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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 00:21

La soirée de direct MEZZO nous livre un enregistrement vidéo de l'opéra baroque de VINCI.

En voici quelques extraits d'arias:

 

Franco Fagioli

Récit puis sublime air d'Arbace - 8'53"

 

Valer Barna-Sabadus, 5'29", aria

 

 

Fagioli, Jaroussky, 11'06", aria

 

 

Max-Emmanuel Cencic, 7'21", aria

 

 

Duo Fagioli - Cencic, 7'22", aria

 

 

(Quelques autres extraits bientôt en ligne)


 

OPE_0724-8.jpg

Photo ©Gérard Delacour

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 18:22

OPE0766-2
Photo Gérard Delacour©2012

 

ARTASERSE, opéra baroque de 1730, année de la disparition de son auteur Léonardo VINCI (rien à voir avec le génie bien connu), expose chaque acteur à venir chanter sur le devant, s'avançant et regardant son public pour dire et approfondir son histoire, ses pensées, ses sentiments, ses doutes et ses douleurs, son amour...

 

Ce chant individuel, à part un seul duo, au 3e et dernier acte, pousse vers nous le Sujet dans toute sa solitude et son besoin de s'exprimer, de clamer ou de pleurer ce qu'il est et ce qu'il ressent.

 

Chaque personnage du drame, à son tour, fait avancer l'histoire, et nous l'accompagnons en nous concentrant sur ce qu'il-elle dit. Même lorsque le personnage est entre les bras d'un autre, il est seul à chanter, l'Autre l'écoute, puis lorsque le moment est venu, l'Autre répond. Cette forme presque parfaite d'intersubjectivité me plait dans sa simplicité de construction, celle qui fait parfois mal juger l'opéra baroque. Ce que j'y vois est la glorification de l'expression personnelle, ce que je nomme "cadre de référence" et qu'il est si difficile de comprendre chez l'Autre. Non que cette expression n'existerait pas dans les opéras serias qui viendront ensuite, mais jamais je n'ai ressenti une telle qualité du discours individuel, dans l'écoute, bienveillante ou pas, des autres, de nous. C'est la musique qui accompagne ici le Sujet singulier. Ce n'est pas le chanteur qui soutient la musique pour elle-même à travers une intrigue, comme c'est le cas chez Mozart, par exemple. Je n'opppose pas les deux, c'est très différent. Mais sans doute jamais plus, ou du moins pas avant Pelleas, on ne retrouve cette solitude emblématique du Sujet, et c'est sans doute pour cela que l'oeuvre de Maeterlink et Debussy vous entraîne dans ses profondeurs.

 

Les critiques du spectacle joué à Nancy cette semaine -et dans ses décors seulement à Nancy et nulle part ailleurs puisque les autres représentations se feront en version de concert-, ne tarissent pas d'éloge, multipliant les superlatifs. Il est exact que les trois heures et demi de cet opéra sont époustouflantes.

Grâce à l'accréditation qui m'a été accordée, j'ai pu prendre des photos. On en trouvera aussi quelques unes dans la presse et notamment ici, dans un journal allemand.

 

Voici mon regard, en miroir de ce que chaque personnage vient nous dire sur scène:

 

OPE_0824-18.jpgPhoto Gérard Delacour©2012

 

 

OPE_0452-2.jpg
Photo Gérard Delacour©2012

 

 

OPE 0378-2Photo Gérard Delacour©2012

 

 

OPE 0261-2
Photo Gérard Delacour©2012

 

 

OPE_0693-5w.jpgPhoto Gérard Delacour©2012

 

OPE_0373-2.jpegPhoto Gérard Delacour©2012

 

_OPE0007-2.jpegPhoto Gérard Delacour©2012

 

 

Ce spectacle est visible EN DIRECT sur la chaîne MEZZO,
ce samedi 10 novembre 2012 à 20 heures.

Tout faire pour le voir ou l'enregistrer...

 

 

 

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 12:46

Un appareil photo utilisé par -28° au Tibet, signé Vincent Munier avec son D4 Nikon (publicité!)

 

 

Elusive Shadows par Vincent Munier from Nikon France on Vimeo.

 

Un poème me vient:

 

Perfection - séduction

Allumage - bougie

Montagne - tomate

Soleil - corde

Pupitre - cercueil - steppe

Mythe - dogme

Noir et blanc - blanc

Secret - soi

Meurtre - trésor

Arbre - creuset - regard

Moteur - arrêt

Toux - manivelle

Zoé - Jules

Naissance - feu

Inné - ridicule - animal

Persister - épeler - illusion - Etre

 

 

 

Bon dimanche!

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 16:22

 

La laïcité, "c'est très simple", avais-je écrit (1) il y a quelques années. Et c'est en effet très simple : vos croyances et pratiques confessionnelles, quelles qu'elles soient, recouvrent-elles les lois de la République, ou pas? Sont-elles premières par rapport aux lois de la République (Française)?

Répondez.

Si vous répondez oui, c'est que vous n'êtes pas laïque.

 

Je n'en dirai rien d'autre, pas plus que je ne parle plus depuis bien longtemps ni de la peine de mort, ni de la mixité, ni d'autres évidences semblables. On ne discute pas de la peine de mort, on ne discute pas de la mixité, on ne discute pas du Prochain (2), on ne discute pas de la laïcité.

Je n'ai rien à négocier, c'est ainsi. Pas même ma peau, le jour de Matin Brun (3). C'est non négociable, à quelque prix que ce soit. Dans quelque circonstance que ce soit.

 

Robespierre? Allons donc! Voilà encore les tenants de la "nouvelle laïcité" qui veulent me donner des leçons! La laïcité des lieux publics, et principalement ceux de l'éducation, est non négociable. Notre ministre des cultes, depuis 1905, est chargé de faire respecter par tous les moyens du gouvernement, en France, la laïcité. Et les voix de la France doivent protéger et répandre dans le monde la laïcité.


Tout terrorisme doit être terrorisé. C'est le fondement de la tolérance parvenue à sa limite fraternelle. L'Humanité ne peut se construire que si nous n'acceptons pas de discuter ces choses-là.

 

Navire commandeur de la place de Nancy, ce 25 septembre 2012.

 

 

MahomMiroir

Une des illustrations de la lettre de Charlie Hebdo (signée Caroline Alamachère)
à Mohammed Moussaoui (Président du Conseil français du culte musulman - CFCM),
intitulée "Il ne faut pas emmerder Charlie Hebdo", septembre 2012.

 

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:03

 

« Le savon dans le cou, c’est un fichu truc. Ça laisse une impression dégoûtante, et la chose bizarre, c’est qu’on a beau s’éponger, on se sent poisseux tout le reste de la journée. Je descendis de mauvaise humeur, résolu à me montrer désagréable. » 

George ORWELL (1939) Un peu d’air frais. Paris : éd. Ivréa 10/18 n°3148 (1983), 13.

 

 

Impossible de le dire et pourtant, en entrant dans ce restaurant, quelque chose de diffus, d’un peu sale, d’un peu vieilli, avec des tentures qui sentent la cuisine mais pas trop, une moquette bourrée de motifs en forme de tâches –elle avait été achetée pour cela -, des voilages aux fenêtres sur la rue, bref quelque chose d’assez ténu mais qui occupait tout l’espace, me saisit.

Je ne me sentis pas bien, d’emblée. Je n’ai jamais su dire quelle est la réalité de ces impressions dont la limite est indiscernable : était-ce effectivement dans l’air ou bien en moi-même seulement ?

Nous allâmes nous asseoir, lui sur la banquette, moi sur la chaise en vis à vis car j’ai toujours préféré l’assise sûre à l’enfoncement d’un tissu qui a cédé sous les postérieurs majoritairement féminins qui l’ont fatigué. Derrière mon hôte, au dessus d’un rebord garni de velours sans doute nauséabond, s’élevait un immense miroir sans bords, si grand que toute la salle s’y reflétait. Ce qui me permit de me rassurer de n’être pas coincé face à un mur trop proche, comme c’est souvent le sort de celui qui dîne en face de la banquette.

Il prit ses aises, ne confiant pas son manteau à la serveuse, pour étaler celui-là à côté de lui, sans même penser que des odeurs suspectes pourraient peut-être s’y imprégner par ce contact, au long du repas. Il prit une carte, sans se demander si j’avais vu la seconde, posée non loin, et commença sa lecture à voix haute : « Je te conseille, si tu aimes ça… Mais moi j’adore…, alors… » et je n’écoutais pas vraiment son baragouin car je savais qu’il commanderait si vite, le garçon une fois arrivé à notre table, que j’avais intérêt à me plonger dans ces listes trop fournies, dont vous savez d’avance qu’il est impossible qu’une cuisine puisse réussir autant de plats tous les jours sans avoir ses petites combines. Cela ne ratât pas : « Aujourd’hui, j’ai du turbot délicieux, cuisiné avec une petite… », nous lança le maître d’hôtel, ce qui signifiait simplement que le chef voulait en vitesse écouler le poisson en limite d’âge, avant de devoir le jeter. C’est toujours ainsi qu’il ne faut jamais prendre ce qu’on vous conseille, surtout du poisson avec des « petites sauces ».

Lui était toujours plongé dans sa lecture et je m’étais donc trompé en pensant qu’il me laisserait à peine le temps de faire mon choix. « Et bien…, aujourd’hui…, je vais prendre…, oui…, non…, non, comme d’habitude…, la bavette avec ses délicieuses frites…, double portion, bien cuites, euh…, croustillantes quoi ! Hein ! S’il vous plait ! » Mal élevé il était, très mal élevé, mais que signifie bonne éducation pour un franco-américain dont personne ne sait plus quand il se sent français et quand il n’est qu’américain contre tout ? Ah ! Si ! Il est français à chaque fois que, passant l’immigration à Roissy avec son passeport de citoyen des Etats-Unis d’Amérique, il sort de l’aéroport en vérifiant qu’il a bien sa carte de Sécurité Sociale de la République française. Ce qui ne l’empêchait nullement de me dire, trop souvent, qu’il était honteux que les français ne comprennent toujours pas qu’ils ne peuvent pas « accueillir tout le monde et soigner des maladies qui coûtent très cher, surtout des malades pas du tout français, hein !... Qui viennent du monde entier en France ! » Décidément, pour un authentique citoyen de l’Ouest, les français étaient « ingouvernables !... »

Je pensais à cela en le regardant terminer de lire la carte, les yeux déjà pointés en bas à droite dans la colonne des desserts, alors que nous n’avions encore rien devant nous.

Quand soudain, tout s’accéléra : la serveuse arriva avec deux verres de Kir et une assiette de saucisson coupé et sans doute pelé, ce dont je ne puis malheureusement pas m’assurer, comme on va le voir. Je vis deux corps, un de face, l’autre dans le miroir, se lever ensemble massivement, deux bras à l’horizontale pointer en direction opposée mais curieusement, de mon côté vers la serveuse, et en face, vers la même serveuse dont je vis la peau rougir cramoisie. Un flot d’injures s’abattit sur la pauvrette : « Non mais quoi ?! Qu’est-ce que c’est que ça ? Qui vous a demandé ça ?! Qu’est-ce que vous m’avez apporté là ? Remportez-moi ça tout de suite ! On ne vous a rien demandé, à vous, ni à personne ici ! Allez, ouste, dépêchez-vous, reprenez-moi cette cochonnerie ! », et ça, c’était un superbe jeu de mots.

« Non mais quand même ! Quel culot ! Me servir du saucisson, du…, je n’ai rien demandé, quoi !... La France, la France, ah ! C’est ça ! Aucune considération pour vous ! Aucun respect ! Aucun respect ! 

- Que t’arrive-t-il ? » lui dis-je en me glissant entre deux de ses éructations, sans rien ajouter, car l’idée que j’aurais pu vouloir du saucisson n’existait pas pour lui.

«  Il m’arrive qu’on ne me respecte pas. Voilà. C’est énorme, et c’est insupportable, ce pays ! On ne vous respecte pas.»

Je ne comprenais rien, absolument rien, de sa subite attitude, et de quoi il parlait. Des hypothèses couraient dans ma tête, mais rien qui se fixait. Et comme l’assiette était repartie très vite avec la serveuse, je ne pouvais pas même vérifier si son contenu permettait de comprendre un traitre mot de sa colère démesurée. Du saucisson, bien coupé et bien présenté, de toutes façons cela ne m’enchantait pas, car je pensais un tel apéritif bien inutile avant de manger le repas commandé, et si néfaste pour moi en tant qu’incontestable surplus de calories.

Il faisait la gueule, et cela s’était installé sans transition avec ma première impression à l’entrée de la salle. Il ne me parlait plus, il regardait tantôt au loin derrière moi, comme pour surveiller si l’assiette ne revenait pas, tantôt il visait son assiette et sa serviette qu’il n’avait pas dépliée, comme pour dire je reste ou je pars ? Je n’existais plus. Je n’avais pas beaucoup existé depuis l’heure de notre rendez-vous dans son appartement parisien, tout proche de ce restaurant de quartier. Immeuble sans âge ni époque, sans couleurs, sans habitants, sans histoire, sans rien, moche aussi, gris, verdâtre, beige et sale. Un mauvais ascenseur marron, un globe blanchâtre pour éclairer le palier du 5e, je crois, une méchante moquette sans doute grise, et odorante – il avait dû avoir un chien, ou non, plutôt un ou plusieurs chats, à l’époque où il était un peu moins égoïste. J’avais pensé qu’il souhaitait m’y offrir un apéritif, mais rien. Avant de redescendre, lui par l’ascenseur, moi volontairement par l’escalier, il me dit que sa fille ne venait plus à Paris, qu’elle était sans doute définitivement en Suède avec son mari, que cela lui était égal car elle était devenue très méchante, qu’elle l’avait rendu responsable de la mort de sa mère, que cela n’avait plus d’importance pour lui, qu’il supportait maintenant très bien tout cela, mais que ça avait été très dur ; il me débitait le tout d’un trait, comme si je le savais déjà, comme si ce n’était rien, alors que c’était si fort, alors que c’était tout. Alors que c’était bien toute sa solitude qu’il me criait sans bruit, seulement distillée au long des phrases tranquillement enchaînées les unes aux autres, comme une fatalité insurmontable.

Je revins à moi en me voyant dans le miroir, derrière lui. Ça bougeait du côté de la cuisine. C’était sa bavette, aux échalotes bien sûr, tout ce que je déteste, ces sauces achetées chez Metro. Et les frites, à part dans une sorte de grand bol.

« Tu comprends, c’est pour ça que je ne viens plus très souvent… C’est pour ça que je finirai par ne plus venir, maintenant que je n’ai plus vraiment besoin de passer par la France pour mes affaires en Afrique… Ce pays est impossible. Jamais à New York on n’osera me proposer quelque chose que je ne peux pas manger, que je n’ai pas le droit de manger, on respectera mes…, on me respectera toujours, sans problème. Ici, ce n’est pas possible, ils ne pensent à rien, ils n’ont aucun respect pour rien !...

- Mais tu oublies que la République française est laïque » me permettais-je de lui dire en ayant soudain pris conscience dans un éclair de ce qu’il avait en tête.

« Alors, permets-moi de te dire que ça, ça ne vaut rien, hein ! Ca ne vaut plus rien, vos idées révolutionnaires qui n’en sont pas, hein ! Le respect de chacun, voilà ce qu’il faut respecter, voilà la morale, voilà la vie en société. Et pas cette imposition à tout le monde de n’importe quoi, hein ! »

Je ne répondais rien.

« Oui, je sais que tu n’es pas d’accord. D’ailleurs tu n’as jamais été d’accord. Tu n’aurais jamais pu rester vivre aux Etats-Unis. Vous les français…, vous êtes tous…, vous êtes tous communistes en fait, et c’est terrible !... Enfin…, cette fille exagère non ? Tu ne trouves pas qu’elle exagère beaucoup ?!...

 

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Photo G.Delacour, retouchée par Ph.Bougouin

 

- Je ne peux te dire qu’une chose, » lui disais-je pour lui signifier que tout cela commençait à me peser vraiment trop, « c’est que je ne comprends pas un mot de ce que tu penses. »

Alors, lentement, et dans un mouvement superbe, sans doute le dernier d’une ancienne amitié qui, en réalité, était déjà morte depuis un certain temps, ce dont je venais de prendre pleinement connaissance avec cet épisode ultime, il me déclara :

« Voilà. Je dois te dire que toutes ces idées grandioses de…, laïcité…, de respect de…, de liberté, égalité et tout ça, je te parle pas de la fraternité, alors ça !... C’est n’importe quoi, vraiment, encore plus ! Tout ça, je me suis rendu compte que ça ne tient pas. La démocratie, c’est laisser chacun vivre selon ses idées, dans sa communauté d’appartenance. Et moi, avec tous les événements, la mort de ma femme, la haine de ma fille, la fin de mon travail chez les noirots, le départ de mon amie pour le Canada, j’ai compris, je sais, j’en suis certain, je te le dis, surtout…, réfléchis bien à ça aussi pour toi…, avec tout ça, j’ai décidé de vivre complètement selon mes principes, mon appartenance…, selon ma loi…

- De quelle loi parles-tu ?

- Désormais j’intègre…, toutes les minutes de ma vie…, je vis chaque instant en respectant ma religion…, c’est ça mon guide unique, c’est mon bonheur. »

Je savais que nous ne nous reverrions plus puisqu’il avait tout dit, il avait bien marqué chaque mot, bien détaché chaque syllabe, comme un discours au bord du trou.

Je terminai mon repas, sans goût. Je ne l’ai jamais revu depuis des années, mais je pense à lui si souvent, souvent. En présence de tous les saucissons.

 

 

G. Delacour© parc Guerrier de Dumast, 27 octobre 2010
Pour Philippe Bougouin

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 21:00

Lorsque l'on descend vers le "plus petit" élément, ce coeur du coeur du noyau de l'atome de matière, composé lui-même de ces particules élémentaires que sont les quarks du proton et leurs gluons..., émergent des tas de questions.

LA question pour les physiciens théoriciens est : comment ces particules élémentaires, subatomiques, possèdent-elles une masse?

 

Un certain Monsieur HIGGS travaille sur la théorie qui porte son nom, depuis les années 60. Cette théorie concerne l'existence des gluons, responsables de "l'interaction forte" entre les quarks et les autres particules du proton, lui-mêHiggs.pngme élément du noyau de l'atome. Et ces gluons-là s'appellent des "bosons". Ils tapissent, en quelque sorte, l'entière existence de l'univers, cet espace d'autant plus impalpable qu'il est dit composé de "vide". Ils ont une masse... très très très faible, mais, d'après HIGGS, bien réelle.

Car le vide n'est pas vraiment vide. Du moins le vide serait composé d'une uniformité d'éléments de masse infinitésimale que sont les bosons, accessoirement... responsables du maintien de l'univers tel qu'il est!

Alors, pour mettre en évidence l'existence de ce boson, il faut venir l'exciter très fortement, le bousculer, lui rentrer dedans, et pour cela, le trouver. Seul le hasard de chocs très violents et très répétés peut éventuellement provoquer cette réaction, si du moins de tels bosons existent bien.

D'après Monsieur HIGGS ils DOIVENT exister. Sinon, le vide est incompréhensible puisqu'il serait effectivement vide... C'est du moins ce que je comprends, mais ce ne doit pas être tout à fait cela...

Enfin, nous comprenons que quelque chose se passe si j'en choque un élément, fut-il si tenu qu'il est presque de masse zéro.

Or, ce qui vient d'être découvert grâce aux expériences faites dans le grand accélérateur à particules du CERN, cela semble bien être le boson de Monsieur HIGGS.


Nous sommes donc, vous et moi, contemporains d'une des plus grandes découvertes concernant la réalité physique de l'univers.

 

Voici quelques vidéos qui parlent de cela, de durées très différentes.

L'analogie employée par John ELLIS est jolie : le champ de neige. Sauf que ce j'ai compris c'est que ce champ serait en fait un espace dont toutes les dimensions sont remplies de flocons extrêmement petits et légers, invisibles et impesables. Un photon peut le traverser très vite (à la vitesse de la lumière) sans jamais déranger véritablement le milieu. Il faut donc d'autres particules que cela pour faire réagir les "flocons" (les bosons de M. HIGGS), et c'est ce qui se fait au CERN, dans l'anneau géant où l'on cherche à provoquer des collisions de particules élémentaires à très haute vitesse.

 

Ouf, je suis bien content, car je croyais que c'était compliqué. En fait, ça l'est mais je ne le sais toujours pas...

Voici de vrais savants :

Monsieur John ELLIS, en français (3'07), puis en anglais (3'30).

 

 

 

 

 

 

Puis Monsieur HIGGS soi-même ! Un bien gentil savant, non ?! (8')

(Ce n'est pas lui, ci-dessous, sur la première image. HIGGS c'est le vieux monsieur en photo en tête d'article)

 

 

 

Et un grand film d'explication, si vous en avez le courage et l'intérêt (en anglais, illustré) (59'06)

Cela m'a passionné.

"The Hunt for Higgs"

 

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 12:14

Je pense à Mahana-Louise, Channel, rue anglaise, soleil du Nord et parfum de la Reine.

FaceBook me pousse des photos que je regarde en me demandant où je pouvais bien être moi-même au moment du déclic...?

Un p'tit alboouuummm (bien rangé dans la colonne de gauche), juste pour ce dimanche d'élections, moi qui suis l'élu de mes enfants.

 

37372_407289905918_6222540_n.jpg

"La bonne leçon"

 

Mahana sur le site de l'Université Central Saint Martins Degree Show 2012

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 08:01

L'IGNORANCE PASSIONNEE

 

Mesdames, messieurs, je n'aurai qu'un seul cri : cultivez-vous!
Comme une plante, comme une plante dans un pot. Arrosez, remuez la terre, c'est ce fond qui vous manque le plus: cultivez-vous.
Et arrêtez de jalouser, arrêter de critiquer les "intellos"!?


Oui, j'en suis, puisque tel le juif de Jean-Paul Sartre, vous me désignez ainsi. Je suis intello. "Qu'est-ce?" disait le marquis?
"Je ne sais" répondent la grenouille et le crapaud qui la courtise.
J'aime les animaux que vous êtes et les crapauds qu'il y a dans ma cave, un gros, un petit, qui logent dans un trou bien sombre... Et je les ai toujours trouvé beaux. Je ne vais pas jusqu'à les embrasser, mais je reste volontiers de longs moments à les regarder, énigmes de la vie.

"Je parle aux murs"*
C'est le titre d'un petit texte, par sa longueur, de Jacques LACAN*. Allez-y voir!



Moi je pense: cultivez-vous et arrêtez de jalouser. Arrêtez de faire référence à la "Nature", à "l'Homme qui sera toujours l'Homme", à la "paresse évidente"...
Ma nature est pitoyable, elle pourrait être pire..., je tente de me maintenir au fil des années qui passent. Et ma Nature, elle est bien mélangée à mes cultures, allez...

Essayez de vous y retrouver, vous, entre nature et cultures, si tant est qu'il y ait une différence repérable entre elles?! Oui, certes! Entre le hérisson noyé dans ma piscine parce qu'il y est tombé et le bouquin du bloc technique de cette piscine? Entre le jasmin greffé qui résiste au gel de Bourgogne et le tableau peint par ma voisine? Entre le champignon éphémère et la tâche d'huile du tracteur?


Le loup qu'est l'Homme pour l'Homme? Heureusement que ce n'est qu'un argument pour justifier n'importe quelle exaction, n'importe quelle bousculade d'éthique, n'importe quelle mafia dont vous voudriez bien pouvoir bénéficier!...


Ma paresse? Elle est beaucoup plus énorme que la vôtre, plus gigantesque que tout ce que vous pouvez imaginer. je l'ai mise au service de mon jardin : ma paresse me permet de choisir entre ce que je veux bien faire aujourd'hui et ce que je ne veux pas faire. Voilà ma paresse, elle est précieuse, je la garde et je la cultive aussi, n'en doutez pas! Ma paresse porte un autre nom : c'est "choix".

Voilà. Tenez-vous le pour dit! Cultivez-vous et arrêtez de vous plaindre, ou de voter pour les ignares. Ils ont de grandes gueules à défaut de dire quoi que ce soit d'intéressant pour l'Humanité. Non, je ne suis pas en colère, je suis parfois triste, c'est tout. Et cela passe très vite, car aucune importance!..., l'instruction est le propre de l'Homme. En doutez-vous? Paroles d'intellos? Encore?!

 

Mais regardez comme vous êtes passionné par ce que vous découvrez par vous-même, quoi que ce soit. Cela vous attire comme un aimant. Vous croyez-vous différent d'autrui? Tout être humain est passionné de connaître. Et quand il le refuse, c'est qu'il se déjuge lui-même tellement il préfère -là encore- se détruire plutôt que repartir, encore et encore, de son ignorance.

 


Voilà, je l'ai dit: IGNORANCE.
Quelle chance! L'ignorance est la seule force qui m'anime. Oui, regardez bien en vous-même: l'ignorance est votre moteur. Si elle ne l'est pas, demandez-vous pourquoi? Voulez-vous aller trop vite? Considérez-vous que certains peuvent apprendre plus vite que vous? Que d'autres en savent plus que vous? Que vous n'y arriverez jamais? Que vous, vous n'êtes vraiment pas "intello"?! Que les bouquins, ça vous gonfle! Que Wikipedia et autres tsunamis culturels, ce n'est pas pour vous! Que, tels ceux et celles qui ont un certain niveau "hiérarchique", vous ne pouvez pas aller en formation sous peine d'être ridicule?! Que, finallement, vraiment, définitivement, ce n'est pas pour vous. De quoi avez-vous peur?

 

Qui vous a mis dans la tête de telles ignominies? Demandez-le vous, vous trouverez. Pères, mères, amis et camarades, collègues et ennemis, tontons et tantines, tous vous ont un jour influencé, vous ont dit une belle horreur sur vous-même, ne serait-ce qu'une fois. Passez le pont!


Méfiez-vous de vous-même lorsque vous commencez à écouter le discours et à le trouver pertinent: il vous parle de votre vacuité, de vos manques, de vos erreurs, de vos renoncements. Le mien aussi! Méfiez-vous de vous-même! Et n'acceptez pas les injures, qu'elles soient prononcées (ce qui est rare) ou qu'elles soient par doses filées, insidieuses et doucereuses (la plupart du temps). N'acceptez pas les mensonges par omission, ce talent très développé en Occident chrétien.


N'acceptez pas votre condition, celle qui dépend de vous, bien entendu, et celle qui dépend de vos origines sociales et de votre "milieu". La plante est cultivée dans un climat, dans un terreau, merci Monsieur Maurras, nous le savons. Cela ne donne aucun droit, cela ne donne que des racines bien vite aériennes, comme celles des orchidées qui se nourrissent directement de l'eau tombée d'en haut et non de la terre, si vous le décidez!

Et lisez. Regardez. "Curiositez"-vous. Travaillez. Sur vous-même. Votre ignorance est votre sauvegarde.
Rien ne peut vous résister, au sens que tout est simple, si vous y allez voir. Ensuite, une fois VU, vous déciderez ce que vous en faites. Votre principal obstacle, c'est d'avoir été contraint, d'avoir décidé, de NE PAS Y ALLER VOIR. Ou de passer par des intermédiaires qui vous dégoûtent.


Je dis n'importe quoi? Un exemple? Bernard Pivot n'a jamais invité Sartre à "Apostrophes"! Bien des années après sa mort, "Bouillon de culture" (sic!) est l'émission qui a rassemblé autour du thème "Les aventures de Jean-Paul Sartre" (re-sic) vos dégoûteurs préférés : B.-H. Lévy (Le siècle de Sartre, Grasset), D. Bertholet (Sartre, Plon), M.-A.Burnier (L'adieu à sartre, le Testament de Sartre, Plon), Ph. Petit (La cause de Sartre, PUF), O. Wickers (Trois aventures extraordinaires de Jean-Paul Sartre, Gallimard). Allez donc lire Sartre directement. Par exemple : "L'existentialisme est un humanisme"**.

Vous savez quoi? Vous allez adorer découvrir que vous comprenez tout et que rien ne vous sépare de la pensée d'un penseur. Bref, que vous aussi, vous êtes "intello", comme tout le monde. Pour cela, il faut tout "simplement" accepter de se cultiver, comme la plante, etc.

Bon dimanche d'élections présidentielles 2012 ! Là aussi, vous n'avez besoin de personne pour comprendre que vous n'êtes pas assez instruit, non?! ;-))

 

 

Ma grenouille est sortie de l'herbe. Elle a laissé les autres à la cave, ils boivent du bon vin de chez nous... j'en ai d'excellents, notamment de Californie et du Chili!

Et elle chante (j'suis pas grand-père mais j'aime Victor Hugo), et elle en connaît des centaines..., des belles chansons :

 

 

  (Merci à Valérie -ce n'est pas elle qui chante***- pour cette grenouille si bien chantante a capella)

 

 

* Lacan, Jacques (1971) Je parle aux murs. Paris: Editions du Seuil, coll. Champs Freudiens, J.-A.Miller, 2011.
ISBN 978-2-02-097166-9. Lien vers Amazon (pub non payée, juste pour vous faciliter les choses)


** Sartre, Jean-Paul (1946) L'existentialisme est un humanisme. Paris : Poche Folio. Lien vers Amazon

 

*** simple précision, car on me l'a demandé!...


 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 17:02

AlbanBerg1885-1935
Alban Berg

 


La bête sauvage et belle humaine*

LULU, opéra d’Alban Berg (1937)LauraAikinZurich3

 

«A travers ta robe je sens ton corps comme une musique. – Ces chevilles, c’est un Grazioso ; ce ronflement adorable : un Cantabile ; ces genoux : un Misterioso ; et le puissant Andante de la volupté (..) Je chanterai tes louanges jusqu’à ce que tu en perdes l’esprit. »
(Alwa, fils du Docteur Schön, acte 1)

 

 

Si vous voulez enfin comprendre quelque chose à la musique dodécaphonique...

(Vous savez... le grand concert que vous faisiez à 10 ans sur le piano de votre tante!)

 

Si vous voulez vivre la grande expérience de la voix pure...

(Vous savez... Non!... Là ce ne sont pas des grosses dames ni des barbus bedonnants, c'est la sauvage LULU, « l’acrobate éblouissante** »)

 

Si vous n'écoutez pas France Musique le dimanche après-midi 

(Ni jamais, d'ailleurs... car ça cause trop. Et puis ma cousine, elle n'écoute que Radio Classique),

 

 

 

 

LuluSymphonie 

 

 

Valérie CHEVALIER (Directrice de l’Administration Artistique de l’ONL – Opéra National de Lorraine) est invitée de l'émission de Benjamin François

en compagnie de Jean-Pierre DERRIEN, Michel Schneider et Omer Corlaix

pour débattre et comparer différentes versions de "LULU" deuxième et dernier opéra d'Alban Berg.

 

 France Musique 14h à 16h
ce dimanche 11 décembre
Cliquez pour voir le détail de l'émission:
  Le Jardin des critiques
par Benjamin François
Alban BERG : Lulu - avec Valérie Chevalier, Jean-Pierre Derrien,
Omer Corlaix et Michel Schneider

 

Petitbon3Barcelone

 

Lorsque j'ai assisté à LULU pour la première fois, j'ai pensé que jamais je n'en comprendrai une note, mélodie absente et qui paraît folle, désordonnée, totalement impossible à mémoriser.

Trop curieux, je me suis demandé comment est-il possible de supporter ne serait-ce que le premier acte (il y en a deux ou trois suivant les versions***) et même… la première scène!

Non que j'étais tombé dans le redoutable rejet de tout ce qui « ne vous plaît pas »... Mais que cela m’était littéralement inaudible.


PetitbonPuis j'ai écouté les paroles. Poussé par la même curiosité de découvrir comment scénographes et metteurs-en-scène pouvaient oser en faire quoi que ce soit, le visionnage de différentes interprétations se sont enchaînées, et peu à peu, j'ai découvert qu'elles m’apparaissaient "de mieux en mieux".

La spécialiste qui était à mes côtés me dit: "Si tu trouves chaque interprétation meilleure que la précédente, c'est parce que tu commences à comprendre et à entendre, ce n'est pas parce qu'elles seraient mieux interprétées...!"

J'ai alors retrouvé ce que chacun peut expérimenter pour la lecture d'un texte, pour la compréhension d'un geste, pour l'acquisition d'une compétence, pour la découverte d'un art: en répétant, en écoutant, en me laissant porter, en acceptant humblement de pénétrer ce monde dodécaphonique étrange, j'ai découvert un vrai plaisir, totalement nouveau. Quelque chose qui pousse à en entendre encore et encore, car ce n'est jamais fini, et que l'on ne souhaite pas que ça s'arrête.

Lorsque l'œuvre s'achève sur des paroles sublimes (« In Ewigkeit ! » pour l’éternité !), vous avez soudain l'envie de recommencer, d'écouter une autre interprétation.

 

A la radio, bien entendu, l'image fait défaut, et LULU est avant tout une œuvre du théâtre vivant.

Je ne connais pas encore le contenu des débats de l'émission de dimanche, ni toutes les 6 versions explorées au cours de l’émission.

 


Lulux

 

 

 

  lulu3 HA Kultur Sal 507334b LauraAikin2Paris lisasaffer richardcoxon

 

 

Quelques extraits vidéo

Christine Schäfer & David Kuebler Lulu duo d'amour final 2ème acte (extrait 5’59)

Patricia Petibon in ''Lulu'' (extrait 34’32)

 

Patricia Petibon in ''Lulu'' (extrait 2’59)

 

  ... A SUIVRE...

 

Notes

  • et ** - Paroles du Dompteur dans le prologue.
  • *** Claude Samuel écrit : « Après la mort d’Alban, en 1935, Hélène Berg aurait proposé à Schoenberg puis à Webern – le maître et le compagnon – d’achever le troisième acte, ils se seraient récusés. Mais, au cours des quarante années qui suivront (elle décédera en 1976, à l’âge de quatre-vingt seize ans), elle fera en sorte que nul ne puisse consulter la partition et constater, en effet, que le troisième acte, avec quelques aménagements et compléments, ce dont se chargera habilement le compositeur autrichien Friedrich Cerha, était tout à fait jouable. Et la création d’une Lulu intégrale, le 24 février 1979, dans l’inoubliable mise en scène de Patrice Chéreau et sous la direction de Pierre Boulez, fut l’un des grands moments de l’histoire de Garnier sous l’ère Liebermann. »
    Il écrit aussi : « Quant à la partition, sur laquelle on glosa tant au départ parce que Berg y avait utilisé la technique schoenbergienne des douze sons, elle suit un mouvement d’époque : l’expressionnisme survolté, cousin germain du langage du premier Strauss et du jeune Schoenberg, mais avec d’extraordinaires raffinements d’écriture que seules peuvent révéler la lecture et l’étude approfondie de la partition. »
     

 

 

Gérard Delacour©, Navire Saint Nicolas, 9 décembre 2011

 

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 01:04

P1000129_4.jpgL’âge est chose curieuse, un point entre ce qui n’est plus et ce qui n’est pas et ne sera bientôt plus. Évidence insaisissable du temps, de la durée incompréhensible de la vie.

Donc ce qui se joue dans ces gâteaux éphémères est tout autre chose que la commémoration. Point de la naissance, dire la fin dans le début. Dire la continuité, tout se trouve dans ce moment sans marque, sans heure, même si on la connaît ou si elle est notée sur l’acte de naissance du bambin, papier ancien déjà qui atteste, d’une main qui s’est elle aussi arrêtée.

Joie de la présence, je vais regarder ce visage d’ami qui ne change pas, qui s’est transformé sans moi, sans lui, sans que nous y puissions quoi que ce soit. Soixante et dix ans, alliance de la sagesse de l’entrée en sexagénariat et de la solitude du gamin qui sort à peine de la première enfance…

Il y a bien les deux en toi, l’Homme qui a vécu, qui n’a pas tout dit, qui ne dira pas tout, et l’ado qui ne veut pas renoncer à ça… cet inachèvement indispensable pour vivre.

L’amitié vit de la proximité lointaine, oxymore qui, comme la clarté obscure, éclaire formidablement ce que nous ressentons, et ne se compare pas. Les Grecs y voyaient les deux parties de l’être primordial, pure chimère de l’esprit pour tenter d’exclure la solitude primordiale, et nier l’absence bien présente dans la question sans réponse.

L’anniversaire est chose curieuse, qui, « versus » chaque année, est bien au delà du compte exact, celui qu’on retient quand il est arrêté. Revenir comme un cercle qui avance, spirale bien connue qui ne dit rien de plus que son absence de début et de fin. Suspendu, te voilà à 60 ans et à 10 ans, éternellement dans les cœurs de tes proches, dont je suis, tu es ce double good man à la tête sans plafond, à l’équinoxe débarrassée des stupides équilibres, cet homme que tu es, tels les tziganes qui font de la musique de chambre avec, pour chambre, la voûte étoilée.

 

 

"Le sujet singulier" (photo G.Delacour)

 

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