple transit vers le nord, à l'ouest du terrain (avion sans trajectoire à gauche du point orange marquant le terrain JFK). Les autres vols en cours dans la zone ont été supprimés pour plus de clarté!

 

balletJFK3.png

 

 

LE CURIEUX PLAISIR DE PILOTER

 

Je l'ai toujours pensé et je ne m'en suis jamais défendu: j'aime ce qui vole, tout ce qui vole. Et beaucoup moins les tas de ferraille -quoique...- que les oiseaux bien vivants. Voir les grands volatiles atterrir pattes en avant sous vos yeux dans le delta du Danube, où je me trouvais perdu en barque avec mon ami d'enfance Michel B., est une splendeur indicible.

 

Mais l'avion, ce tas de tôles, ou de bois et de toile pour les petits, est cette cage à siège, suspendue dans l'éther, qui vous procure des sensations suspectes, alors que, comme je l'ai déjà écrit, vous n'avez pas même le temps de regarder dehors!

 

Il y a trente ans, je partai sur un vol Thaï en Australie. assister aux représentations de l'opéra de Sydney : les semaines du festival "Mostly Mozart". Sur place je passai une "qualification de type" en une matinée pour pouvoir louer un Beechcraft qui me permit de voler par dessus les montagnes bleues, vers l'ouest, et de me retrouver dans le bush australien, loin de tout. On peut s'y poser non seulement dans chaque ferme mais aussi dans chaque village, sur d'immenses terrains en herbe, fort accueillants! Pas de tour de contrôle, juste un trafic radio avec quelques appareils en vol ou le fermier du coin qui a la com aérienne dans son tracteur.

 

Voici les photos de deux des machines que j'ai pilotées comme commandant de bord, le bi-moteur Seneca en Europe (Corse, Grêce, Pays de l'Est du temps du rideau de fer - je raconterai cela une autre fois), et le Beechcraft, fort beau monomoteur, très agréable car puissant. De plus, en Australie, j'y étais seul, sans frêt ni passagers, et la machine bondissait vers le ciel au décollage et ne voulait plus se poser...

 

PHOTOS DE SENECA

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Tableau de bord récent (à gauche) et tel qu'il était quand j'ai piloté cette machine (à droite)

 

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Photos de BEECHCRAFT

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 16:25

 

Ni images, ni musique, ni documentation, rien que la pensée de faits qu'on imagine, avec ce qu'on a.

Avec mon imagination.

Qui ne veut pas mettre en route son imaginaire, car je refuse d'être l'auteur de ces pensées, de ces représentations qui me viennent par morceaux, comme du hachis.

Eteins la télé.

 

Ne pas montrer, ne pas parler, ne pas justifier, d'accord.

Du moins, pourquoi pas.

Je suppose qu'on me demande d'adhèrer à la vertueuse posture de ne pas avoir de spectaculaire marchand, pour une fois.

OK, guys!

 

Crier le bonheur d'avoir éliminé l'ennemi public n°1.

Il avait, dans mes albums de jeunesse, des rayures noires et blanches, comme un pavé mosaïque.

Et nul doute qu'il vaille mieux qu'il ne soit plus là, lui.

Mais un symbole vivant ou mort ne fonctionne jamais seul.

 

La Justice, c'est le Droit, quoique parfois le Droit ne soit pas juste.

Faire la justice, c'est la rendre, la rendre au peuple qui en est garant, en principe.

Principe du Droit impossible à concilier avec l'exécution.

N'avions-nous pas aboli la peine de mort? Non, pas vraiment.

 

Tranquillité dans la disparition, plouf, dans le grand trou de l'océan.

Passons à la suite, ça avance, voilà une bonne chose de faite.

Qu'aurais-je fait à leur place? La même chose, puis...

J'aurais été beaucoup plus hypocrite encore, pour ne pas être contraint de dire:

 

Justice est faite!

 

________________________________________________________________

 

Le 11 septembre 2001, à 14 heures, j'étais dans la grande maison de Roussainville à Illiers-Combray, le pays de Proust. J'y animais une réunion que nous arrêtâmes pour aller regarder la télé dans le petit salon près du billard. Nous avons, comme tous les spectateurs, vu brûler, tomber, exploser, mourir. L'odeur et le bruit blanc de New York nous parvenaient.

Je montai dans ma chambre, et j'écrivis ceci le jour même:

 

11 septembre

 

.

 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 23:16

Voilà que dans le grand soufflé de Soufflot, d'en haut duquel on fit l'expérience de cette Terre qui tourne (Le pendule de Foucault, 31 mars 1851), puisqu'on vous dit qu'on peut le VOIR qu'elle tourne sur elle-même, voilà qu'approche un grand bruit de foule silencieuse mais qui n'en-pense-pas-moins-pour-autant : Aimé CÉZAIRE s'en va au Panthéon.

CÉZAIRE? Pas un bruissement de pages froissées, de poèmes jetés, de pleurs continues ni de rires splendides, non, on vous colle un discours comme une tape sur la croupe de la vache qui passe son chemin, habitude, stupide parole, inutile mise-en-scène jouée par de faux vivants qui ne disent pas grand chose des morts qu'ils promeuvent.

Foucault-rotz.gif

Depuis la première expérience de cette Terre qui tourne en direct sous vos pas, on sait renouveler l'expérience, au moins deux fois par semaine, dans l'église de l'ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs, rebaptisé Musée des Arts et Métiers et rempli d'avions en papier aux roues de bicyclette et d'automobiles en cuir et en carosseries laquées comme des macarons japonais.

Vous pouvez le croire puisque vous pouvez le voir. Le grand pendule, impatient d'attendre les explications données à quelques curieux attirés le plus souvent par hasard, fait la pige au gyroscope enfermé dans une petite vitrine de l'abside.

Puis on le lance, avec majesté, et, après de longues secondes où les têtes suivent le silence oscillant, un premier plot vient à tomber, puis un second, et ainsi de suite, alors qu'ils n'étaient pas dans l'axe quelques minutes plus tôt. C'est que nous courons dans le cosmos comme des trains essouflés, à plus de cent kilomètres par heure.

Car elle tourne, on vous l'a dit.

 

"... d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom..."

 

aime_cesaire.jpg

 La plaque de Aimé CÉZAIRE est au mur du temple laïque, avec la profonde reconnaissance de la patrie, c'est-à-dire en l'occurence de tous les citoyens du monde qui savent ce qu'il en est. Monde lancé, équilibre du monde où rien n'existerait sans le mouvement, il n'y a, au fond, que quelques humains pour vouloir sédentariser, étiqueter, arrêter, épingler, ficher et attacher. Les grandes oscillations de la Liberté, bien attachée à la clef de voûte du Panthéon, balayent tranquillement le sable des vanités passagères et des discours sans goût.

Édouard GLISSANT est mort peu après Aimé CEZAIRE, mais CHAMOISEAU est toujours là, tant mieux:

 "Et tout cela, ce cheminement torturé, si vrai, si puissant, si sincère, mais du plus haut qu’il soit possible, du plus noble, du plus exigeant, m’a toujours accompagné dès mon plus jeune âge. Comme des étais posés à mon esprit, des scarifications inscrites sur mes flancs même, et m’escortant sur mes chemins de traverses, mes écartées rebelles. Et c’est cela le signe du grand poète: il accompagne toutes les marches vers la vie, même celles qui seraient différentes de la sienne. «Parler c’est accompagner la graine jusqu’au noir secret des nombres.» («Chemin» – in «Moi laminaire») Son cheminement poétique, n’est pas dans le monde, il invente le monde. Il ne relève pas du réel, il devine et précise des réels. À son degré le plus militant, il écarte des vérités et erre dans l’obscur vers cet inconnaissable qui ouvre à de nouvelles sapiences. «J’habite donc une vaste pensée»... Césaire, c’est comme dire: maître-marronneur en connaissance. (…)

Alors, d’où est venue ma tristesse? De là : sa présence auprès de nous, était réelle, physique, pas seulement livresque et poétique, mais vivante. C’est une grâce que d’être compatriote, contemporain, d’un grand poète. Il y a une énergie singulière (an la fos!) que seule autorise la présence du poète, et qui n’est plus la même quand c’est l’œuvre seule qui assure le relais. Cette voix, cette démarche, ce ton, tout ce qui a investi ma jeunesse quand je le voyais, le samedi après-midi, mains, croisées dans le dos, cheminer dans sa ville, portant déjà la charge irrémédiable que seule sa poésie affrontait. Ou lorsque que les CRS déferlaient sur la ville, matraquaient tout, et que nous nous retrouvions autour de son verbe délicieusement incompréhensible, dans l’enceinte de la mairie, entre les deux fontaines. La mairie qui devenait alors un bastion de conscience, et, en même temps, dans la fumée lacrymogène et le hoquet de nos slogans, le lieu le plus improbable de la poésie et d’une invincible fierté. Voilà, tristesse: c’est ma jeunesse qui s’est figée."

 

 

Deux poésies d'Aimé CÉZAIRE

PROPHÉTIE


où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux

là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,

d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.

Aimé Césaire

 

 

JOUR ET NUIT

le soleil le bourreau la poussée des masses la routine de mourir et mon cri de bête blessée et c'est ainsi jusqu'à l'infini des fièvres la formidable écluse de la mort bombardée par mes yeux à moi-même aléoutiens qui de terre de ver cherchent parmi terre et vers tes yeux de chair de soleil comme un négrillon la pièce dans l'eau où ne manque pas de chanter la forêt vierge jaillie du silence de la terre de mes yeux à moi-même aléoutiens et c'est ainsi que le saute-mouton salé des pensées hermaphrodites des appels de jaguars de source d'antilope de savanes cueillies aux branches à travers leur première grande aventure: la cyathée merveilleuse sous laquelle s'effeuille une jolie nymphe parmi le lait des mancenilliers et les accolades des sangsues fraternelles.

Aimé Césaire,
Les armes miraculeuses, 1946 (extrait)

 

 aime-cesaire

 

Et puis les discours..., pendant que la Terre tourne. Comme pendant les sermons de mon enfance, il me vient l'image d'un grand balancier, la faux géante de la Mort qui changerait d'emploi et viendrait seulement renverser les plots posés sur la table de la chapelle, de Latran ou d'ailleurs.

 

 

 

Et je ferme de nouveau les yeux, j'entends les commentaires étouffés, les échos de la voûte, les "oh!" -l'expérience de Foucault étonne toujours- et Édouard GLISSANT, et Aimé CEZAIRE, et Patrick CHAMOISEAU me parlent... identité relationnelle... multiplicité... diversité des imaginaires... négritude des civilisations...

 

foucault.jpg 

L'expérience du pendule de Léon Foucault au Panthéon de Paris,
  le 31 mars 1851 in " La Nature ", 1887, 2e semestre. Paris, Conservatoire
© - Photo Centre national des arts et métiers - bibliothèque

 

"L'identité relationnelle ouvre à une diversité qui est un feu d'artifice, une ovation des imaginaires. La multiplicité, voire l'effervescence, des imaginaires repose sur la présence vivifiante et consciente de ce que toutes les cultures, tous les peuples, toutes les langues ont élaboré en ombres et en merveilles, et qui constitue l'infinie matière des humanités. La vraie diversité ne se trouve aujourd'hui que dans les imaginaires: la façon de se penser, de penser le monde, de se penser dans le monde, d'organiser ses principes d'existence et de choisir son sol natal. La même peau peut habiller des imaginaires différents. Des imaginaires semblables peuvent s'accomoder de peaux, de langues et de dieux différents.

Pour ne considérer que des personnages publics, connus de tous, Mme Condoleezza Rice par exemple relève du même imaginaire que M. George W. Bush, et a peu à voir avec M. Mandela ou avec Martin Luther King. De même, nul ne saurait faire reproche, sous prétexte de vague solidarité politique ou "raciale", aux personnes visiblement venues d'ailleurs, par exemple à peau basanée ou sombre, qui accompagnent M. Nicolas Sarkozy: elles sont plus identiques à lui qu'à n'importe quoi d'autre. Le "même" joue au caméléon. Le divers tout aussi bien confond les rigidités identitaires, bouleverse à tout-va, et rejette les certitudes sélectives au rang de fragiles partis pris de l'esprit." (in Glissant & Chamoiseau, Quand les murs tombent, l'identité nationale hors-la-loi?, éd. Galaade, institut du Tout-Monde, pages 15 et 16).

 

Entre ici, Aimé CÉZAIRE !

Et apaise-toi comme nous-mêmes, avec ceci :

 

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 09:10

Edouard Glissant (21 sept.1928-3 févr.2011) nous laisse, avec Patrick Chamoiseau, un court texte édité par Galaade (institut du Tout-Monde) qui vient nous porter un "indignez-vous" (puisque c'est la mode), positif, ardent et constructif : "QUAND LES MURS TOMBENT, L'IDENTITE NATIONALE HORS-LA-LOI?"

 

EGlissant11

"Une des richesses les plus fragiles de l'identité, personnelle ou collective, et les plus précieuses aussi, est que, d'évidence, elle se développe et se renforce de manière continue -nulle part on ne rencontre de fixité identitaire-, mais aussi qu'elle ne saurait s'établir ni se rassurer à partir de règles, d'édits, de lois qui en fonderaient d'autorité la nature ou qui garantiraient par force la pérennité de celle-ci.

Le principe d'identité se réalise ou se déréalise parfois dans des phases de régression (perte du sentiment de soi) ou de pathologie (exaspération d'un sentiment collectif de supériorité) dont les diverses "guérisons" ne relèveraient pas, elles non plus, de décisions préparées et arrêtées, puis mécaniquement appliquées." (p.1)

 

Et il me vient très clairement, grâce à ces 26 pages écrites en gros caractères, que "identité" opère sa commutation en "Humanité". Ainsi lorsque je lis : "... l'identité est d'abord un être-dans-le-monde, ainsi que disent les philosophes, un risque avant tout, qu'il faut courir, et qu'elle fournit ainsi au rapport avec l'autre et avec ce monde, en même temps qu'elle résulte de ce rapport. Une telle ambivalence nourrit à la fois la liberté d'entreprendre et, plus avant, l'audace de changer" (page 2), je me dis que l'être-dans-le-monde est l'être-vers-l'Humanité. L'identité a son sens dans cette construction, réconciliant le travail de deuil de l'Homme avec son ignorance et l'érection d'un tout-humain, c'est-à-dire de la reconnaissance politique de l'activité de genèse identitaire des êtres humains sur eux-mêmes.

 

"C'est vrai que l'espace démocratique est un champ de forces antagonistes extrêmement virulant, que ce moins mauvais de tous les systèmes demande une attention de tout instant, et comme une vigilance de guerrier. C'est vrai aussi que nous avons abandonné l'idée d'une progression rectiligne de la conscience humaine, et appris que régression et avancée sont comme indissociables : là où s'intensifie la lumière, l'ombre s'approfondit tout autant.
C'est vrai enfin que le XXIe siècle est ce moment où le monde achève de faire monde sous les auspices consternants du libéralisme économique -cette virulence capitaliste qui investit l'esprit de liberté pour le dénaturer dans une structure qui précipite les forts et les faibles, ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien, ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas, dans la géhenne grande ouverte du "marché". La mise en système de l'esprit de liberté n'est plus la liberté. C'est un émiettement de tous, qui expose chacun, seul et démuni, à l'appétit du monstre." (pages 6-7)

 

Ainsi en est-il du combat entre capitalisme et hyperlibéralisme que ce dernier dévore aussi : la PME française, par exemple, ne bénéficie pas du tout du marché financier. Il y a un rapport étroit entre la question de l'identité et la destruction du tissus économique capitaliste "de papa" lui-même : lorsqu'il n'apparaît plus aucune possibilité d'échapper à un effondrement collectif des conditions sociales, se lèvent les idéologies qui promettent le bonheur par l'exclusion du fautif -l'Autre-.

 

"C'est vrai enfin que, dans ce marché ouvert, ce "monde-marché", ce "marché-monde", les dépressions entre pénurie et abondance suscitent des flots migratoires intenses, comme des cyclones qu'aucune frontière ne saurait endiguer.
Sapiens est par définition un migrant, émigrant, immigrant. Il a essaimé comme cela, pris le monde comme cela, et, comme cela, il a traversé les sables et les neiges, les monts et les abîmes, déserté les famines pour suivre le boire et le manger. "Il n'est frontière qu'on n'outrepasse." Cela se vérifie sur des millions d'années. Ce le sera jusqu'au bout (encore plus dans les bouleversements climatiques qui s'annoncent) et aucun de ces murs qui se dresssent tout partout, sous des prétextes divers, hier à Berlin et aujourd'hui en Palestine ou dans le sud des Etats-Unis, ou dans la législation des pays riches, ne saurait endiguer cette vérité simple : que le Tout-Monde devient de plus en plus la maison de tous, -Kay tout moun-, qu'il appartient à tous et que son équilibre passe par l'équilibre de tous." (page 7)

 

Toute tentation de mur n'est pas nouvelle, et peut être facilement analysée à la lumière d'une part des peurs fondamentales, et d'autre part des cupidités pathétiques, l'un allant avec l'autre dans une société du Veau d'Or.

Lorsque la machine à vapeur est apparue, une transformation majeure s'est mise en route : technologie et "progrès" ont remplacé Dieu pour tenter un miracle. Science et Raison étaient annoncées comme les suprêmes apaisements, vers une maîtrise de la Nature par l'Homme, comme le souhaitait Descartes.

Or la question de l'Etre est demeurée une question sans réponse, cette "QSR" qui nous obsède tour à tour en silence -la paix- ou en dévastations -les holocaustes-, et maintenant nous ne pouvons plus douter qu'elle soit bien une Question Sans Réponse.

Ce que disent Glissant et Chamoiseau, c'est que la dynamique de l'identité humaine -Tout-Monde- est celle de la relation, du lien humain qui permet la construction que nous avons à accomplir : l'Humanité.

Cette Humanité qui se définit par sa construction, et qui, par définition et aussi sans raison, est l'oeuvre à accomplir par chacun d'entre nous entre sa naissance singulière et son retour à la dispersion. Une telle vision permet de rendre compatible politiquement nos identités singulières, aussi nombreuses que riches de leur coexistence.

 

"C'est l'inaptitude à vivre le contact et l'échange qui crée le mur identitaire et dénature l'identité." (page 10)

 

Lire

 Quand les murs tombent, l'identité nationale hors-la-loi?

 

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 20:00

 

Le blanc s'efface de poussière noire, son ombre

Repousse le fantasme, le cauchemar, le sombre

Eclate la projection de soi au ciel de lumière en-allée

Boule de suif aux poumons envahis, la dague

Pénètre l'Autre, Moi plaqué là, qui doit

Combattre malgrè moi, je ne veux pas

Jusqu'au rebord du coeur coloré par la vie

Mais je le dois, fatale soumission à violence qui vient

 

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