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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 16:00

Extrait de « La caque sent-elle toujours le hareng ? »
Le fils imagine comment son père lui raconterait certains épisodes de sa vie quotidienne au cours des cinq années de captivité en Allemagne…
Cet épisode est antérieur aux épisodes « CHAMBREE » et « OTAGES ». Il est situé en 1942.

 

 

Il avait obtenu du médecin chef la possibilité d'aller à sa place chercher le peu de moyens qui leur étaient consentis à l'hôpital de la ville dont les faubourgs s'étendaient non loin des barbelés du camp. Accompagné de deux sentinelles, le chocolat et les cigarettes, reçues bien planquées dans les colis venus de Paris , avaient fait le reste. Ils passaient tous les trois par la Dante Strasse , et avaient moins de vingt minutes pour entrer dans l'estaminet, monter chacun avec la fille qu'ils connaissaient, faire leur affaire, se rhabiller et filer au pas rapide vers le camp , dans la lumière de fin d'après-midi. Un peu échauffés, un peu silencieux sauf leur souffle court, un peu évadés dans leurs pensées, les trois hommes oubliaient jusqu'à leurs noms, leurs nationalités, la guerre et tout le toutim! Puis, une fois la porte et les miradors franchis, la douche faisait son effet, retour immédiat à la réalité, le visage figé, l'oubli instantané des minutes de complicité tacite, la négation totale s'ils avaient dû être interrogés.

 

Les filles étaient des allemandes assez jeunes mais mal nourries, un peu trop maigre, et tout juste en bonne santé pour tenir le coup. Il est vrai que les clients n'étaient pas trop nombreux, pas comme avant la guerre. Mais pour deux d'entre elles, elles exerçaient une autre profession qu'elles avaient dû abandonner pendant les événements des dernières années, car elles travaillaient chez des juifs, pour ces juifs, et elles ne voulaient ni l'une ni l'autre qu'on puisse s'en souvenir. Se fondre dans un des bordels de la ville était la solution pour ces cousettes qui n'avaient plus de famille, tout du moins dans les parages.

 

Le docteur français –et nulle ne savait ce qu'il faisait là, car personne ne devait savoir qu'en fait il était prisonnier au camp là-bas- et les deux sentinelles étaient des clients bien gentils, rapides, peu regardants aux fioritures. Ce docteur devait être quelqu'un d'important puisque c'était toujours un des deux soldats qui payait pour lui. Ce qu'on ne savait pas, c'était le prix d'échange du chocolat et des cigarettes que, sinon, les filles auraient sans doute préféré aux marks de guerre qui valaient de moins en moins chaque semaine.

 

Ce jour-là, le soleil avait chauffé la façade de la maison tout l'après-midi, et le mur renvoyait une chaleur sympathique, face à l'air venu du côté d'un soleil déclinant, un peu plus frais. C'est comme si cette chaleur restituait un peu de douceur à la future nuit dans laquelle les trois jeunes hommes allaient s'évanouir, pour ne reparaître que dans deux mois ou plus. Pas de questions, pas de bruit, pas de dialogue, que des regards et des caresses, que des gestes silencieux et des frous frous de lingerie, puis des claquements de lacets ou d'élastiques un peu ramollis, des coulissements de boutons dans des orifices de toile tendue et épaisse, pas de baisers, que des regards, puis le bruit des pas du médecin français encadré par ses deux soldats, en ombre sur le fond de la rue.

 

Sinon, il y avait bien, au camp, les petits homosexuels qui ne manquaient pas de faire leurs propositions régulièrement, aussi bien aux prisonniers qu'à quelques soldats allemands qui leur plaisaient. Ils faisaient leurs affaires on ne sait trop comment, furtivement dans les chambrées désertées à certaines heures, en contradiction avec le règlement du camp, ou bien dans d'autres lieux tenus secrets, qui pouvaient bien être des locaux officiels, mais dont personne ne parlait. Le commandant du camp semblait apprécier tout particulièrement le petit Charles et le grand Edmond. Le médecin français les avaient mis en garde contre les maladies et autres inconvénients qu'il ne saurait "pas soigner convenablement" si cela se produisait, mais rien n'y faisait, il avait même de leur part des propositions de fellation, à chacune de leur visite à l'infirmerie. Mais le médecin français n'aurait jamais rien pu faire d'autre, comme l'immense majorité des prisonniers, que de se masturber. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser, à chaque fois qu'il se faisait plaisir, aux paroles d'un de ses patrons à la Faculté de médecine de Paris lorsqu'il avait été invité en salle de garde : "Se masturber souvent évite les problèmes de prostate, messieurs, et pour les demoiselles ici présentes, qu'on se le dise, une bonne pipe est une superbe médication complète, stérile si vous allez à la source et de plus, protéinée!"

 

Il racontait ainsi souvent n'importe quoi avec l'air le plus docte qu'il pouvait se donner. Sa superbe citation avait été, dès le lendemain, peinte artistiquement sur les murs de ces lieux de débauche fréquentés assidument par les étudiants et les étudiantes qui effectuaient leur internat. La fiancée du jeune médecin français n'avait pas fait l'internat, mais elle n'était pas en reste pour les chansons paillardes qui, sorties de leur contexte, auraient été franchement vulgaires et fort déplacées, alors que dans sa bouche enfantine, elles prenaient des allures d'épopées célestes qui auraient fait bander les macchabées des salles de dissection.

 

C'est à tout cela que pensait le médecin français quand il se masturbait, et cela marchait plus ou moins bien, selon son humeur générale. Il n'aimait pas aller voir les filles du bordel, cela était contraire à ses convictions intimes et à son respect des femmes. Il ne savait plus très bien comment les choses s'étaient faites, ah! si, c'était une des sentinelles qui en avait parlé à l'autre, la première fois, puis, en riant, lui avait proposé la chose. La première fille était gentillette, un peu greluche, mais mignonne, et puis franchement désirable lorsqu'il avait vu son petit cul, ah! un si petit cul, depuis si longtemps, un vrai, pas moche comme celui de tous ces pauvres hères qu'il devait piquer avec des substances douteuses dans des seringues mal bouillies. Alors elle l'avait fait bander, presque sans qu'il s'en aperçoive et il s'était retrouvé tout autre, loin de lui-même, comme en suspension, pendant quelques minutes de tendresse artificielle certes, mais vécues bien réellement. Il ne trompait donc personne, il cherchait à survivre, surtout après deux hivers cruels, une fracture à la cheville et peu d'espoir pour l'avenir. Ces visites à l'hôpital de la ville étaient une aubaine, une vraie aubaine, une belle balade, avec la folie et l'absurdité d'une situation hors des normes: se retrouver, quelques minutes, hors du système d'incarcération grâce à de jeunes soldats aussi éloignés des réalités que lui. Ils risquaient tous les trois très gros, mais ne furent jamais pris, ni jamais dénoncés. Il faut dire que leurs escapades n'excédèrent pas le chiffre trois. Mais les souvenirs qu'elles créèrent servirent au médecin français jusqu'à sa libération, près de trois ans plus tard. Quand, dix ans après la guerre, il lui était arrivé d'y repenser, c'était comme si tout ce monde avait disparu avec les bombardements de la fin de l'empire, alors qu'en fait les filles, qui avaient pris quelques années et quelques kilos, exerçaient toujours dans la bonne même ville, et qu'il aurait pu les y rencontrer, mais ce fut sans risque puisque, de toute son existence, il ne retourna jamais en Allemagne.

 

Quant aux deux soldats, l'un fut fusillé lorsque son trafic de chocolat et de cigarettes fut découvert par un commandant de camp qui se livrait lui-même à d'énormes trafics. L'autre eut la jambe emportée par un obus mais a vécu de nombreuses années après la guerre, avec femme et enfants, en repensant de temps à autre, à son "médecin français" dont il avait toujours pensé que c'était "un sacré type"!

 

 

Gérard Delacour © 2006

 

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2 mars 2007 5 02 /03 /mars /2007 10:00

EPICURE[1] et l’engagement à l’action

 

 

Si le corps ne souffre pas, si la personne n’est pas troublée, alors je suis disponible pour agir, pour être moi-même engagé tout entier dans ce à quoi je crois, là où je souhaite participer à la fabrique des choses de la vie.

 

 

Comment faire si je ne suis pas en état de faire ? Aucun plaisir forcé, aucune fête, aucun emportement de groupe, aucun festin, aucune nuit en taverne, ne peut me donner la sérénité. Je ne cherche pas les amours humaines, je construis l’Amour de l’Humanité [AmourH].

 

 

Croire que ceux-là et celles-là qui s’enivrent, fument et partousent sont des « épicuriens » est une erreur… sur Epicure. Non pas une erreur morale dont je n’ai rien à dire, mais une erreur de compréhension de ce qui peut nous troubler, comme Epicure nous le dit dans sa lettre à Ménécée[2].

 

 

Ce ne sont pas « les beuveries et les festins continuels, ni la jouissance des garçons et des femmes… », ni la nourriture, qui « engendrent la vie heureuse, mais le raisonnement sobre, cherchant les causes de tout choix et de tout refus, et chassant les opinions par lesquelles le trouble le plus grand s’empare des âmes. »

 

 

Epicure souhaite des plaisirs « stables », c’est-à-dire « l’absence de trouble et l’absence de peine », car les pires douleurs sont celles qui n’appartiennent pas seulement au présent, comme celles du corps, mais qui durent depuis le passé jusque dans l’avenir.

 

 

Tout n’étant qu’assemblage de matière, selon Démocrite, Epicure déclare l’Homme non responsable de ses actions, mais déterminé par les parties programmées pour agir comme elles le font. Même si le clinamen[3] épicurien permet l’écart et donc l’accident, nous sommes déterminés. Cela contredit toute idée de liberté humaine. Contraint par cette théorie atomiste de l’action, l’épicurien doit tendre à l’ataraxie, c’est-à-dire à l’absence de trouble. Epicure n’est pas épicurien. Il prône la juste mesure et l’équilibre qui permettent de bien vivre, dans les limites d’une liberté impossible.

 

 

Il faut relier les notions de plaisir/déplaisir, immobilisme/activisme et pur/impur pour en comprendre un peu plus. Ce qui relie le plaisir à l’activisme et à la notion de pureté est [AmourH]. Bien différent de l’Amour d’un Dieu qui n’agit pas, mais « dit » et contemple ses créatures qu’il juge. Pour le Dieu commun aux monothéismes, l’humanitude est comme le corps humain, impure « du simple fait d’être[4]. »

 

 

Pour Epicure, le sujet humain agit en tant que sujet du verbe –et non le verbe- qui opère sur les compléments, « il fait comme il peut avec ce qu’il a ». Il a un rapport pervers à la notion de liberté puisque rapport de croyance et non pas vérité.

Il ne construit donc rien, il ne peut pas choisir. Tout assemblage est déjà inscrit dans les parties qui s’assemblent, et ce déterminisme se sert de l’Homme pour ce que je souhaite appeler « sa mise en temporalité ».

 

 

C’est sans doute pourquoi Michel Onfray préfère les cyrénaîques aux épicuriens, si j’ai bien compris. C’est que ce déterminisme épicurien est presque religieux !... Il est un confort insensé ! « Plutôt la foi qui apaise que la raison qui soucie[5] », et de déboucher sur la misère spirituelle qui nous est inconnue, car nous n’en avons pas besoin. D’où ces systèmes qui affirment en quoi l’on croit, annoncé y compris sur les billets de banque.

 

 

Non pour remplacer Dieu par un quelconque déisme. Nous n’en avons pas besoin non plus. Nous avons besoin de clarté –comprendre c’est assembler- et de lumières –de porteurs d’action-, ce qui n’a rien à voir avec une vérité [V] que je préfére écrire [nonV] puisqu’elle ne se définit que par son impossibilité d’être atteinte, autant pour la foi religieuse que chez les athées.

 

 

En effet, chercher sans relâche [V] alors qu’il est annoncé qu’elle ne peut jamais [nonV] être trouvée, signifie que c’est la quête et non [V] qui est le moteur de l’action. Le partage de [nonV] est propédeutique à la création de liens [AmourV], où il faut voir l’objet de l’action [AmourH].

Il semble bien qu’Epicure n’ait pas placé son éthique à ce niveau ontologique, mais à celui du « raisonnement sobre ». Pessimisme ? Manque de système politique ad hoc ? Primauté du religieux ? Il nous reste, via Diogéne Laërce, ses tetrapharmacos, quatre principes agissants : ne rien craindre des dieux, ne rien craindre de la mort, atteindre le bonheur dans sa vie est possible, la douleur se supporte au présent.

 

 

On peut être d’accord avec son matérialisme. Mais qui s’opposera encore et toujours à la QSR[6] parfois du côté du trouble spirituel, parfois moteur philosophique. Epicure aurait eu quelques difficultés à accepter la maxime : « Fais ce que dois [AmourH], advienne que pourra [nonV]», qui glorifie l’engagement à savoir, comprendre et agir, ici et maintenant.

 

 

Gérard Delacour ©, navire Saint Nicolas, 25 février 2007

 

 



[1] 341-270 avant JC.

[2] Citée in ONFRAY Michel, L’invention du plaisir, Fragments cyrénaïques, Le livre de Poche, Essais #4323, Paris 2002, p.244.

[3] Parfois les éléments ne suivent pas la route qu’ils devraient suivre, mais sont déviés, même très légérement…

[4] ONFRAY Michel, Traité d’athéologie, Physique de la métaphysique, Bernard Grasset, Paris 2005, p.102.

[5] Op.cit., p.27.

[6] QSR : la Question Sans Réponse (« Pourquoi ne savons-nous pas ? »), voir mon essai « SA ».

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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 10:00

OTAGES (extrait de « La caque sent-elle toujours le hareng ? »)
De retour du camp de représailles, le fils imagine comment son père lui raconte certains épisodes de sa vie quotidienne, au cours des cinq années de captivité en Allemagne…
(suite de « CHAMBREE »)

 

 

 

 

Le lendemain soir, je m’allongeai sur ma couche comme lorsqu’on s’allonge dans des draps si doux que les larmes vous viennent, auprès de la femme aimée. Mes punaises, mes chères punaises sont… Un vacarme interrompt tout ce monde, le bruit de la porte, comme fracassée sur elle-même. Bruits de bottes, armes utilisées comme gourdins, on nous hurle l’ordre de sortir sans nous habiller.

 

 

 

 

Heureusement pour moi, suffisamment de temps -déjà des centaines de nuits-, s’était écoulé depuis le début de ma captivité pour que je ne sois pas plus ému par la réalité que par le rêve.

 

 

 

 

J’enfile furtivement mon pantalon, toujours prêt à ma tête, et je descend pieds nus, torse nu, puis je suis le flot rapide des compagnons endormis jusque, dans cette grande cour, devant la baraque.

 

 

 

 

Ordre de s’aligner sur deux rangs, ordre de se taire, ordre de ne pas bouger d’un poil, dans le froid de février, la glace, dans la brume refroidie, la nuit, -une autre nuit c’avait été sous la pluie, moins froide que ce soir-.

 

 

Appel. Les noms défilent, suivis du grognement de présence. Appel de plus en plus lent, suivi de voix changeantes. Doute et arrêt. Pas moyen de savoir si le gars est là ou pas. Et maintenant c’est le nom d’un des types qu’on nous a rapportés dans une boite qui jaillit, sabre, éclair ! Non ! Pas çà ! Si. Grognement de présence !

 

 

 

 

Hurlements du commandant, ce couperet vivant resté jusque là silencieux, à scruter la lumière, le noir, la brume, ses folies, autour de nous… Silence.

 

 

Ordre de nous compter. Et là, pagaille insensée, désordre, mouvements de foule, éructations et vociférations des boches, les uns courent vers la droite de la cour, les autres à gauche comme pour reformer les rangs. Et sans se donner le mot néanmoins, ne parviennent jamais à stabiliser ces vagues qui interdisent tout comptage.

 

 

 

 

La démence croît, nous hurlons, rions, jouons ! On nous hurle de nous taire et d’arrêter sur le champ! Inévitablement, les sentinelles reçoivent l’ordre de tirer, ce qu’ils font au dessus de nos têtes, et ça siffle ! Nous stoppons net. Le commandant s’avance et donne ordre de compter tous les dizièmes, à partir d’un premier qu’il pointe.

 

 

 

 

Ordre à ceux-là de s’avancer, mis en joue par les sentinelles. Et, d’un coup, j’en suis ! Me voici en avant des autres, pointé par les armes, et les projecteurs dont je ressens douloureusement la lumière, que je n’avais pas vue jusque là. Ça gueule, comme des coups qui tombent. « Si vous ne vous tenez pas immobiles, et que l’appel ne peut pas avoir lieu, les otages seront fusillés ! »

 

 

 

 

Et le commandant, après un long silence, ajoute : « Et si l’appel n’est pas complet, les otages seront aussi fusillés ! » Voilà, je suis mort, je vais mourir, c’est maintenant, c’est ma mort, c’est moi, c’est là, je ne vais pas souffrir, j’en termine, c’est pour moi, c’est moi, en un éclair dans ma tête où ça tambourine.

 

 

 

 

A ce moment précis, exactement en même temps je veux dire, sur le dernier mot craché par ce nazi, c’est nous, les otages morts, qui partons dans une danse effrénée, nous moquant de nos pointeurs, gesticulant en tous sens et hurlant nos haleines de cris encore chauds.

 

 

 

 

En même temps, dis-je, tous les prisonniers, comme des mouches légères courent vers leurs baraques aux portes ouvertes. Nos vainqueurs restent pétrifiés et silencieux, ne bougent pas, comme changés en statues de sel.

 

 

La totalité du camp dans le silence le plus complet en moins d’une seconde, ne se firent entendre alors que les pas de nos hôtes qui rentrent dans leurs quartiers, sans qu’il soit jamais donné d’autre suite à cet événement surnaturel et totalement incompréhensible.

 

 

 

 

Le commandant français du camp, celui qui avait aidé à dresser la liste des juifs du camp, nous dit le lendemain : « Vous voyez bien qu’ils ne sont pas si barbares que cela, ces allemands !... ». Bien longtemps après, le jour où nous nous sommes libérés, nous lui avons tendu un rasoir « pour se faire propre ». Ce qu’il fit pour laver ses infamies et sa collaboration active avec les nazis.

 

 

 

 

Gérard Delacour ©, café Beaubourg septembre 2006

 

 

 

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22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 18:37

Extrait des entretiens avec le Docteur HOFMANN-DELACOUR  

 

L’extrait ci-dessous est tiré de l’essai encore en écriture : « La caque sent-elle toujours le hareng ? ». Il s’agit de la transcription exacte d’un enregistrement sonore de 1996.

  

 

Docteur H-D : « Et puis alors on était à peine libérés qu’on a vu arriver la Croix Rouge suédoise qui est venue et qui a dit: « Il y a beaucoup de médecins, à Lübeck, on a besoin de vous pour les camps de déportés. Il faut que vous puissiez y aller, tâchez de trouver par quels moyens, nous on n’a pas de voitures à vous donner, mais tâchez de vous débrouiller, venez, on vous donnera un sauf-conduit ». Alors, moi qui avait visité l’hôpital juste avant, j’avais repéré une voiture là-bas. Je me suis pointé à l’hôpital, il y avait un chauffeur en livrée qui était en train d’astiquer une Mercedés, là. Je lui dis: « J’en ai besoin, je la prends ». Le type dit: « Ah! Mais c’est la voiture du médecin-chef! » « Eh! Bien, vous direz au médecin-chef qu’il aille à pied! ». C’est comme ça que je suis parti (...)

 

 

J’étais désigné par la Croix Rouge pour aller dans la lande de Lunebourg, dans un camp de déportés: le camp de SANDBOSTEL. On est arrivés là. Là s’est situé encore un événement: on a traversé un bois avant d’arriver à SANDBOSTEL. Je me rappelle: c’était une belle matinée de début mai, il y avait un soleil radieux et au milieu d’une clairière, il y avait un étang très propre d’ailleurs, qui était là, et ça nous a donné envie de nous baigner. Alors on s’est mis à poil, on a plongé dans l’étang, on s’est séchés au soleil puis on est montés dans la voiture. On arrive à SANDBOSTEL où ils nous disent: « Par où vous arrivez? ». On leur explique. « Comment? Vous avez traversé le bois? Mais le bois est ceinturé par les Anglais parce que ce bois est infesté de SS qui se sont sauvés et qui ne veulent pas se rendre… ». Nous avons alors réalisé qu’une fois encore on l’avait échappé belle! Parce que tu penses que ça aurait été une aubaine pour eux de nous zigouiller, de prendre nos tenues militaires et de se sauver comme ça.

 

 

Arrivés au camp de SANDBOSTEL, je me présente. Il y avait deux camps: un camp de prisonniers français où je vais en arrivant. Un colonel qui était l’homme de confiance, me dit: « Ce n’est pas la peine que vous veniez ici, parce que les Anglais ne veulent rien savoir, il y a un camp de déportés juste à côté, -qui jouxtait le camp de prisonniers-, on a essayé de vouloir s’en occuper, les Anglais ne veulent pas, et puis hier… ils ne veulent même pas y entrer, parce qu’il y a eu un type qui s’est fait poignarder en essayant de rentrer là-dedans, ceux qui survivent sont des bêtes fauves, ce ne sont plus des hommes. Ce n’est pas la peine de vous présenter, les Anglais vont vous éjecter, ils ont jeté des pommes de terre crues par dessus les barbelés, ils ne veulent même pas y entrer. Il y a du tiphus, il y a tout ce qu’on veut là-dedans… ». Moi je me présente quand même auprès de l’Anglais qui était à côté, dans des tentes, bien installé d’ailleurs, et je lui présente mon sauf-conduit de la Croix-Rouge: « Je suis envoyé par la Croix-Rouge », je ne lui ai pas dit que j’étais prisonnier. « Ah! Vous êtes médecin de la Croix-Rouge! » « Oui, je suis médecin de la Croix-Rouge » « Alors, faites ce que vous avez à faire ».

 

 

Je suis rentré là-dedans après m’être fait saupoudrer de DDT de la tête aux pieds, j’étais blanc comme un Pierrot… et là je ne peux pas décrire ce que j’ai vu, ce sont vraiment mes souvenirs les plus effroyables de toute la guerre, avec des… c’est inimaginable de… j’ai vu un spectacle… avec des cadavres éventrés dont le foie avait été mangé par les autres… enfin… alors… je n’ai eu qu’une cesse, je me suis arrangé, il y avait un hôpital allemand dans les environs, que j’ai fait évacuer, que j’ai fait vider parce que je voulais qu’au moins les quelques moribonds qui étaient là-dedans puissent mourir dans des lits. Je ne voulais pas qu’ils meurent comme des chiens, par terre.

 

 

Cela m’a demandé une bonne semaine, pour m’en occuper. On avait eu la liste, que les Anglais m’avait fournie, de femmes de SS; parce qu’il fallait du personnel pour s’occuper de tout ça. Ils sont allés ramasser les femmes de SS pour faire le travail. Quand elles rentraient là-dedans, il y en avait qui se trouvaient mal, mais j’avoue qu’on les faisait se relever à coups de pieds dans le derrière, tu sais… on était… devant un tel spectacle, c’était insupportable, on ne pouvait… c’était inénarrable… on ne peut pas imaginer.

 

 

Au bout de huit jours, quand le camp a été vidé, il n’y avait plus personne dans le camp de déportés, ils étaient tous dans des hôpitaux, je m’étais arrangé pour faire venir d’autres médecins…

 

 

GD : - Combien étaient-ils dans ce camp?

 

 

 J’ai retrouvé un papier dernièrement… il y en avait environ 3000 (déportés) quand je suis arrivé mais il en est mort les deux tiers pendant les huit jours où j’étais là. Ils étaient tous moribonds, ils étaient moribonds… c’était… (silence).

 

 

- Qui étaient ces déportés?

 

 

C’était pour la plupart des déportés politiques et d’anciens détenus, j’ai revu ça dans mes papiers[1], je ne m’en souvenais plus de cela. Mais c’était essentiellement des déportés politiques, des communistes, il y avait un type qui s’appelait PARENT, un grand communiste de l’époque, que j’ai retrouvé là-dedans… Il y avait aussi des juifs évidemment parmi eux.

 

 

Au bout de huit jours, quand mon travail a été accompli à peu près, j’ai dit au commandant anglais dont je partageais la popotte, et ça me semblait bon, tu penses, de manger du pain comme ça!… leurs toats et tout… c’était le paradis… Je lui dis: « Ecoutez, voilà, effectivement, j’ai été envoyé par la Croix Rouge , mais je ne suis pas un médecin de la Croix Rouge , je suis prisonnier, je n’ai qu’une hâte, c’est de rentrer chez moi » Il me dit: « Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit? » « Je ne vous l’ai pas dit car on m’avait prévenu que si je vous le disais, vous ne m’auriez pas laissé faire le travail! » « C’est vrai » me dit-il, « et je vous félicite! ». Je le vois encore, tu sais, un grand diable, c’était un anglais de film avec des grosses moustaches rousses comme ça!… Je le vois encore se levant et me serrant la main: « Je vous félicite, c’est ce qu’il fallait faire… ».

 

 

Il me dit: « Faut-il que je mette quelque chose à votre disposition, ou vous voulez rentrer directement en France? » « Je ne peux pas, il faut que je rende compte de ma mission ». J’étais encore… régulier! « Il faut qu’on rentre à Lübeck ». On nous avait dit qu’il fallait impérativement qu’on rentre. ».

 

 

 

 

(à suivre dans « La caque sent-elle toujours le hareng ? »)
Gérard Delacour (c) 2007

 

 



[1] Papiers originaux sauvés en 2004 par Gérard Delacour (voir annexe)

 

 

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17 février 2007 6 17 /02 /février /2007 21:23

Gérard Delacour

Passionné de scénarios pédagogiques, d’avion, de voiliers et de la notion d’instant chez Descartes[1]

 

 

 

Baby-boomé d’un chirurgien résistant rescapé des camps de représailles nazis et d’une gynécologue qui a accouché de ses quatre enfants dans son lit. A démonté plusieurs montres à l’âge de 8 ans. A 12 ans, s’est offert le premier jouet “Cybercar” dirigé par un rayon électrique. A été envoyé dans un collège mariste aux murs de 4 mètres. Y a appris la transgression, y a perdu la crainte de Dieu.

 

 

A souhaité faire l’Institut des Hautes Études Cinématographiques — l’IDHEC —. à 15 ans. A été seulement autorisé par sa famille bourgeoise catholique, en sortant d’Henri IV,  à prendre la route universitaire d’études de philosophie. Diplômé malgré son désespoir[2].

 

 

A failli faire carrière dans les études de motivation, la vente de voiliers à la FNAC Sport , l’enseignement de la sociologie à l’université, le cinéma institutionnel, la grande et la petite hôtellerie. Le tout, comme le Lucien des Illusions Perdues, presque uniquement « grâce à des femmes », aurait dit Balzac.

 

 

A décidé d’écrire des essais, du théâtre et des romans et n’a jamais vraiment cherché d’éditeurs.

 

 

A compris qu’il était passionné par le scénario pédagogique, c’est-à-dire la mise en scène.

 

 

A cherché des méthodes pour tenter de transmettre la moindre pensée et le plus petit savoir-faire[3].

 

 

A aidé environ 12.000 salariés en leur expliquant ce qu’il comprenait de leurs difficultés à travailler ensemble[4].

 

 

A filmé une classe d’éveil,  pendant une année scolaire, sur l’expérimentation de nouvelles méthodes pédagogiques[5].

 

 

A appliqué à des ouvriers du bâtiment[6] l’idée socratique que le prof est le sujet —supposé savoir— capable de faire exprimer la connaissance déjà toute entière présente dans le sujet supposé ignorant. A réussi[7].

 

 

A été coincé comme tout le monde par le cataclysme réducteur de la symbolique binaire[8], mais n’a de cesse de l’utiliser pour transmettre de la culture : première mondiale d’un opéra de Pergolèse avec des décors en images de synthèse ainsi qu’une série de fictions scientifiques à base de nouvelles images pour des télévisions francophones[9].

 

 

A adoré son MacIntosh pendant des années.

 

 

A compris la différence entre créer et produire, en apprenant que Brahms plaçait, avant de dormir, la partition de sa Rapsodie pour chœur d’hommes, contralto et orchestre sous son oreiller.

 

 

A tenté de se faire respecter en apprenant à enseigner le Management de Projet[10] tout en continuant de penser que ce qui fonctionne vraiment, c’est “la grande musique de chambre de l’âme[11]”.

 

 

Passe son andropause[12] en délirant sur la création de programmes de formation capables de parler les yeux dans les yeux aux apprenants, sur la toile mondiale.

 

 

Persévère à donner et partager le meilleur de sa 3éme vie avec des créateurs[13].

 

 

S’est embarqué sur le vaisseau amiral du CNAM pour une thèse en Sciences de l’Éducation.

 

 

Souhaite ne pas mourir avant d’avoir publié son travail sur l’identité communautaire, ce qui est bien sérieux mais aussi très romanesque car c'est ça qui est bon.

 

 

 

Vie non publique

 

 

Né en 1946, à la latitude, longitude et altitude de l’actuel rayon Musique de la FNAC, passage du Havre, à Paris 9éme.

 

 

A chaque fois qu’il se rend au caveau de famille depuis son enfance, il passe devant la tombe de Jules Verne qui l’ouvre d’un bras puissant. Il constate que l’énorme pierre soulevée est devenue toute petite, de loin en loin.

 

 

Marié et divorcé la 1ére et la 2éme fois dans sa patrie, il a épousé the good one au City Hall de New York. Il faut dire que c’est la soprano bien réelle de l’opéra de Pergolèse offert à la déesse Virtualité.

 

 

Les enfants de Lacan accepteront qu’il soit mentionné qu’il est le père (non) sévère de 3 enfants qu’il persévére à mettre au monde depuis plus de 20 ans.

 

 

Vit aussi en Bourgogne où l’instituteur a une classe unique, deux adresses e-mail et six ordinateurs.

 

 

Passionné par le rapport des humains aux machines à voyager. Pilote breveté bi-moteur. A barré des voiliers de Saint Malo à Athènes.

 

 

Passionné par le papier des livres et la difficulté de l’humanité à en utiliser les contenus.

 

 

Écrit depuis sa jeunesse de la poésie, comme beaucoup d’humains, mais s’acharne à s’essayer à d’autres genres, articles, essais, nouvelles, théâtre, roman historique…

 

 

S’est octroyé une année sabbatique lorsqu'il vivait à New York City en famille, entre le Metropolitan Opera, le Guggenheim Museum et le MOMA, où lui est venue l’idée d’un nouvel écran d’ordinateur pour naviguer dans les savoirs.

 

 

Henri Laborit aurait ajouté « abonné au gaz », ce qui est faux car il ne peut exercer son droit de rectification que dans les fichiers de l’EDF. D’ailleurs, il cuisine à l’induction (c’est une déduction).

 

 

Défenseur laïque et républicain de la liberté absolue de conscience, autant dire totalement démodé. Il pense que la société spectaculaire-marchande au sein de laquelle il vit, se confrontera dans la décennie 2010 à la question mondiale de l’interculturalité.

 

 



[1]  “ La notion d’instant dans la philosophie de Descartes ”, mémoire de maîtrise d’enseignement supérieur de Philosophie, 1969.

[2]  Licence de Lettres, DES de Philosophie, puis de Psychologie clinique, certifié en Sociologie, exerce comme chargé de cours à l’Université (UP2, Beaux-Arts) pendant 3 ans. Après avoir démissionné, crée une société d’ingénierie de formation. Est revenu vers l’enseignement à l’Université, sur le tard (Université de Nantes , chargé d’enseignement en NTICs depuis 1999), docteur en Sciences de l'Education (2010).

[3]  Auteur de « Prolégomènes à une industrie didactique de programmes de formation » (1994),.

[4]  Auteur des méthodes CAR™, le Permis de Communiquer, Egomotive™, RAPIDOS™.

[5]  “ Le livre géant ”, expérience pédagogique de Danièle Rembault , de l’École Normale d’Instituteurs de Paris.

[6]  Auteur de la méthode DoorToDoor ™.

[7]  Expérimentation et suivi de 15 années sur l’entreprise Peinture Normandie, sauvetage de la société Germot & Crudenaire passée de 700 à 40 employés, etc.

[8]  “ O, 1 ” à la puissance n,  en lieu et place de toute littérature, et incapable d’induction. Une création d'interface pour écran d'ordinateur, pour la conception et la navigation dans des programmes de formation et/ou d'information (NaviCub, 1994; ProDid, 1998; Nav4, 2006).

[9]  “  La Servante Maîtresse  ” pour Canal Plus, série “ Trakal ” pour FR3, et 8 ans de production TV de programmes francophones.

[10]  Lâché seul aux commandes à Brugge pour 18 réunions sur la structuration du projet de métro de Rotterdam, puis à Bangkok pour les projets de Rhodia Pacific, et à Princeton (New Jersey, USA) sur le site de Rhône-Poulenc, etc.

[11]  Goethe, “ La lumière montre la matière et l’ombre l’espace ”.

[12]  60 ans le 18 août 2006.

[13]  Directeur du Laboratoire de Recherche et de Développement de WIDIL Industries, World Institute for the Development of Interactive and Individual Learning avant de prendre sa retraite.

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15 février 2007 4 15 /02 /février /2007 23:01

Texte extrait de « La caque sent-elle toujours le hareng ? »

De retour du camp de représailles, le fils imagine comment son père lui raconte certains épisodes de sa vie quotidienne, au cours des cinq années de captivité en Allemagne…

 

 

 

Dès le noir imposé, je n’avais plus qu’une obsession : la visite de mes punaises, celles de ma couche, celles qui aimaient ma chaleur, certains endroits de mon corps osseux étendu là. Je pensais et je disais toujours « couche » parce qu’il n’y avait en fait ni lit, ni matelas, ni paille, rien que des planches qui avaient du appartenir à un arbre jadis et dont les aspérités me semblaient douces ou agressives selon les jours et ma fatigue. Plus j’avais besoin du sommeil qui me faisait défaut, plus j’aimais le moment superbe où l’on s’allonge, relâchant ainsi la tension forcée des muscles attachés au squelette, dans un abandon qui fait tout accepter. Mes punaises étaient sorties et s’activaient, un peu de sueur ici, un peu d’urine ou autre, un peu de poussière grasse ou de boules de salissures glanées au hasard des frottements de la journée, là. Je n’ôtais que mon pantalon, gardant pauvres chaussettes, maillot de corps et laine militaire. Ma fortune était de quatre chaussettes, une chemise, deux maillots, un tricot verdâtre et un morceau de dos d’un pull-over dont je ne savais plus d’où il venait. Le tout pouvait tenir, y compris mon pantalon, dans une petite cantine en bois que je gardais à ma tête, avec une partition de Beethoven, deux crayons, quelques morceaux de papier arrachés à un carnet, un morceau de toile de tente avec lequel j’ai pu, une année, faire de la reliure, une pipe oblongue en belle bruyère bien flammée, un cure-pipe avec ma plaque de soldat en deux parties de zinc. Les deux moitiés de métal gris, encore attachées, portaient chacune mon nom et mon matricule frappés à l’emporte-pièce dans le métal, l’une avec un simple trou pour la ficelle autour du poignet, l’autre avec deux trous, pour clouer sur le cercueil. Le pointillé ménagé dans le métal laissait passer la lumière sous forme de traits allongés, signes de coupure, entre ces deux moitiés du symbole unique de ma vie et de ma mort.

 

J’aimais mes punaises, non qu’elles me piquassent, mais qu’elles continuaient d’être de petites preuves actives et forcenées de l’existence du monde. Je leur disais souvent leur chance de pouvoir partir loin, si elles l’avaient préféré à rester tout le jour à attendre que je vienne m’étendre, au noir venu.

 

Aussi vite qu’elles étaient venues me voir, aussi vite, plus une seule ! C’est l’heure de dormir, comment, pourquoi, je ne sais… Plus tard, plusieurs heures plus tard, elles reviennent, comme pour s’assurer de ma présence, après avoir vécu d’une activité secrète je ne sais où, dans les profondeurs des bois et des plâtres dans cette chambrée. Leur disparition soudaine me disait chaque soir ma solitude que venaient seulement distraire les odeurs de mes compagnons silencieux en ces débuts de nuit. La lourdeur de notre condition, la difficulté de penser notre destin, empêchait même les ronfleurs de ronfler, c’est dire le poids ressenti par les pauvres hères !

 

Silence. Quelques grattements des habitants du dessous du plancher, dans ce vide sanitaire parfois exploré par quelques prisonniers désireux de s’enfuir, le plus souvent repris et toujours rendus à leurs camarades. C’est ce qu’avait fait le commandant allemand du camp. Flanqué de deux sentinelles, il avait posé deux boites remplies de cendres sur la table : « Je vous rapporte vos camarades… Faites-en bon usage !... »

 

J’avais du m’endormir avec ces images et dans mon sommeil, je le voyais ajouter : « Suivez-moi maintenant, c’est l’heure de partir ! » Et mon angoisse montait si haut car je pensais : « Ils nous libèrent ?! Non ! Ils veulent nous tuer, comme ces deux-là ! Ou alors ils ne veulent plus de nous, ils ont compris, ils nous laissent, nous ne les intéressons plus… » Puis réveillé, les yeux grands ouverts dans le noir, heureusement mes punaises étaient revenues, je n’étais pas seul.

 

Mon violon aussi reposait dans sa boite bien fermée et traitée au DTT comme nos baraques. Car il n’était pas question que je le partage avec les hôtes affamés qui dévoraient peintures, vieux vernis et en fait tout ce qui pouvait être décortiqué par leurs mandibules, gros et petits vers, charançons, punaises, araignées, cafards et blattes, une armée besogneuse et sans répit. Je n’oublie pas les poux, les puces et la gale qui faisaient partie de nous-mêmes. Le vilain savon qu’il fallait économiser et qui sentait si mauvais permettait de temps en temps d’avoir l’illusion que l’eau froide arrivait à nous mouiller et donc à nettoyer un peu nos peaux grasses et épaissies par la crasse incrustée.

 

Cela faisait au moins deux ans que je n’avais plus de slip, ni de ceinture à mon pantalon. Je maintenais mon hygiène grâce aux produits de l’infirmerie dont je pouvais utiliser quelques gouttes, juste aux endroits les plus fragiles, adorés par les puces. Parfois je pensais aux gâchis de ma première vie. Je me souvenais que les étudiants en médecine s’entraînaient à savoir faire des piqûres avec des pommes de terre crues dont il fallait percer prestement la peau avec l’aiguille de nos seringues. Toutes ces patates que j’aurai bien voulu manger, nous qui recevions aujourd’hui notre rata quotidien dans des gamelles en ferraille, parfois en aluminium, cabossées et noircies !

 

Les deux petits boites de bois blanc, aux traces de doigts de cendres grises, étaient encore là-bas, sur la table. Personne n’avait voulu y toucher. Le rêve reprit. Le commandant allemand était maintenant en train de blaguer avec le commandant français : «  Donnez-nous quelques juifs afin de m’aider à prouver votre collaboration avec nous… Sinon je ne réponds de rien car la Gestapo doit venir prochainement dans le camp et ils feront leur choix eux-mêmes… » Je me disais : « Il ne va pas répondre, ce salaud !?... » Je le voyais se pencher à l’oreille de l’allemand qui écouta avec attention, puis se leva tranquillement.

 

« J’ai pu trouver un accord avec lui, c’est inespéré ! Heureusement que j’ai sa confiance. Les Français n’ont rien à craindre ! Quant aux autres… Nous n’y sommes pour rien, n’est-ce pas ! Que faire devant une si grande volonté de nettoyer la pègre de l’Europe ?!… »

 

Le mot « pègre » était à la mode depuis des années. Il avait conquis les plus grands dîners, les discours, les universités et les journaux. Il disait tout en quelques lettres et deux syllabes. Le mot fut interrompu dans mon rêve qui courait vite, par l’irruption de deux nazis en grand uniforme… J’étais à la fois spectateur et dans leur esprit, je les comprenais très bien, et ils se disaient : « Les juifs qui sont ici portent le même nom que des proches du Furher… D’ailleurs sont-ils si juden que cela ?... »

 

Je sursautai.

 

Les punaises étaient reparties aussi brusquement qu’elles étaient venues, une fois encore, et j’étais de nouveau seul. Ce n’est que beaucoup plus tard que je me suis aperçu que je ne pensais plus aux autres, ni à ma famille, à ma femme, à mes deux filles, à personne. Je ne pensais plus à personne, non plus à mes parents, j’étais en train de perdre ma subjectivité, je quittais le sujet du verbe, je quittais mon humanité.

 

 

 

Gérard Delacour ©, café Beaubourg septembre 2006

 

 

 

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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 21:19

Un message que je souhaite relayer pour Médecins Sans Frontières:

 

Procés NOVARTIS - La vie de millions de personnes est en jeu
 
Comptant parmi les plus gros producteurs de médicaments génériques du monde, l'Inde est la principale « pharmacie » des pays pauvres. Ceux-ci, exclus de fait du marché des médicaments de marque, trop chers pour eux, se tournent vers l'Inde d'où ils importent des médicaments génériques à prix abordables. A titre d'exemple, plus de la moitié des médicaments utilisés dans les pays en développement pour le traitement du sida sont produits en Inde. Ces médicaments sont aussi utilisés pour 80% des 80.000 patients atteints du sida soignés dans les programmes de Médecins Sans Frontières.

Ce que Novartis attaque, c'est la loi indienne sur les brevets adoptée début 2005, conformément au règlement de l'Organisation mondiale du commerce. Cette loi permet de fabriquer des génériques des médicaments récemment développés et commercialisés dans les pays riches.

Une victoire du laboratoire pharmaceutique serait catastrophique en termes de santé publique et créerait une situation d'apartheid sanitaire. Les malades des pays pauvres seraient tout simplement privés de traitements vitaux.

Il est impensable que les intérêts privés d'une entreprise priment sur la vie de millions de personnes. En 2001, une coalition de 39 laboratoires avaient tenté d'empêcher l'accès aux génériques en Afrique du Sud. Grâce à une mobilisation massive de l'opinion publique internationale, cette tentative avait échoué. En 2007, la mobilisation de tous et de chacun, doit convaincre Novartis d'abandonner son procès.
Signez la pétition MEDECINS SANS FRONTIERES (oui, c'est utile!) sur:
ou directement sur
 
 
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16 janvier 2007 2 16 /01 /janvier /2007 00:13

 

 

à suivre cette semaine

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31 décembre 2006 7 31 /12 /décembre /2006 13:57

  

§3, le Pape cite Nietzsche : « Le christianisme donna du poison à Eros : il n’en mourut pas, mais dégénéra en vice[1] » pour, bien entendu, renier cette maxime. Or nous trouvons bien vite de quoi comprendre Nietzsche, un peu plus loin dans le texte de la bulle qui aborde la question du sexe comme « chose » :

 

 

 

 

« En réalité, nous nous trouvons devant une dégradation du corps humain, qui n’est plus intégré dans le tout de la liberté de notre existence, qui n’est plus l’expression vivante de la totalité de notre être, mais qui se trouve comme cantonné au domaine purement biologique. L’apparente exaltation du corps peut bien vite se transformer en haine envers la corporéité » (page 23).

 

 

 

 

Et surtout :

 

 

 

 

« La foi chrétienne a toujours considéré l’homme comme un être un et duel dans lequel l’esprit et la matière s’interpénètrent l’un l’autre et font ainsi tous deux l’expérience d’une nouvelle noblesse. Oui, l’Eros veut nous élever en « extase » vers le Divin, nous conduire au delà de nous –mêmes, mais c’est précisément pourquoi est requis un chemin de montée, de renoncements, de purifications et de guérisons ».

 

 

 

 

Nous y voilà donc, nous étions tant étonnés d’avoir pu espérer comprendre autre chose ! En quelques pages, suivons le chemin tortueux du sophisme papal :

 

 

 

 

Que le Pape énonce aujourd’hui que la foi chrétienne a « toujours » considéré qu’esprit et matière s’éclairent mutuellement est une perversité historique. Pour l’Eglise, il n’existe d’unité humaine que pour exprimer la créature visible de Dieu, tirée de la matière, tombée du Paradis sous sa faute, dans laquelle âme et corps sont opposés en un combat permanent : l’âme étant la part d’image divine, le corps la part de bestialité ancrée dans la matérialité et le péché. Descartes l’avait fort bien compris pour l’avoir installé en une de ses « preuves » de l’existence de Dieu, dont il avait besoin pour ne pas tomber sous les coups de l’Eglise d’alors.

 

 

 

 

Je vais oser, sans attendre, un raccourci des 77 pages de la bulle : la « créature unifiée » dont parle Benoît XVI signifie, comme d’habitude, la victoire de l’âme sur le corps, transfigurant l’Eros en analogie fulgurante de l’offrande du corps du Christ par Dieu à l’humanité ! C’est subtil et intéressant, mais pervers. La différence entre Aristote et Benoît XVI, c’est un Dieu qui aime l’humanité, pour celui-ci, au lieu de n’être qu’un moteur universel pour le premier[2]. Dieu aime l’homme, Dieu est marié à Israël comme mari et femme, il s’agit d’un amour passionné pour son peuple et donc d’une unification charnelle, exprimée notamment par l’anneau de chair de la circoncision. « Mais cette unification ne consiste pas à se fondre l’un dans l’autre[3]… Elle est une unité qui crée l’amour, dans lequel les deux, Dieu et l’homme, restent eux-mêmes et pourtant deviennent totalement un. « Celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un seul esprit » (Paul, 1 Cor, 6, 17). »

 

 

 

 

Or l’homme est seul depuis toujours. Mais cela ne lui suffit pas, il cherche à se « compléter ». Miracle d’une philologie papale plus que douteuse : « A l’image du Dieu du monothéisme, correspond le mariage monogamique[4] ». Evidemment, cela coule de cette source pervertie, comme le dit Nietzsche. « Le mariage fondé sur un amour exclusif et définitif devient l’icône de Dieu avec son peuple et réciproquement : la façon dont Dieu aime devient la mesure de l’amour humain ». Il y aurait ainsi un lien « étroit » entre Eros et le mariage humain dans la Bible  ! Il ne manque plus qu’un lien dans cette fable, celui de Dieu avec la corporéité de sa créature. Quoi de plus emblématique qu’un fils –pas une fille- comme le vieil Abraham s’y était essayé, mais cette fois, le fils va être immolé pour de bon, « par amour ». « … cet agir de Dieu acquiert maintenant sa forme dramatique dans le fait que, en Jésus-Christ, Dieu lui-même recherche la « brebis perdue », l’humanité souffrante et égarée[5] ».

 

 

 

 

« Nous ne recevons pas seulement le Logos incarné de manière statique, mais nous sommes entraînés dans la dynamique de son offrande. L’image du mariage entre Dieu et Israël devient réalité d’une façon proprement inconcevable : ce qui consistait à se tenir devant Dieu devient maintenant, à travers la participation à l’offrande de Jésus, participation à son corps et à son sang, devient union…[6] »

 

 

 

 

« L’union avec le Christ est en même temps union avec tous ceux auxquels il se donne. Je ne peux avoir le Christ pour moi seul ; je ne peux lui appartenir qu’en union avec tous ceux qui sont devenus ou qui deviendront siens. La communion me tire hors de moi-même vers lui et, en même temps, vers l’unité de tous les chrétiens… un seul corps…[7] ».

 

 

 

 

Bien. Tout est dit. Ce qui m’intéresse tout particulièrement maintenant, c’est de tenter un détournement simple, très simple, du texte de la bulle DEUS EST CARITAS...

 

 

 

 

(à suivre, III…)

 

 

 

 

Gérard Delacour ©, Genève 30 décembre 2006.

 

 

 

 



[1] Nietzsche, Œuvres Philosophiques Complètes, Par delà bien et mal, IV, 168, NRF Gallimard, Paris 1971, p.95.

[2] Cité par Benoît XVI, §9, page 29 : Aristote, Métaphysique, XII, 7.

[3] Op.cit. p. 31.

[4] Op.cit. §11, extraits.

[5] Op.cit. §12, extraits.

[6] Op.cit. §13, extraits.

[7] Op.cit. §14, extraits.

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29 décembre 2006 5 29 /12 /décembre /2006 17:26

Le pape Benoît XVI vient de publier sa première bulle pontificale "DIEU EST AMOUR" où l'on peut lire, page 22 (§5):

"L'homme devient lui-même quand le corps et l'âme se trouvent dans une profonde unité; le défi de l'eros est vraiment surmonté lorsque cette unification est réussie. Si l'homme aspire à être seulement esprit et qu'il veut refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors l'esprit et le corps perdent leur dignité. Et si, d'autre part, il renie l'esprit et considère donc la matière, le corps, comme la réalité exclusive, il perd également sa grandeur.

Mais ce n'est pas seulement l'esprit ou le corps qui aime: c'est l'homme, la personne, qui aime comme créature unifiée, dont font partie le corps et l'âme. C'est seulement lorsque les deux se fondent véritablement en une unité que l'homme devient pleinement lui-même. C'est uniquement de cette façon que l'amour - l'eros - peut mûrir, jusqu'à parvenir à sa vraie grandeur"...

(à suivre)
de Genève, ce 29 décembre 2006, au brouillard du lac.

 

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